L'histoire
Un bûcheron et sa femme ont sept garçons. Le plus jeune est si petit à sa naissance qu'on l'appelle le Petit Poucet. Il parle peu, mais il écoute tout et il est le plus malin de la famille.
Une terrible famine frappe le pays. Les parents, désespérés, n'ont plus de quoi nourrir leurs enfants et décident de les perdre dans la forêt. Ce passage est dur : Perrault le raconte comme un drame de la misère, et les parents en pleurent. Le Petit Poucet a tout entendu. Il remplit ses poches de petits cailloux blancs et les sème tout le long du chemin : grâce à eux, les sept frères retrouvent la maison.
La deuxième fois, il ne peut sortir chercher des cailloux et sème des miettes de pain. Les oiseaux les mangent, et les enfants se perdent. Ils arrivent chez un ogre. Sa femme les cache, mais l'ogre sent « la chair fraîche ». Il décide de les garder pour le lendemain et les couche dans la chambre de ses sept filles, qui portent des couronnes d'or. En pleine nuit, le Petit Poucet échange les bonnets de ses frères contre les couronnes. L'ogre, trompé dans le noir, s'en prend à ses propres filles : c'est le passage le plus cruel du conte, que l'on ne détaille pas ici. Les garçons s'enfuient.
L'ogre les poursuit avec ses bottes de sept lieues, puis s'endort, épuisé, sur le rocher même où ils se cachent. Le Petit Poucet lui retire doucement ses bottes, qui s'ajustent par magie à son pied. Grâce à elles, il rapporte la fortune à sa famille. Perrault propose deux fins : dans l'une, il obtient par ruse les richesses de l'ogre ; dans l'autre, il devient messager du roi et gagne beaucoup d'argent.
Les mots de Perrault
Le Petit Poucet, s'étant approché de l'Ogre, lui tira doucement ses bottes, et les mit aussitôt.
Le conte précise que les bottes de sept lieues fatiguent beaucoup leur homme : même un ogre doit se reposer.
D'où vient ce récit
Charles Perrault (1628-1703) publie Le Petit Poucet en 1697 ; c'est le dernier conte de son recueil. L'histoire s'inspire de contes populaires d'enfants abandonnés et d'ogres. Elle rappelle aussi une réalité : à la fin du XVIIe siècle, la France a connu de grandes famines, en 1693 et 1694, où des familles pauvres ne pouvaient plus nourrir leurs enfants.
Ce que dit ce récit
La moralité de Perrault dit qu'on aime les enfants beaux et grands, mais que c'est parfois le plus petit, celui qu'on méprise, qui fait le bonheur de toute la famille. L'intelligence, l'observation et le courage valent plus que la taille et la force.
Le conte montre aussi un enfant qui garde son calme dans le danger, prépare un plan et protège ses frères. Et il ne cache pas la dureté de la pauvreté : il dit que la faim peut pousser des parents à des choix terribles. Aujourd'hui encore, dans de nombreux pays, des enfants sont séparés de leur famille par la misère ou par la guerre, et des organisations comme l'UNICEF travaillent à les protéger.
Ses cousins dans le monde
- En Allemagne, Hansel et Gretel, des frères Grimm, raconte aussi des enfants abandonnés dans la forêt qui sèment de quoi retrouver leur chemin.
- En Italie, Basile raconte Ninnillo et Nennella, deux enfants perdus en forêt.
- En Angleterre, Molly Whuppie est une fille courageuse qui, comme le Petit Poucet, échange les colliers de ses sœurs et des filles d'un géant pour tromper celui-ci.
- En Russie, en République tchèque, en Jamaïque et aux Philippines, des enfants perdus échappent eux aussi à une sorcière ou à un ogre.
Pour aller plus loin
- Hansel et Gretel, le cousin allemand du Petit Poucet.
- Le Chat botté, un autre conte de Perrault où l'on trompe un ogre.
- La Belle au bois dormant, où les bottes de sept lieues apparaissent aussi.
Le savais-tu ?
- Une lieue mesurait environ quatre kilomètres : avec des bottes de sept lieues, on faisait donc près de trente kilomètres à chaque pas.
- Les bottes de sept lieues apparaissent aussi dans un autre conte de Perrault, La Belle au bois dormant, où elles sont portées par un petit nain messager.
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