L'histoire
Un petit tailleur coud à sa fenêtre. Il achète à une paysanne un peu de confiture et s'en prépare une tartine. Les mouches s'y posent par dizaines. Agacé, il frappe d'un coup de chiffon : sept mouches tombent mortes ! Très fier, il se coud une ceinture où il brode en grandes lettres : « Sept d'un coup ! » Et il part faire connaître sa bravoure au monde entier.
En chemin, il rencontre un géant. Le géant écrase une pierre dans sa main jusqu'à en faire sortir de l'eau ; le tailleur presse un vieux fromage qu'il avait en poche, et le jus coule. Le géant lance une pierre très haut ; le tailleur lâche un oiseau, qui s'envole et ne retombe jamais. Ils portent un arbre : le géant prend le tronc, le tailleur s'assoit en cachette sur les branches. Le géant, épuisé, n'y comprend rien.
Arrivé chez un roi, le tailleur est pris pour un grand guerrier, à cause de sa ceinture. Le roi lui promet sa fille et la moitié de son royaume s'il accomplit trois exploits. Contre deux géants, il leur lance des pierres du haut d'un arbre pendant leur sommeil : chacun accuse l'autre, ils se battent et se tuent entre eux. Il attire une licorne contre un arbre, où sa corne reste plantée. Il enferme un sanglier dans une chapelle en sautant par la fenêtre. Il épouse la princesse et devient roi. Quand la reine découvre qu'il n'est qu'un tailleur, parce qu'il parle couture en dormant, elle veut le faire enlever ; mais il fait semblant de rêver et crie qu'il a tué sept d'un coup, deux géants, une licorne et un sanglier. Les serviteurs s'enfuient, terrifiés. Il reste roi toute sa vie.
Les mots des Grimm
La devise brodée sur la ceinture, en allemand de 1857 :
„siebene auf einen Streich!“
Traduction de la rédaction : « sept d'un coup ! »
D'où vient ce récit
Jacob (1785-1863) et Wilhelm Grimm (1786-1859) étaient deux frères allemands, savants de la langue et des traditions. Ils voulaient sauver les récits populaires avant qu'ils ne disparaissent. En 1812, ils publient le premier tome de leurs Contes de l'enfance et du foyer (Kinder- und Hausmärchen), puis un second en 1815. Ils les ont réédités sept fois, en les retouchant, jusqu'à l'édition de 1857, qui compte deux cents contes. Beaucoup leur avaient été racontés par des femmes de la région de Kassel, comme la conteuse Dorothea Viehmann.
Le conte combine plusieurs histoires plus anciennes d'un petit homme qui trompe des géants par la ruse. Les Grimm l'ont composé à partir de plusieurs sources, dont un livre allemand du XVIe siècle.
Ce que dit ce récit
C'est un conte de rusé, et un conte comique : le héros n'est ni grand ni fort, mais il a de l'imagination, du sang-froid et un sacré culot. Il gagne parce que les autres le croient plus fort qu'il n'est. Le conte montre la puissance de la réputation et de la parole : « sept d'un coup » ne ment pas vraiment, mais tout le monde comprend autre chose.
On peut aussi y voir une petite leçon sur la confiance en soi : le tailleur croit en lui et ose. Mais attention, le conte se moque aussi des puissants, du roi et des géants, qui se laissent impressionner par une simple phrase.
Ses cousins dans le monde
- En Inde, le conte du Vaillant Potier, noté en 1868 dans le Deccan par Mary Frere, raconte un potier qui, un soir d'orage, prend un tigre pour son âne, le bat et le ramène attaché chez lui. Il devient un héros, puis gagne une guerre par une série d'accidents heureux.
- En Angleterre, Jack le tueur de géants trompe lui aussi des géants par la ruse.
- Dans de nombreux pays, des contes de petit homme malin opposé à un géant bête, comme le Petit Poucet face à l'ogre.
Pour aller plus loin
- Le Petit Poucet, un autre petit qui trompe un ogre.
- Le Chat botté, un autre rusé qui fait fortune.
- Le baron de Münchhausen, un autre maître de l'exagération.
Le savais-tu ?
- Pour faire croire qu'il presse l'eau d'une pierre, le tailleur presse en réalité un vieux fromage qu'il avait gardé dans sa poche.
- Le conte indien du Vaillant Potier commence par une erreur : un soir de tempête, un potier prend un tigre pour son âne.
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