Aller au contenu
Lobinayo Learning

Art oratoire

Parler devant les autres, clairement et sans peur : ça s’apprend, comme le vélo.

Exposé en classe, oral d’examen, discours devant la famille, entretien : un jour ou l’autre, il faut parler devant les autres. Presque tout le monde a le trac, même les grands orateurs. La bonne nouvelle, c’est que parler en public n’est pas un talent réservé à quelques-uns : c’est une suite de gestes simples qui s’entraînent.

Ici, tu apprends les bases (respirer, se tenir, regarder, poser sa voix, construire un discours) puis tu t’exerces : virelangues, lecture à voix haute, improvisation, chasse aux « euh », discours de deux minutes, débat. Tu peux t’enregistrer pour te réécouter : l’enregistrement reste dans ton navigateur, rien n’est envoyé nulle part.

Les exercices

Les bases, pas à pas

  • Respirer avec le ventre

    Une respiration lente calme le corps et donne du souffle à la voix.

    1. 1Pose une main sur ton ventre.
    2. 2Inspire par le nez pendant 4 secondes : le ventre gonfle, les épaules ne bougent pas.
    3. 3Souffle lentement par la bouche pendant 6 secondes.
    4. 4Recommence 5 fois avant de prendre la parole.
    À toi : Pourquoi souffler plus longtemps qu’on inspire ?

    Une expiration longue ralentit le cœur et aide à se calmer.

  • Se tenir droit, bien ancré

    1. 1Pieds écartés de la largeur des épaules, le poids sur les deux jambes.
    2. 2Les mains visibles, le long du corps ou devant toi : elles accompagnent ce que tu dis.
    3. 3Évite de te balancer ou de jouer avec un stylo : le public regarderait tes mains au lieu de t’écouter.
  • Regarder son public

    1. 1Choisis trois personnes dans la salle : une à gauche, une au centre, une à droite.
    2. 2Parle à chacune pendant une phrase entière, puis passe à la suivante.
    3. 3Si regarder dans les yeux te gêne, regarde le front ou les sourcils : de loin, personne ne voit la différence.
  • Poser sa voix : volume, débit, pauses

    1. 1Volume : parle pour la personne du fond de la salle.
    2. 2Débit : vise entre 120 et 160 mots par minute, un peu plus lentement que dans une conversation.
    3. 3Pauses : marque un temps aux points et avant une idée importante. Le silence n’est pas un vide, c’est un projecteur.
    4. 4Articule : les virelangues sont une gymnastique pour la bouche.

    Essaie de dire « J’ai une nouvelle importante… (pause) … demain, il n’y a pas école. » avec et sans la pause : la pause crée l’attente.

  • Construire son discours : accroche, trois idées, conclusion

    1. 1L’accroche : une question, une image, un chiffre étonnant ou une courte histoire, pour capter l’attention dès la première phrase.
    2. 2Trois idées, pas plus : c’est ce qu’un public retient. Annonce-les, puis développe-les avec un exemple chacune.
    3. 3La conclusion : résume en une phrase et termine par une formule forte, un appel ou une question.

    Accroche : « Savais-tu qu’un baobab peut vivre plus de mille ans ? » Idées : son tronc-réservoir, ses fruits, sa place dans les villages. Conclusion : « Protéger un baobab, c’est protéger mille ans d’histoire. »

  • Apprivoiser le trac

    1. 1Prépare-toi : connaître parfaitement son début enlève la moitié du trac.
    2. 2Respire avec le ventre juste avant (voir plus haut).
    3. 3Dis-toi « je suis excité » plutôt que « je suis calme » : le cœur qui bat vite, c’est aussi de l’énergie.
    4. 4Entraîne-toi devant un miroir, puis devant une personne, puis devant un petit groupe.

Les grands discours de l’histoire, et pourquoi ils marchent

Les grands orateurs n’ont pas un don magique : ils utilisent des procédés que tu peux apprendre. Voici douze discours célèbres du monde entier, avec ce qui les rend forts ; l’exercice « Les secrets des grands discours » raconte leur histoire. Nous ne citons que de très courts extraits (ou des textes libres de droits), avec leur source : va écouter ou lire le reste.

  • Périclès, « L’oraison funèbre » (vers 431 av. J.-C.). Ce qui marche : il élargit le sujet : des morts, il passe à ce qui les dépasse, la cité.
  • Socrate, « L’Apologie » (399 av. J.-C.). « Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue. » Ce qui marche : il parle simplement, comme dans une conversation, et pose des questions à son public.
  • Victor Hugo, « Détruire la misère » (9 juillet 1849). « Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; […] mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. » Ce qui marche : il concède d’abord (« je ne dis pas que… ») pour mieux affirmer ensuite.
  • Sojourner Truth, « Ne suis-je pas une femme ? » (1851). Ce qui marche : elle part de son expérience vécue, impossible à contester.
  • Abraham Lincoln, « Le discours de Gettysburg » (19 novembre 1863). « Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » Ce qui marche : une structure en trois temps : passé, présent, avenir.
  • Winston Churchill, « Nous nous battrons sur les plages » (4 juin 1940). « Nous ne nous rendrons jamais. (« We shall never surrender. ») » Ce qui marche : l’anaphore : « nous nous battrons » revient sept fois, comme des pas qui avancent.
  • Gandhi, « Quittez l’Inde » (8 août 1942). « Faites ou mourez. (« Do or die. ») » Ce qui marche : il offre un slogan très court, facile à répéter.
  • Kwame Nkrumah, « Le Ghana est libre pour toujours » (6 mars 1957). « L’indépendance du Ghana n’a pas de sens si elle n’est pas liée à la libération totale du continent africain. » Ce qui marche : il choisit un moment très fort (minuit) et une phrase d’annonce simple.
  • Patrice Lumumba, « Le discours de l’indépendance » (30 juin 1960). « Nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise. » Ce qui marche : il s’adresse directement au peuple, par-dessus les invités officiels.
  • Martin Luther King, « Je fais un rêve » (28 août 1963). « Je fais un rêve. (« I have a dream. ») » Ce qui marche : l’anaphore : la même formule ouvre chaque image.
  • Nelson Mandela, « Je suis prêt à mourir » (20 avril 1964). « C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et que j’espère atteindre. Mais, s’il le faut, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. » Ce qui marche : le calme : il explique au lieu de crier, ce qui donne du poids à chaque mot.
  • Malala Yousafzai, « Discours aux Nations unies » (12 juillet 2013). « Un enfant, un enseignant, un livre et un stylo peuvent changer le monde. » Ce qui marche : une énumération d’objets simples, que chacun peut imaginer.

La science derrière

Le trac est très courant : parmi quatorze peurs proposées à 815 étudiants américains, parler en public était celle qu’ils cochaient le plus souvent. Mais quand on leur demandait de classer leurs peurs, la mort passait devant (Dwyer et Davidson, 2012). Le trac est donc banal, pas « pire que la mort ».

Respirer lentement, environ six respirations par minute, est associé à plus de calme et à un cœur plus régulier : c’est ce que montre une revue de quinze études (Zaccaro et collègues, 2018).

Se dire « je suis excité » avant de parler améliore la performance par rapport à « je suis calme » : il est plus facile de transformer le stress en énergie que de le faire disparaître (Brooks, 2014).

Le débit d’une conversation en anglais tourne autour de 150 mots par minute ; un présentateur de radio ou un livre audio, entre 150 et 160. C’est un repère : en dessous de 100, on décroche ; au-dessus de 190, on ne suit plus.

Ce qui est exagéré

Les « postures de puissance » (se tenir les mains sur les hanches deux minutes pour changer ses hormones) ont été très populaires, mais une grande étude n’a retrouvé aucun effet sur les hormones (Ranehill et collègues, 2015). Se tenir droit reste utile pour la voix et l’image qu’on donne, pas par magie. Et les « euh » ne sont pas un crime : tout le monde en dit, et ils aident même l’auditeur à comprendre qu’une idée arrive (Clark et Fox Tree, 2002). Le but n’est pas zéro « euh », mais assez peu pour qu’ils ne gênent pas.

Les autres méthodes