L'histoire
Un marchand a une fille, Vassilissa la Belle. Quand elle a huit ans, sa mère tombe malade. Avant de mourir, elle lui donne une petite poupée : « Garde-la toujours avec toi, ne la montre à personne, et quand tu seras dans le malheur, donne-lui à manger et demande-lui conseil. » Le marchand se remarie avec une veuve qui a deux filles. Elles sont jalouses de Vassilissa et la font travailler sans arrêt ; mais chaque nuit, la poupée mange un peu et fait le travail à sa place.
Un soir d'automne, la belle-mère éteint toutes les lumières de la maison et envoie Vassilissa chercher du feu chez Baba Yaga, au fond de la forêt, en espérant qu'elle n'en reviendra pas. Vassilissa marche toute la nuit. Elle voit passer un cavalier blanc, et le jour se lève ; un cavalier rouge, et le soleil paraît ; un cavalier noir, et la nuit tombe. Elle arrive devant la maison de la sorcière, entourée d'une clôture faite d'os, où brillent des crânes aux yeux lumineux.
Baba Yaga arrive dans un grand fracas. Elle accepte de donner du feu, à condition que Vassilissa travaille pour elle : nettoyer, cuisiner, trier des grains. Si elle échoue, la sorcière la mangera. Grâce à la poupée, tout est fait à temps. Baba Yaga lui demande comment elle a réussi. « Par la bénédiction de ma mère », répond Vassilissa. Baba Yaga, qui ne supporte pas les bénédictions, la renvoie avec un crâne aux yeux de feu pour éclairer la maison. Quand Vassilissa rentre, la lumière du crâne punit la belle-mère et ses filles ; le conte dit qu'elles en sont réduites en cendres, une fin dure que l'on ne détaille pas. Plus tard, Vassilissa, qui tisse un lin d'une finesse merveilleuse, épouse le tsar.
Les mots du conte
L'arrivée de Baba Yaga, dans le recueil d'Alexandre Afanassiev :
в ступе едет, пестом погоняет, помелом след заметает.
Traduction de la rédaction : « elle avance dans un mortier, le pousse avec le pilon, et efface ses traces avec un balai. »
D'où vient ce récit
Baba Yaga est un personnage des contes populaires russes et, sous des noms proches, d'autres peuples slaves. Ces contes ont été transmis à l'oral pendant des siècles, puis réunis par le savant Alexandre Afanassiev, qui publie de 1855 à 1863 ses Contes populaires russes, en huit volumes : c'est le grand recueil russe, comme celui des frères Grimm en Allemagne. Dans d'autres contes, la cabane de la sorcière est perchée sur des pattes de poule et peut tourner sur elle-même, comme sur un pivot.
Au début du XXe siècle, le peintre Ivan Bilibine a illustré ces contes, et le compositeur Modeste Moussorgski a consacré à la cabane de Baba Yaga un morceau de ses Tableaux d'une exposition (1874).
Ce que dit ce récit
Baba Yaga n'est pas une simple méchante : elle est dangereuse mais juste. Elle met à l'épreuve ceux qui viennent la voir, et elle peut aider celui ou celle qui est poli, travailleur et courageux. Elle représente la forêt profonde, la nature sauvage, l'inconnu qu'il faut traverser pour grandir.
L'histoire de Vassilissa ressemble à celle de Cendrillon : une jeune fille maltraitée par sa belle-mère, aidée par un objet laissé par sa mère morte, qui finit par épouser un souverain. La poupée représente l'amour de la mère, qui continue de protéger l'enfant.
Ses cousins dans le monde
- En Allemagne, la sorcière de Hansel et Gretel, dans sa maison au fond de la forêt.
- En France et en Allemagne, Cendrillon et Aschenputtel, aidées comme Vassilissa par le souvenir de leur mère.
- Dans de nombreuses traditions, la vieille femme de la forêt qui peut perdre ou sauver le héros : au Japon, la Yamauba, sorcière des montagnes.
Pour aller plus loin
- Hansel et Gretel, une autre sorcière de la forêt.
- Cendrillon, la cousine de Vassilissa.
- La Reine des neiges, un autre conte des pays du froid.
Le savais-tu ?
- Baba Yaga ne vole pas sur un balai comme les sorcières d'Europe de l'Ouest : elle voyage dans un mortier, et se sert du balai pour effacer ses traces.
- Le recueil d'Alexandre Afanassiev, publié de 1855 à 1863, est aux contes russes ce que celui des frères Grimm est aux contes allemands.
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