L'histoire
Un roi et une reine ont enfin une fille. Pour le baptême, ils invitent sept fées, qui offrent chacune un don à la princesse : la beauté, l'esprit, la grâce, la danse, le chant, la musique. Mais une vieille fée, que l'on croyait morte et qu'on n'a pas invitée, arrive furieuse. Son « don » est terrible : la princesse se percera la main avec un fuseau, l'outil qui sert à filer la laine, et elle en mourra.
Heureusement, la plus jeune fée n'a pas encore parlé. Elle ne peut pas défaire le sort, mais elle l'adoucit : la princesse ne mourra pas, elle dormira cent ans, et le fils d'un roi viendra la réveiller. Le roi interdit tous les fuseaux du royaume. Pourtant, quinze ou seize ans plus tard, la princesse découvre en haut d'un donjon une vieille femme qui file, et qui n'a jamais entendu parler de l'interdiction. Elle saisit le fuseau, se pique et s'endort.
La bonne fée endort tout le château avec elle : les dames, les gardes, les cuisiniers, les chevaux et même le petit chien. Une forêt de ronces et d'épines pousse tout autour. Cent ans plus tard, un prince arrive ; les arbres s'écartent pour le laisser passer. Il trouve la princesse endormie, s'agenouille… et c'est la fin de l'enchantement : elle s'éveille.
Les mots de Perrault
La promesse de la jeune fée :
Rassurez-vous, roi et reine, votre fille n'en mourra point ; il est vrai que je n'ai pas assez de puissance pour défaire entièrement ce que mon ancienne a fait ; la princesse se percera la main d'un fuseau ; mais, au lieu d'en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil, qui durera cent ans, au bout desquels le fils d'un roi viendra la réveiller.
Et le réveil, plein d'humour :
Est-ce vous, mon prince ? lui dit-elle ; vous vous êtes bien fait attendre.
La seconde partie du conte
Chez Perrault, l'histoire continue. Le prince épouse la princesse en secret, et ils ont deux enfants, Aurore et Jour. Mais la mère du prince est d'une famille d'ogres. Devenue régente pendant que son fils part à la guerre, elle veut manger ses petits-enfants et leur mère. Un maître d'hôtel au grand cœur les cache et la trompe en lui servant un agneau, un chevreau, une biche. Quand l'ogresse découvre la ruse, le roi rentre juste à temps, et c'est elle qui disparaît, prise à son propre piège. Cette partie, très effrayante dans le texte original, est résumée ici.
D'où vient ce récit
Charles Perrault (1628-1703) place La Belle au bois dormant en tête de ses contes de 1697. Avant lui, l'Italien Giambattista Basile avait raconté en 1634 une version beaucoup plus dure, Soleil, Lune et Talie. En 1812, les frères Grimm publient Dornröschen, « la petite rose d'épines » : leur conte s'arrête au réveil, et c'est un baiser du prince qui réveille la princesse. En 1890, le compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski en fait un ballet célèbre.
Ce que dit ce récit
Le conte montre qu'on ne peut pas toujours échapper au destin en interdisant les choses : le roi supprime les fuseaux, et le danger arrive quand même. Il parle aussi de patience : il faut attendre cent ans pour que le sort s'achève. La moralité de Perrault est ironique : il dit que peu de jeunes filles aujourd'hui accepteraient d'attendre si longtemps un mari !
On peut aussi y voir le passage de l'enfance à l'âge adulte : la princesse s'endort enfant, au moment de devenir une jeune fille, et se réveille dans un monde qui a changé.
Ses cousins dans le monde
- En Italie, Basile, et d'autres contes populaires siciliens et napolitains.
- En Grèce, en Irlande, et dans Les Mille et Une Nuits, des récits de princesses endormies par enchantement.
- Au Moyen Âge, un long roman en prose, Perceforest, racontait déjà l'histoire d'une princesse plongée dans un sommeil magique.
Pour aller plus loin
- Blanche-Neige, une autre princesse endormie, chez les Grimm.
- Cendrillon, un autre conte de fées de Perrault.
- Le Petit Poucet, un autre conte avec des ogres et des bottes de sept lieues.
Le savais-tu ?
- Chez Perrault, le prince n'embrasse pas la princesse : elle se réveille parce que les cent ans sont écoulés. Le baiser vient de la version des frères Grimm.
- Dans le conte de Perrault, la bonne fée est prévenue de l'accident par un petit nain chaussé de bottes de sept lieues.
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