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Patrice Lumumba, premier chef de gouvernement du Congo indépendant

Employé des postes devenu chef de parti, Patrice Lumumba a porté l'idée d'un Congo uni et réellement indépendant, jusqu'à devenir Premier ministre en 1960, avant d'être renversé puis assassiné en 1961. Symbole mondial de la décolonisation, il reste discuté par les historiens, qui débattent de son action au gouvernement autant que des responsabilités de sa mort.

13-18 ans

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Patrice Lumumba à Bruxelles le 26 janvier 1960, pendant la table ronde qui fixe la date de l’indépendance du Congo.Harry Pot / Anefo (Nationaal Archief) · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Patrice Émery Lumumba naît le 2 juillet 1925 à Onalua, près de Katako-Kombe, dans la région du Sankuru, au centre du Congo belge, l'actuelle République démocratique du Congo (RDC). Il appartient au peuple tetela. Il est assassiné le 17 janvier 1961, à trente-cinq ans.

Le Congo est alors une colonie belge, où les Congolais n'ont aucun droit politique. Un petit groupe de Congolais instruits, qu'on appelle les « évolués », obtient quelques droits de plus, à condition de prouver qu'il vit « à l'européenne ». C'est dans ce groupe que naîtra la revendication d'indépendance.

Lumumba fréquente des écoles de missions, catholiques puis protestantes, sans aller à l'université, que la colonie n'ouvre presque pas aux Congolais. Il se forme surtout seul, en lisant.

Ce qu'il a accompli

  • Employé des postes à Stanleyville, l'actuelle Kisangani, il devient l'un des évolués les plus en vue : il écrit dans des journaux et dirige des associations.
  • En octobre 1958, il participe à la fondation du Mouvement national congolais (MNC), qui veut un Congo uni, au-dessus des appartenances régionales et ethniques.
  • En décembre 1958, à la conférence panafricaine d'Accra, au Ghana, il rencontre les dirigeants des autres mouvements d'indépendance, dont Kwame Nkrumah.
  • Son parti arrive en tête des élections de mai 1960. Le 23 juin, il présente son gouvernement : il devient le premier Premier ministre du Congo indépendant.
Lumumba arrive à New York le 24 juillet 1960, pour demander l’aide des Nations unies face à la crise qui frappe le jeune Congo.Fotograaf Onbekend / Anefo · CC0 (domaine public) · Wikimedia Commons

Comment

En se formant seul. Commis des postes, Lumumba lit, écrit, fréquente les cercles d'évolués et même une association libérale belge de Stanleyville. En 1956, il rédige un livre, Le Congo, terre d'avenir, est-il menacé ?, publié après sa mort. Il y défend encore une évolution progressive, et une économie libérale adaptée au Congo.

En se relevant d'une faute. En juillet 1956, il est arrêté pour avoir détourné de l'argent à la poste. Il reconnaît la fraude, en expliquant que les salaires des évolués ne leur permettaient pas de tenir leur rang. Condamné, il passe quatorze mois en prison et sort en septembre 1957. Il devient ensuite directeur commercial d'une brasserie à Léopoldville, l'actuelle Kinshasa. Ses biographes voient dans cette période un tournant : c'est après la prison que ses critiques contre la colonisation deviennent publiques.

En bâtissant un parti national. Au Congo, la plupart des partis naissent autour d'une région ou d'un peuple. Le MNC veut parler à tout le pays. Lumumba parle le français et les grandes langues véhiculaires du Congo, ce qui l'aide à toucher des publics très différents. Le parti se divise en 1959 ; aux élections de 1960, c'est pourtant sa branche qui l'emporte.

En tenant tête, jusqu'en prison. En octobre 1959, après des émeutes à Stanleyville, il est arrêté et condamné à six mois de prison. En janvier 1960, les délégués congolais réunis à Bruxelles pour négocier l'indépendance, à la table ronde, exigent sa présence : il est libéré et les rejoint.

Avec d'autres. Il s'appuie sur des compagnons comme Antoine Gizenga, Pierre Mulele, Maurice Mpolo ou Joseph Okito, sur des conseillers comme Andrée Blouin, et sur son épouse, Pauline Opango.

Au pouvoir, dans la tempête. Son gouvernement ne dure que quelques semaines : discours du 30 juin, mutinerie de l'armée, sécession du Katanga et du Sud-Kasaï, appel à l'ONU puis à l'Union soviétique. Le 5 septembre 1960, le président Kasa-Vubu le révoque ; le colonel Mobutu prend le pouvoir. Arrêté, Lumumba est livré au Katanga, où il est tué le 17 janvier 1961 avec Maurice Mpolo et Joseph Okito. Cette histoire est racontée dans Le 30 juin 1960.

Ce que l'on sait, ce que l'on raconte

On connaît Lumumba par ses écrits (articles, livre, discours, lettres), par les archives coloniales (rapports de la Sûreté de l'État, dossiers de ses procès, conservés notamment au musée de Tervuren, en Belgique) et par de nombreux témoignages. En 2000 et 2001, une commission d'enquête du Parlement belge a réuni des historiens et publié près de mille pages. Au Congo, le politologue Jean Omasombo a consacré, avec Benoît Verhaegen, plusieurs volumes à sa jeunesse et à son parcours.

Comme le rappelle l'historienne Anne-Sophie Gijs, Lumumba est un personnage « tantôt déifié, tantôt diabolisé » : chaque récit sur lui doit être rapporté à ses sources.

Communiste ? Ses adversaires l'accusaient d'être un agent de Moscou. En étudiant les archives de la Sûreté belge, Anne-Sophie Gijs a montré qu'avant l'indépendance, les autorités redoutaient surtout son nationalisme et son panafricanisme. Fin 1959, en prison, il déclarait à son avocat : « Je ne suis pas communiste, je ne suis même pas socialiste, je suis un libéral. » Pour elle, il a ensuite entretenu le flou sur ses idées pour ne se priver d'aucun appui.

Sa dernière lettre à sa femme, écrite en prison peu avant sa mort, est devenue un texte célèbre : « L'Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. »

Zones d'ombre et débats

La fraude de 1956. Lumumba l'a reconnue. Certains, dès l'époque, y ont vu un prétexte pour écarter un homme devenu gênant. Les deux ne s'excluent pas.

Son action au gouvernement. Ses critiques, belges et congolais, le décrivent comme impulsif : ses discours enflammés auraient aggravé les violences contre les Européens, et son appel à l'aide soviétique a fourni un argument à ses adversaires en pleine guerre froide. Pendant l'offensive qu'il ordonne en août 1960 contre le Sud-Kasaï, les soldats de l'armée congolaise tuent des milliers de civils, surtout luba ; le secrétaire général de l'ONU, Dag Hammarskjöld, parle alors d'« un cas de génocide naissant ». D'autres historiens rappellent qu'il gouvernait un pays sans cadres formés, face à des sécessions soutenues par des intérêts miniers et par des puissances étrangères qui voulaient l'écarter. Les historiens pèsent encore ces responsabilités.

Un héros récupéré. En 1966, Mobutu, qui avait contribué à sa chute, le proclame héros national. Beaucoup de partis se réclament de lui ; le politologue congolais Philippe Biyoya Makutu estime que peu reprennent vraiment ses idées. Et sa mort, dont la commission belge a conclu en 2001 à une « responsabilité morale » de membres du gouvernement belge, reste l'objet de lectures opposées.

Pourquoi on s'en souvient

Lumumba est devenu un symbole mondial de la décolonisation. Dès le début des années 1960, l'Union soviétique donne son nom à une université de Moscou, qui accueille des étudiants d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. En février 2002, la Belgique présente officiellement ses excuses au peuple congolais pour sa part dans sa mort. Depuis 2018, un square Patrice Lumumba porte son nom à Bruxelles, dans le quartier congolais de Matonge. En RDC, son nom est partout : avenues, écoles, statues.

Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui

  • On peut se relever d'une faute. Lumumba a reconnu une fraude, fait de la prison, puis construit un parti national.
  • Penser plus grand que son groupe. Dans un pays aux centaines de peuples, il a voulu un parti pour tout le Congo.
  • Les mots peuvent changer une époque, mais gouverner demande plus que des mots. Ses discours l'ont rendu célèbre ; la crise de 1960 l'a submergé.
  • Un symbole n'est pas une personne. On peut admirer son combat et examiner ses erreurs.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • En 1956, Lumumba a écrit un livre où il défendait encore une économie libérale ; il n'a été publié qu'après sa mort.
  • Une université de Moscou a porté le nom de Patrice Lumumba, pour accueillir des étudiants d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine.
  • À Bruxelles, capitale de l'ancienne puissance coloniale, un square porte son nom depuis le 30 juin 2018.

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