L'histoire
Un homme et sa femme attendent un enfant. De leur fenêtre, la femme voit un jardin magnifique, entouré d'un haut mur, qui appartient à une puissante magicienne. Elle y aperçoit de la raiponce, une plante dont on mange les feuilles en salade, et en a tellement envie qu'elle tombe malade. Le mari escalade le mur pour en voler. La deuxième fois, la magicienne le surprend. Elle le laisse partir à une condition : lui donner l'enfant qui va naître.
La magicienne appelle la petite fille Raiponce et l'élève. Quand elle a douze ans, elle l'enferme dans une tour au milieu de la forêt, sans escalier ni porte, avec une seule petite fenêtre tout en haut. Pour monter, la magicienne crie au pied de la tour : « Raiponce, Raiponce, descends tes cheveux ! » Raiponce laisse alors tomber ses longues tresses blondes, longues de vingt aunes, et la magicienne y grimpe.
Un prince qui passe à cheval entend Raiponce chanter. Il observe, retient la formule, et monte à son tour. Raiponce a peur, puis accepte de l'épouser et prépare avec lui sa fuite. Mais un jour, elle laisse échapper une phrase maladroite : la vieille est bien plus lourde à hisser que le prince ! Furieuse, la magicienne coupe les tresses et abandonne Raiponce dans une région désolée. Quand le prince monte, il trouve la magicienne, qui lui annonce qu'il ne reverra jamais Raiponce. Désespéré, il saute de la tour et tombe dans des ronces qui le rendent aveugle. Il erre pendant des années, jusqu'au jour où il entend une voix connue : c'est Raiponce, qui vit là avec leurs jumeaux, un garçon et une fille. Elle pleure de joie, deux larmes touchent les yeux du prince, et il voit de nouveau.
Les mots des Grimm
La formule de la magicienne, dans l'édition de 1857 :
„Rapunzel, Rapunzel, laß mir dein Haar herunter.“
Traduction de la rédaction : « Raiponce, Raiponce, descends-moi tes cheveux. »
D'où vient ce récit
Jacob (1785-1863) et Wilhelm Grimm (1786-1859) étaient deux frères allemands, savants de la langue et des traditions. Ils voulaient sauver les récits populaires avant qu'ils ne disparaissent. En 1812, ils publient le premier tome de leurs Contes de l'enfance et du foyer (Kinder- und Hausmärchen), puis un second en 1815. Ils les ont réédités sept fois, en les retouchant, jusqu'à l'édition de 1857, qui compte deux cents contes. Beaucoup leur avaient été racontés par des femmes de la région de Kassel, comme la conteuse Dorothea Viehmann.
Les Grimm n'ont pas recueilli ce conte auprès d'une conteuse : ils l'ont repris d'un écrivain allemand, Friedrich Schulz, qui l'avait lui-même traduit d'un conte français de Charlotte-Rose de Caumont La Force, Persinette, publié en 1698. Plus tôt encore, en 1634, le Napolitain Giambattista Basile racontait Petrosinella, « petit persil ». Dans la première édition des Grimm, en 1812, c'est un autre détail, plus gênant pour les lecteurs de l'époque, qui trahit Raiponce ; Wilhelm Grimm l'a remplacé par la phrase sur la vieille trop lourde.
Ce que dit ce récit
Raiponce est enfermée « pour son bien » par quelqu'un qui veut la garder pour soi. Le conte parle du passage à l'âge adulte : un jour, l'enfant grandit et veut découvrir le monde, et aucune tour ne peut l'en empêcher. Il parle aussi de fidélité et de guérison : les larmes de Raiponce rendent la vue au prince, comme si l'amour réparait les blessures.
En 2010, le film d'animation de Disney Raiponce a fait de l'héroïne une jeune fille aventurière, qui s'enfuit elle-même de sa tour.
Ses cousins dans le monde
- En Italie, Petrosinella de Basile (1634), La Belle Angiola et Prunella, notés plus tard dans les campagnes.
- En France, Persinette (1698) de Mlle de La Force, puis des contes populaires comme Parsillette.
- Aux Philippines, dans Juan et Clotilde, un vieux magicien enferme une princesse dans une tour si haute que les oiseaux eux-mêmes la survolent à peine ; un jeune paysan, Juan, parvient à la délivrer.
Pour aller plus loin
- Blanche-Neige, une autre jeune fille menacée, chez les Grimm.
- La Belle au bois dormant, une princesse coupée du monde pendant cent ans.
- Hansel et Gretel, une autre sorcière des Grimm.
Le savais-tu ?
- La raiponce est une vraie plante, une campanule dont on mangeait autrefois les feuilles et les racines : c'est elle qui donne son nom à l'héroïne.
- Selon le conte, les cheveux de Raiponce tombaient de vingt aunes : l'aune était une ancienne mesure, et vingt aunes font plus de dix mètres.
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