Le contexte : une guerre civile
En 1936, en Espagne, une partie de l'armée menée par le général Franco se soulève contre le gouvernement de la République, élu démocratiquement. C'est le début d'une guerre civile qui dure jusqu'en 1939. Franco reçoit l'aide de l'Allemagne nazie d'Hitler et de l'Italie fasciste de Mussolini.
Le 26 avril 1937, vers 16 h 20, des avions de la légion Condor, l'aviation envoyée par l'Allemagne nazie, commencent à bombarder Gernika (Guernica en espagnol), une petite ville du Pays basque. Les vagues de bombes se succèdent pendant plus de trois heures, jusqu'à 19 h 40. Entre 31 et 41 tonnes d'explosifs, en majorité des bombes incendiaires, sont lâchées. Le centre-ville est entièrement rasé, et les incendies brûlent pendant plusieurs jours. C'est l'un des premiers bombardements massifs d'une ville et de ses civils.
Ce qu'on y voit
Une scène de chaos, sans couleur, dans une pièce qui semble à la fois intérieure et extérieure.
- À gauche, une mère hurle vers le ciel, son enfant mort dans les bras. Au-dessus d'elle, un taureau immobile.
- Au centre, un cheval transpercé par une lance, la bouche ouverte dans un cri de douleur.
- Au sol, un soldat démembré tient encore une épée brisée, près d'une petite fleur.
- En haut, une ampoule électrique en forme d'œil éclaire la scène, et une femme tend une lampe par une fenêtre.
- À droite, une femme lève les bras au milieu des flammes d'une maison qui brûle.
On ne voit ni avion, ni bombe, ni soldat ennemi. Picasso ne décrit pas l'événement précis : il en montre les conséquences, la souffrance des innocents.
Comment il a été fait
Une commande. En 1937, le gouvernement de la République espagnole demande à Picasso, Espagnol installé à Paris, une grande œuvre pour son pavillon à l'Exposition internationale de Paris, prévue l'été suivant.
Un choc. Picasso cherche encore son sujet quand il découvre les photographies du bombardement publiées dans les journaux, dont le quotidien français L'Humanité. Il change d'idée.
Cinq semaines. Il peint la toile entre le 1er mai et le 4 juin 1937, dans son atelier parisien. C'est une huile sur toile immense : environ 3,49 mètres de haut sur 7,77 mètres de large.
Un choix de couleurs. Picasso n'utilise que le noir, le blanc et des gris, ce qu'on appelle la grisaille. Ce choix rappelle les photos de presse et les actualités filmées en noir et blanc de l'époque. Les corps déformés, découpés en plans, viennent du cubisme ; l'atmosphère de cauchemar doit beaucoup au surréalisme.
Pourquoi il est célèbre
Un message universel. En ne montrant aucun détail précis, Picasso transforme un drame local en cri contre toutes les guerres. Le tableau a été conçu comme une immense affiche, un témoignage de l'horreur de la guerre d'Espagne et un avertissement avant la Seconde Guerre mondiale, qui éclate deux ans plus tard.
Des symboles. Le cheval, le taureau, la mère et son enfant sont des symboles que chacun peut interpréter.
Un long exil. Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, Picasso confie le tableau au Museum of Modern Art de New York. En 1958, il prolonge ce prêt « jusqu'au rétablissement de la démocratie en Espagne ». Franco reste au pouvoir jusqu'à sa mort, en 1975. Le tableau ne revient en Espagne qu'en 1981, plus de quarante ans après sa création.
Où la voir
Au musée Reina Sofía, à Madrid, où il est installé depuis 1992 (salle 205.10). Le bâtiment était autrefois un hôpital : pendant la guerre, on y soignait les survivants des bombardements aériens de Madrid, menés par la même légion Condor.
Pour aller plus loin
- Pablo Picasso : la vie du peintre de Guernica.
- Le cubisme et les avant-gardes : d'où viennent les formes brisées du tableau.
- Le surréalisme : l'autre influence de Guernica.
- Les deux guerres mondiales : la guerre qui suit, deux ans plus tard.
- Le romantisme : Goya et son Trois Mai 1808, un autre tableau espagnol contre la violence de la guerre.
Le savais-tu ?
- Picasso a peint Guernica en cinq semaines seulement, du 1er mai au 4 juin 1937, sur une toile de près de huit mètres de large.
- Le tableau est resté à New York jusqu'en 1981 : Picasso voulait qu'il ne rentre en Espagne qu'une fois la démocratie rétablie.
- La salle du musée Reina Sofía où est exposé Guernica faisait partie d'un hôpital où l'on soignait les blessés des bombardements de Madrid.
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