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Le cubisme et les avant-gardes : l’art casse ses propres règles

Entre 1905 et 1920, en quelques années seulement, des artistes font exploser cinq siècles de règles. Les fauves libèrent la couleur, Picasso et Braque découpent le monde en facettes, les futuristes célèbrent la vitesse, Kandinsky et d'autres osent une peinture qui ne représente plus rien de reconnaissable. On les appelle les avant-gardes.

13-18 ans

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Portrait de Pablo Picasso, de Juan Gris, 1912 (Art Institute of Chicago) : un visage découpé en facettes, comme vu de plusieurs côtés à la fois.Juan Gris · Domaine public · Wikimedia Commons

Qu'est-ce qu'une avant-garde ?

À l'armée, l'avant-garde est la troupe qui marche devant les autres. En art, le mot désigne les artistes qui inventent avant tout le monde des formes nouvelles, souvent incomprises au début.

Au début du XXe siècle, le monde change à toute vitesse : électricité, automobile, avion, cinéma, photographie. La photo sait désormais reproduire la réalité mieux que n'importe quel peintre. Alors, à quoi bon peindre ce que l'on voit ? Beaucoup d'artistes cherchent une autre mission à la peinture.

Les fauves : la couleur en liberté

En 1905, au Salon d'automne de Paris, des tableaux d'Henri Matisse et d'André Derain font scandale. Des visages verts, des arbres rouges, des couleurs pures appliquées à grands coups de pinceau. Le critique Louis Vauxcelles surnomme leurs auteurs les « fauves », c'est-à-dire les bêtes sauvages. Comme pour l'impressionnisme, l'insulte devient le nom du mouvement.

Leur message : la couleur n'a pas à copier la réalité. Elle peut exprimer une émotion.

La Femme au chapeau, d’Henri Matisse, 1905 (musée d’Art moderne de San Francisco) : un visage vert et mauve qui fit scandale.Henri Matisse · Domaine public · Wikimedia Commons

Le cubisme : voir un objet de tous les côtés

Vers 1907-1908, deux jeunes peintres installés à Paris, l'Espagnol Pablo Picasso et le Français Georges Braque, inventent une manière radicalement nouvelle de représenter la réalité.

Leur idée : un objet ne se voit jamais d'un seul point de vue. Si l'on tourne autour d'une guitare, on la voit de face, de profil, d'en haut. Pourquoi ne pas montrer plusieurs points de vue en même temps, sur la même toile ? Le résultat paraît fragmenté, comme un miroir brisé en facettes.

On fait souvent commencer le cubisme avec Les Demoiselles d'Avignon, grand tableau peint par Picasso en 1907, aujourd'hui au Museum of Modern Art de New York. Ses cinq femmes aux corps anguleux et aux visages en forme de masques choquent même ses amis. Picasso s'est inspiré, entre autres, des sculptures africaines qu'il venait de découvrir.

Le mot « cubisme » vient encore une fois d'un critique, Louis Vauxcelles, qui écrit en 1908 que Braque réduit tout « à des cubes ».

Les historiens distinguent deux temps :

  • le cubisme analytique (1908-1912) : des tableaux sévères, en gris, ocre et brun, où l'objet se décompose en petits plans ;
  • le cubisme synthétique (à partir de 1912 environ) : plus coloré, avec des collages de papier journal, de papier peint ou de partitions collés directement sur la toile.

Le futurisme : vive la vitesse

En 1909, le poète italien Filippo Tommaso Marinetti publie le Manifeste du futurisme en première page du journal parisien Le Figaro. Les futuristes rejettent violemment le passé et les musées. Ils veulent un art qui célèbre les machines, la vitesse, la ville, l'énergie. Leurs tableaux et leurs sculptures décomposent le mouvement, comme une série de photos superposées.

La ville qui monte, d’Umberto Boccioni, 1910 (Museum of Modern Art, New York) : le futurisme peint l’énergie de la ville moderne.Umberto Boccioni · Domaine public · Wikimedia Commons

L'abstraction : plus rien à reconnaître

Dernière étape, la plus radicale : abandonner complètement le sujet. Une peinture abstraite ne représente ni personne, ni objet, ni paysage. Elle n'est faite que de formes, de lignes et de couleurs, comme une musique pour les yeux.

Vassily Kandinsky, vers 1910, puis Kasimir Malevitch, le Néerlandais Piet Mondrian ou Sonia Delaunay en sont des pionniers. On a découvert depuis que la Suédoise Hilma af Klint peignait déjà des œuvres abstraites dans les années 1900, sans les montrer au public.

Composition VII, de Vassily Kandinsky, 1913 (galerie Tretiakov, Moscou) : des formes et des couleurs, et plus rien à reconnaître.Vassily Kandinsky · Domaine public · Wikimedia Commons

Dada : rire de tout pendant la guerre

En 1916, en pleine Première Guerre mondiale, l'écrivain Hugo Ball ouvre à Zurich, en Suisse, un cabaret, le Cabaret Voltaire. Avec ses amis, il fonde Dada, un mouvement qui se moque de tout, y compris de l'art, en réaction aux horreurs et à l'absurdité de la guerre. Poèmes sans queue ni tête, collages, spectacles provocants : Dada prépare le terrain au surréalisme.

Pourquoi c'est important

En quinze ans, ces artistes ont posé les questions qui traversent encore l'art d'aujourd'hui : faut-il imiter la réalité ? Qu'est-ce qui fait qu'une chose est de l'art ? On peut ne pas aimer, mais on ne peut plus regarder un tableau comme avant.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Les mots « fauvisme » et « cubisme » viennent tous deux du même critique, Louis Vauxcelles, qui voulait se moquer.
  • Le Manifeste du futurisme a été publié le 20 février 1909 en première page du Figaro, un journal parisien.
  • Le mouvement Dada est né en 1916 dans un cabaret de Zurich, le Cabaret Voltaire, en pleine Première Guerre mondiale.

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