L'histoire
Till, en allemand Till Eulenspiegel, est le fils d'un paysan. Dès l'enfance, il fait des farces, et une fois grand, il voyage de ville en ville, en se faisant engager comme apprenti, comme peintre ou comme savant. Chaque fois, il ridiculise ceux qui se croient plus malins que lui. En voici trois.
Les hiboux et les singes. Engagé chez un boulanger, Till demande ce qu'il doit faire cuire pendant la nuit. Le boulanger, agacé, lui répond par une expression moqueuse : « Fais donc des hiboux et des singes ! » Till obéit à la lettre : au matin, le four est rempli de pains en forme de hiboux et de singes.
L'âne qui savait lire. À Erfurt, ville d'une grande université, Till prétend pouvoir apprendre à lire à n'importe quel animal. Les savants, pour se moquer de lui, lui confient un âne. Till cache des grains d'avoine entre les pages d'un gros livre. L'âne apprend à tourner les pages avec la langue pour chercher l'avoine, et quand il n'en trouve plus, il brait bruyamment, ce que le texte écrit « E, A ! ». Voilà, dit Till aux savants : mon élève prononce déjà deux voyelles, le E et le A.
Le tableau invisible. À Marbourg, Till se fait passer pour un grand peintre auprès du landgrave de Hesse, un prince, et promet de peindre ses ancêtres. Il annonce que seuls les enfants légitimes pourront voir le tableau. Il ne peint rien du tout, mais personne n'ose dire qu'il ne voit rien.
Les mots de la légende
Le titre du premier livre imprimé, à Strasbourg en 1515, en allemand ancien : Ein kurtzweilig lesen von Dyl Vlenspiegel gebore vß dem land zu Brunßwick. Traduction de la rédaction : « Une lecture divertissante sur Till Eulenspiegel, né au pays de Brunswick. » Le livre réunit 96 histoires.
D'où vient ce récit
Selon un dictionnaire allemand du XIXe siècle, Till serait né à Kneitlingen, près de Brunswick, à la fin du XIIIe siècle, et mort en 1350 à Mölln, près de Lübeck, où l'on montre une pierre tombale ornée d'un hibou et d'un miroir. Son nom joue en effet sur ces deux mots : en allemand, Eule veut dire hibou et Spiegel miroir. Qu'il ait existé ou non, le livre de ses aventures réunit surtout des farces plus anciennes, attribuées à son nom.
Le livre a été traduit dans de nombreuses langues. En 1867, l'écrivain belge Charles De Coster en a fait un héros de la liberté des Flandres, et en 1895 le compositeur allemand Richard Strauss lui a consacré une œuvre pour orchestre, Les Joyeuses Farces de Till l'Espiègle.
Ce que dit ce récit
Till est un fou sage. En prenant les mots au pied de la lettre, il montre que les gens parlent souvent sans réfléchir. En dupant les boulangers avares, les savants prétentieux et les princes vaniteux, il venge les petites gens. Ses farces sont parfois grossières ou méchantes, mais elles visent souvent ceux qui abusent de leur pouvoir.
Il rappelle aussi qu'on peut dire la vérité en faisant rire. Le mot français espiègle, qui désigne un enfant malicieux mais pas méchant, vient de son nom.
Ses cousins dans le monde
- En Turquie et en Asie centrale, Nasreddin Hodja, le sage farceur, raconte des anecdotes très proches.
- Dans le monde arabe, Djoha joue des tours du même genre.
- Au Danemark, Les Habits neufs de l'empereur d'Andersen reprend l'idée du tableau invisible, avec une étoffe invisible.
- En Afrique, de nombreux contes de rusés, comme le lièvre ou l'araignée Anansi, mettent en scène un petit qui ridiculise les puissants.
Pour aller plus loin
- Nasreddin Hodja, son cousin de Turquie.
- Les Habits neufs de l'empereur, l'étoffe invisible d'Andersen.
- Le baron de Münchhausen, un autre héros allemand des histoires impossibles.
Le savais-tu ?
- Le mot français « espiègle » vient du nom de Till Eulenspiegel, qu'on a aussi appelé Ulespiègle.
- Le nom Eulenspiegel associe deux mots allemands : Eule, le hibou, et Spiegel, le miroir. On les retrouve sculptés sur la pierre tombale qu'on lui attribue à Mölln.
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