Qui, quand, où
Kwame Nkrumah naît vers 1909 à Nkroful, un village du sud-ouest de la Côte-de-l'Or (Gold Coast), une colonie britannique d'Afrique de l'Ouest qui deviendra le Ghana. Sa date de naissance exacte est inconnue ; il donnait lui-même le 21 septembre. Il s'appelle d'abord Francis Nwia-Kofi et ne prend le prénom de Kwame qu'en 1945.
La colonie est riche de son cacao et de son or, mais ses habitants n'ont presque aucun droit politique. Nkrumah meurt en exil à Bucarest, en Roumanie, le 27 avril 1972.
Ce qu'il a accompli
- En 1949, il fonde le Parti de la convention du peuple (CPP), l'un des premiers partis de masse d'Afrique de l'Ouest.
- En 1951, il gagne une élection depuis sa cellule et sort de prison pour diriger le gouvernement de la colonie.
- Le 6 mars 1957, le Ghana devient indépendant, l'une des toutes premières colonies d'Afrique subsaharienne à l'être : un exemple suivi par des dizaines de pays.
- En 1958, il réunit à Accra la première grande conférence panafricaine tenue sur le sol africain.
- En 1963, il participe à la fondation de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) à Addis-Abeba.
- Il écrit plus de vingt livres sur l'unité africaine et sur ce qu'il appelle le néocolonialisme : une domination économique qui continue après l'indépendance.
Comment
En étudiant loin de chez lui. Instituteur formé au collège d'Achimota, où il admire le pédagogue ghanéen Kwegyir Aggrey, il part en 1935 aux États-Unis. Il étudie à Lincoln University, une université noire de Pennsylvanie, puis à l'université de Pennsylvanie, et enseigne à temps partiel pour vivre. Il y contribue à fonder une association d'étudiants africains.
En s'organisant avec d'autres. En 1945, à Londres, il organise avec le Trinidadien George Padmore le cinquième congrès panafricain de Manchester, où se retrouvent de futurs dirigeants comme le Kényan Jomo Kenyatta. Inscrit pour une thèse à la London School of Economics, il la délaisse vite : la politique l'occupe tout entier.
En changeant d'échelle. Rentré en 1947, il devient secrétaire général d'un parti de notables, qu'il trouve trop prudent. En 1949, il crée le CPP, qui s'adresse aux jeunes, aux ouvriers, aux petits commerçants. Fin 1949, il lance une « action positive » de grèves et de boycotts ; des émeutes éclatent et, en janvier 1950, il est emprisonné.
En gagnant depuis sa prison. En février 1951, il est élu à Accra avec 22 780 voix sur 23 122, pendant que son parti fait campagne pour lui. Les Britanniques doivent le libérer et lui confier le gouvernement. Il devient Premier ministre en 1952 et négocie pas à pas l'indépendance.
En voyant plus grand que son pays. Le jour de l'indépendance, il déclare que l'indépendance du Ghana « n'a de sens que si elle est liée à la libération totale de l'Afrique ». Il tente d'unir le Ghana avec la Guinée, puis avec le Mali. Il rêve d'un gouvernement de toute l'Afrique ; la plupart des autres dirigeants préfèrent une organisation plus souple, qui sera l'OUA.
En construisant. Son gouvernement ouvre des écoles, trace des routes et lance le grand barrage d'Akosombo sur la Volta, pour produire de l'électricité.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
Nkrumah a raconté sa propre vie dans une autobiographie publiée en 1957, et la presse de son parti le présentait comme un héros presque surnaturel, surnommé Osagyefo, « le rédempteur » en langue akan. Les historiens croisent donc ces récits avec les archives britanniques et américaines.
Un exemple de légende récente : une série télévisée a présenté la danse de la reine Élisabeth II avec Nkrumah, à Accra en 1961, comme le geste qui aurait détourné le Ghana de l'Union soviétique. Interrogés par la radio américaine NPR, l'historien John Parker et un ancien maire d'Accra rappellent que la danse a bien eu lieu, mais que personne n'en parlait à l'époque, et que Nkrumah reçut l'année suivante le prix Lénine de la paix, décerné par l'URSS.
Zones d'ombre et débats
Un pouvoir de plus en plus autoritaire. Dès 1958, une loi permet d'emprisonner sans procès, jusqu'à cinq ans, les personnes jugées dangereuses. Des opposants sont régulièrement enfermés et la presse passe sous contrôle. En 1964, un référendum fait du CPP le parti unique et de Nkrumah le président à vie.
Le culte de la personnalité. Portraits, statues, titres : le chef est célébré partout. Beaucoup de Ghanéens s'en lassent à mesure que la vie devient plus dure.
Une économie en difficulté. Les grands projets sont financés par l'emprunt, alors que le prix du cacao baisse. L'historien Martin Meredith, cité par NPR, décrit dès le début des années 1960 une économie qui s'effondre et une corruption répandue, jusqu'au sommet de l'État.
Le coup d'État de 1966. Le 24 février 1966, pendant un voyage vers Hanoï, il est renversé par l'armée et la police. Il vit ensuite en Guinée, où le président Sékou Touré le nomme coprésident. Un mémo de la Maison-Blanche, déclassifié depuis, qualifie ce coup d'« aubaine » pour les États-Unis ; le rôle exact des services américains reste discuté par les historiens.
Deux lectures. Pour les uns, c'est un visionnaire, précurseur de l'Union africaine d'aujourd'hui. Pour les autres, un dirigeant qui a sacrifié les libertés et l'économie de son pays à ses ambitions. Les deux lectures s'appuient sur des faits réels.
Pourquoi on s'en souvient
À Accra, un mausolée et un parc mémorial abritent sa tombe. La grande université de sciences et de technologie de Kumasi porte son nom ; Kofi Annan y a commencé ses études. Partout en Afrique et dans la diaspora, des mouvements panafricains se réclament encore de ses idées.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- S'organiser change tout. Un parti bien construit a obtenu ce que des pétitions isolées n'obtenaient pas.
- Penser au-delà de ses frontières. Son idée d'une Afrique unie inspire encore l'Union africaine.
- Un pouvoir se surveille. Un libérateur peut devenir un dirigeant qui enferme ses opposants.
- Admirer n'oblige pas à tout approuver. On peut saluer le combat pour l'indépendance et refuser le parti unique.
Pour aller plus loin
- Les indépendances africaines, le mouvement dont le Ghana a été l'un des premiers exemples.
- Les philosophies africaines, où l'on retrouve le panafricanisme.
- La guerre froide, qui explique pourquoi Washington et Moscou surveillaient le Ghana.
- Patrice Lumumba, venu à Accra en 1958 pour la conférence des peuples africains.
- Thomas Sankara, un autre dirigeant panafricain, lui aussi admiré et critiqué.
Le savais-tu ?
- Kwame est, dans les langues akan du Ghana, le prénom d'un garçon né un samedi. Nkrumah l'a choisi en 1945, à la place de Francis.
- En 1951, Nkrumah a été élu député alors qu'il était en prison, avec 22 780 voix sur 23 122.
- Lincoln University, en Pennsylvanie, a formé à la fois Kwame Nkrumah et Nnamdi Azikiwe, le premier président du Nigeria.
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