L'histoire
Il était une fois un empereur qui aimait tant les beaux habits qu'il dépensait tout son argent pour sa toilette. Deux escrocs arrivent dans sa capitale. Ils se disent tisserands et prétendent fabriquer la plus belle étoffe du monde, avec une propriété merveilleuse : elle est invisible pour toute personne sotte ou incapable de faire son travail.
L'empereur leur donne de l'or et de la soie, que les escrocs gardent pour eux, et ils font semblant de tisser sur des métiers vides. L'empereur envoie un vieux ministre voir l'ouvrage. Le ministre ne voit rien, mais il a peur de passer pour un sot : il décrit avec enthousiasme les couleurs et les dessins. Un deuxième fonctionnaire fait de même. L'empereur lui-même ne voit rien, mais il n'ose pas le dire.
Le jour de la grande procession, les escrocs font semblant d'habiller l'empereur. Il défile dans les rues, sous un dais, et tout le peuple s'extasie sur son costume. Personne ne veut avouer qu'il ne voit rien. Soudain, un petit enfant dit tout haut ce que tout le monde voit : l'empereur n'a pas d'habit du tout ! La phrase passe de bouche en bouche, et bientôt tout le peuple le crie. L'empereur sent qu'ils ont raison, mais il continue la procession, encore plus fier, et ses chambellans portent toujours une traîne qui n'existe pas.
Les mots d'Andersen
Dans la traduction de David Soldi (1876), qui fait de l'empereur un « grand-duc » :
Mais il me semble qu'il n'a pas du tout d'habit, observa un petit enfant.
D'où vient ce récit
Hans Christian Andersen est né le 2 avril 1805 à Odense, au Danemark, dans une famille très pauvre : son père était cordonnier. À quatorze ans, en 1819, il part seul pour Copenhague, la capitale, avec l'espoir de devenir acteur ou chanteur. Après des années difficiles, il devient écrivain. Il publie ses premiers contes pour enfants en 1835, et en écrira plus de cent cinquante. Il meurt à Copenhague le 4 août 1875, célèbre dans toute l'Europe. Contrairement aux frères Grimm, qui recueillaient des contes populaires, Andersen invente la plupart des siens.
Les Habits neufs de l'empereur paraît le 7 avril 1837. Andersen reconnaissait avoir repris l'histoire. Elle vient du Comte Lucanor, un recueil de récits écrit en Espagne vers 1335 par le prince Don Juan Manuel. Chez lui, c'est un palefrenier, un homme qui garde les chevaux et qui n'a rien à perdre, qui ose dire la vérité au roi. Selon le Centre Hans Christian Andersen, la première fin écrite par Andersen ne révélait pas la vérité ; c'est au dernier moment, juste avant l'impression, qu'il a ajouté la voix de l'enfant.
Ce que dit ce récit
Le conte montre la peur du regard des autres : chacun ment pour ne pas paraître bête, et le mensonge de tous devient une vérité officielle. Il se moque aussi des puissants vaniteux et des courtisans qui n'osent jamais les contredire.
L'expression « le roi est nu » est restée dans de nombreuses langues : on l'emploie quand quelqu'un ose dire tout haut une évidence que personne ne voulait voir. Le conte est très actuel : modes absurdes, publicités qui vendent du vent, chefs que personne n'ose critiquer, ou réseaux sociaux où chacun approuve ce que tout le monde approuve. Il dit aussi le courage de la vérité : il suffit parfois d'une seule voix sincère, même petite, pour que tout le monde ose enfin parler.
Ses cousins dans le monde
- En Espagne, le récit de Don Juan Manuel, vers 1335, avec l'étoffe que seuls les enfants légitimes peuvent voir.
- En Allemagne, un épisode de Till l'Espiègle : il prétend peindre pour un comte un tableau que seuls les enfants légitimes peuvent voir, et ne peint rien du tout.
- En Russie, en Angleterre et en Turquie, avec un turban invisible chez les conteurs turcs, des récits du même genre.
Pour aller plus loin
- Till l'Espiègle, qui joue le même tour à un comte allemand.
- La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, sur la vanité.
- Le Corbeau et le Renard, sur la flatterie qui aveugle.
Le savais-tu ?
- Andersen a ajouté le petit enfant qui dit la vérité au tout dernier moment, juste avant que le livre soit imprimé.
- Dans la traduction française de David Soldi, en 1876, l'empereur est devenu un « grand-duc ».
- Le même petit livre de 1837 contenait aussi La Petite Sirène.
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