L'histoire
Un meunier meurt et laisse à ses trois fils son moulin, son âne et son chat. L'aîné prend le moulin, le deuxième l'âne, et le plus jeune n'a que le chat. Il se désole. Mais le chat lui parle : « Ne vous affligez point, mon maître. Donnez-moi un sac et une paire de bottes, et vous verrez. »
Le chat attrape un lapin dans son sac et va l'offrir au roi de la part de « monsieur le marquis de Carabas », un nom qu'il vient d'inventer pour son maître. Il recommence avec des perdrix, pendant des mois. Un jour, il apprend que le roi va se promener au bord de la rivière avec sa fille. Il dit à son maître de se baigner, puis crie « Au secours ! » : le marquis se noie, des voleurs ont pris ses habits ! Le roi lui fait donner de beaux vêtements, et la princesse le trouve fort à son goût.
Le chat court devant le carrosse et ordonne aux paysans de dire que les champs appartiennent au marquis de Carabas. Enfin, il arrive au château d'un ogre très riche. Il le flatte et le met au défi de se changer en lion, puis en souris. L'ogre se change en souris, et le chat la mange aussitôt. Le château devient celui du marquis, qui épouse la princesse. Le chat devient un grand seigneur et ne court plus après les souris que pour s'amuser.
Les mots de Perrault
Voilà, sire, un lapin de garenne que monsieur le marquis de Carabas (c'était le nom qu'il lui prit l'idée de donner à son maître) m'a chargé de vous présenter de sa part.
Et la dernière phrase du conte :
Le Chat devint grand seigneur, et ne courut plus après les souris que pour se divertir.
D'où vient ce récit
Charles Perrault (1628-1703) publie Le Maître Chat ou le Chat botté en 1697. Avant lui, l'histoire existait déjà en Italie, dans deux livres : celui de Giovanni Francesco Straparola, publié à Venise au milieu du XVIe siècle, où une chatte enchantée aide un pauvre garçon nommé Costantino, et celui de Giambattista Basile à Naples (1634), où une chatte aide aussi le jeune Gagliuso. Perrault ajoute les bottes, qui font du chat un vrai personnage, presque un gentilhomme.
Ce que dit ce récit
La première moralité de Perrault dit qu'un bel héritage compte moins que l'habileté et le savoir-faire. Le plus jeune fils n'avait presque rien, mais il avait un allié intelligent.
Le conte est pourtant étonnant : le chat ment, menace les paysans et dévore l'ogre, et il est récompensé. C'est un conte de rusé, comme ceux d'Anansi l'araignée ou du lièvre en Afrique : le petit et le pauvre l'emportent sur le riche et le puissant grâce à leur esprit. On peut se demander s'il est juste de tout obtenir par la ruse, et c'est une bonne question à discuter.
Ses cousins dans le monde
- En Italie, Straparola et Basile avant Perrault ; en Allemagne, en Norvège, en Suède, en Finlande et en Hongrie, des versions où l'animal aide son maître pauvre.
- En Inde, c'est souvent un chacal malin qui arrange le mariage de son maître.
- En Mongolie, un renard joue le même rôle dans le conte de Boroltai Ku.
- Aux Philippines, c'est un singe qui fait la fortune de son maître.
Pour aller plus loin
- Anansi, l'araignée conteuse, un autre héros rusé.
- Le Corbeau et le Renard, la flatterie qui trompe, comme celle du chat devant l'ogre.
- Le Petit Poucet, un autre petit qui bat un ogre.
Le savais-tu ?
- Le nom « marquis de Carabas » est inventé par le chat lui-même : le conte précise que c'est le nom « qu'il lui prit l'idée de donner à son maître ».
- Dans les deux versions italiennes, celle de Straparola et celle de Basile, l'animal rusé n'est pas un chat mais une chatte, et elle n'a pas de bottes.
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