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Thomas Sankara, président révolutionnaire du Burkina Faso de 1983 à 1987

Arrivé au pouvoir par un coup d'État en 1983, le capitaine Thomas Sankara a rebaptisé son pays Burkina Faso et lancé en quatre ans des campagnes de vaccination, d'école et de reboisement, avant d'être assassiné en 1987. Icône pour beaucoup de jeunes Africains, il a aussi gouverné sans élections, interdit partis et syndicats et fait juger des adversaires par des tribunaux d'exception.

13-18 ans

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Thomas Sankara pendant un discours à Harlem, à New York, en octobre 1984.The Militant/ Ernest Harsch · Domaine public · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Thomas Sankara naît en 1949 en Haute-Volta, une colonie française d'Afrique de l'Ouest, sans accès à la mer, devenue indépendante en 1960. C'est alors l'un des pays les plus pauvres du monde. Il devient officier et capitaine de l'armée.

Au début des années 1980, la Haute-Volta enchaîne les coups d'État. Sankara participe à celui de 1982, puis prend le pouvoir en août 1983 avec d'autres officiers, dont son ami Blaise Compaoré. Il est assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou, la capitale, avec douze de ses compagnons. Il avait trente-sept ans.

Ce qu'il a accompli

  • Le 4 août 1984, il rebaptise la Haute-Volta Burkina Faso, le « pays des hommes intègres ».
  • Selon les chiffres cités par la presse internationale, environ 2,5 millions d'enfants sont vaccinés, des milliers de centres de santé ouvrent, et la part des enfants scolarisés passe de 6 % à 22 %.
  • Environ 10 millions d'arbres sont plantés pour freiner l'avancée du désert.
  • Son gouvernement combat l'excision, les mariages forcés et la polygamie, et nomme des femmes à des postes importants.
  • Il impose l'austérité au sommet de l'État et fait de la lutte contre la corruption une priorité.
  • En 1987, à Addis-Abeba, il appelle les pays africains à refuser ensemble de payer leur dette.

Comment

En prenant le pouvoir par les armes. Sankara n'a pas été élu. Il arrive au pouvoir par un coup d'État, avec un groupe de jeunes officiers qui se disent révolutionnaires. Il lance aussitôt un programme de transformation rapide du pays.

En mobilisant la population. Dans chaque quartier, village et lieu de travail, des comités de défense de la révolution encadrent les habitants. Des campagnes de masse sont organisées : vaccination, alphabétisation, construction d'écoles, de dispensaires et de routes, souvent par le travail collectif des habitants.

En donnant l'exemple. Il se verse un petit salaire, interdit aux ministres les voitures de luxe avec chauffeur et les billets d'avion en première classe, et remplace les Mercedes du gouvernement par de petites Renault. Il refuse que son portrait soit accroché dans les bâtiments publics.

En comptant sur ses propres forces. Il se méfie de l'aide étrangère et encourage à consommer ce que produit le pays, comme les tissus de coton faits sur place. En 1986, il invite l'agriculteur Pierre Rabhi, pionnier de l'agroécologie, à réfléchir à une agriculture sans engrais chimiques.

En parlant fort sur la scène internationale. Le 29 juillet 1987, au sommet de l'Organisation de l'unité africaine, il déclare : « La dette ne peut pas être remboursée parce que d'abord si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre si nous payons, c'est nous qui allons mourir. »

Avec d'autres. Blaise Compaoré, son plus proche compagnon d'armes jusqu'à la rupture ; les officiers et militants de la révolution ; des milliers de paysans, d'élèves et de volontaires. Sa femme, Mariam Sankara, se battra ensuite pendant des décennies pour obtenir justice.

Ce que l'on sait, ce que l'on raconte

On connaît sa politique par ses discours, publiés en recueils, par les archives et par les témoins. Mais pendant les vingt-sept ans de pouvoir de Blaise Compaoré, l'enquête sur sa mort est bloquée : son certificat de décès de 1988 porte la mention « mort naturelle », qui n'est retirée qu'après une décision du Comité des droits de l'homme de l'ONU, en 2006. En 2015, l'autopsie de ses restes montre qu'il a été criblé de balles. Le procès de 2021-2022 a fait entendre de nombreux témoins.

On le surnomme le « Che Guevara africain », du nom d'un révolutionnaire d'Amérique latine. Une phrase de son discours sur la dette est souvent relue comme une prémonition : « Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence ! » Il a été tué moins de trois mois plus tard. Mais dans son discours, cette phrase servait d'abord à convaincre les autres chefs d'État d'agir ensemble ; en faire une prophétie, c'est une lecture d'après coup.

Zones d'ombre et débats

Un pouvoir sans élections. Sankara a gouverné quatre ans sans élections. Les partis d'opposition et les syndicats sont interdits, la liberté de la presse est réduite, et les chefs traditionnels perdent leurs droits.

Une justice d'exception. Des « tribunaux populaires de la révolution » jugent d'anciens responsables pour corruption ou pour des crimes politiques, sans les garanties d'un procès ordinaire. Des enseignants en grève sont licenciés et remplacés par des jeunes sans expérience.

Des tensions avec ses voisins. En 1985, une courte guerre l'oppose au Mali à propos d'une zone frontalière. Ses liens avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi lui sont aussi reprochés.

Qui l'a tué ? Le 6 avril 2022, un tribunal militaire de Ouagadougou condamne Blaise Compaoré, jugé en son absence, à la prison à perpétuité, ainsi que deux autres hommes. Compaoré a toujours nié et ses avocats ont dénoncé un procès politique. Le rôle éventuel de la France reste une question ouverte, posée notamment par l'auteur Bruno Jaffré, qui anime un site consacré à Sankara.

Que serait devenue sa révolution ? Le journaliste David Smith se demande dans The Guardian si elle aurait tenu, ou si elle se serait durcie, comme tant d'autres.

Pourquoi on s'en souvient

En 2014, les manifestants qui chassent Blaise Compaoré du pouvoir scandent son nom. En 2025, un grand mausolée conçu par l'architecte burkinabè Francis Kéré ouvre à Ouagadougou. Les manifestants de 2014 comme les militaires au pouvoir depuis 2022 se réclament de lui : une même figure sert des projets très différents.

Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui

  • L'exemple compte. Un dirigeant qui refuse le luxe rend ses discours plus crédibles.
  • La santé, l'école et la terre changent un pays en profondeur.
  • Les libertés comptent aussi. Une politique généreuse ne justifie pas d'interdire partis, syndicats et journaux.
  • Admirer n'oblige pas à tout approuver. On peut saluer ses réformes et refuser la manière autoritaire.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Le nom Burkina Faso, choisi le 4 août 1984, signifie « pays des hommes intègres ».
  • Le certificat de décès de Thomas Sankara, établi en 1988, indiquait « mort naturelle », alors qu'il avait été tué par balles. La mention n'a été retirée qu'après 2006, à la demande d'un comité de l'ONU.
  • Le mausolée de Thomas Sankara, ouvert en 2025 à Ouagadougou, a été conçu par l'architecte burkinabè Francis Kéré, lauréat du prix Pritzker, l'une des plus prestigieuses récompenses d'architecture.

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