Qui, quand, où
Soundiata Keïta, qu'on écrit aussi Sundiata, Sunjata ou Soundjata, est le fondateur de l'empire du Mali, en Afrique de l'Ouest. Il vit au XIIIᵉ siècle et meurt vers 1255. On ne connaît pas sa date de naissance avec certitude.
Il vient du Manden (ou Manding), le pays des Malinkés, sur le haut fleuve Niger, à cheval sur l'actuelle Guinée et l'actuel Mali.
À cette époque, le vieil empire du Ghana (qui n'a rien à voir avec le pays actuel du même nom) s'est effondré. Le royaume de Sosso, dirigé par le roi Soumaoro Kanté, domine la région, et les petits royaumes malinkés doivent lui obéir.
Ce qu'il a accompli
- Vers 1235, il bat Soumaoro Kanté à la bataille de Kirina, à la tête d'une alliance de chefs malinkés.
- Il réunit les clans du Manden et fonde l'empire du Mali. Sa capitale est Niani, une ville aujourd'hui disparue dont on ne connaît pas l'emplacement exact.
- Il prend le titre de mansa, qui veut dire « roi ».
- Selon la tradition, il organise l'empire : chaque clan reçoit un rôle, et les rois suivants seront choisis parmi ses descendants.
- L'empire qu'il fonde dure plusieurs siècles. Son petit-neveu, Mansa Moussa, le rendra célèbre jusqu'en Europe.
Comment
Presque tout ce qui suit vient de l'épopée de Soundiata, chantée par les griots. Ces épisodes disent ce que les Malinkés ont voulu retenir ; ils ne racontent pas forcément ce qui s'est passé mot pour mot.
En se relevant. Selon l'épopée, le jeune Soundiata ne peut pas marcher pendant des années, et sa mère, Sogolon, est moquée par les autres épouses du roi. Un jour, à force d'efforts, il se met debout en s'appuyant sur une barre de fer. L'histoire dit une chose simple : on peut partir de très loin.
En traversant l'exil. Après la mort de son père, la jalousie d'un demi-frère le chasse. Il part avec sa mère et ses sœurs et vit des années loin du Manden. Le roi de Mema finit par l'accueillir et lui confie des responsabilités. Quand Soumaoro soumet le Manden, des envoyés viennent le chercher.
En rassemblant. Soundiata ne gagne pas seul. Il réunit des chefs mécontents de la domination de Sosso. Des généraux comme Tiramaghan Traoré et Fakoli Koroma jouent un grand rôle dans ses victoires.
Grâce à sa sœur. Selon le récit, sa sœur Nana Triban, mariée de force à Soumaoro, découvre le secret de la force de son époux et le révèle à Soundiata avant la bataille de Kirina.
En organisant après la victoire. Selon la tradition, une grande assemblée des chefs le proclame roi et répartit les rôles entre les clans, à un endroit appelé Kouroukan Fouga. Les règles qu'on y aurait fixées sont connues sous le nom de charte du Manden.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
On connaît Soundiata par deux sortes de sources.
Des textes écrits en arabe, plus d'un siècle après sa mort. L'historien Ibn Khaldoun, à la fin du XIVᵉ siècle, parle du grand roi qui a vaincu les Sosso et qu'il appelle Mari Djata, « seigneur lion ». Ce texte confirme qu'il a bien existé. Ibn Khaldoun ne dit pas qu'il était musulman : il présente un roi plus ancien, Barmandana, comme le premier souverain du Mali converti à l'islam.
La tradition orale, transmise par les griots (en malinké, jeli), des spécialistes de la mémoire, de la musique et de la parole. Leur épopée existe en des dizaines de versions. La plus connue a été publiée en 1960 par l'historien guinéen Djibril Tamsir Niane, d'après le récit du griot Mamadou Kouyaté. Elle présente Soundiata comme un grand chasseur, doté de pouvoirs magiques, et Soumaoro comme un roi sorcier : ces éléments appartiennent à la légende.
Zones d'ombre et débats
Un récit à la gloire du vainqueur. L'épopée est un chant de louange. Soumaoro y est décrit comme un monstre ; mais on se souvient aussi de lui comme d'un grand roi, auquel la tradition attribue le balafon, un instrument de musique. On ne connaît presque ce conflit que du côté des vainqueurs.
Sa religion. Certaines versions de l'épopée lui prêtent des traits musulmans ; beaucoup d'autres le montrent en chasseur fidèle aux croyances de ses ancêtres. Des historiens pensent que les éléments musulmans ont pu être ajoutés plus tard. Les sources ne permettent pas de trancher.
Une charte discutée. En 2009, l'UNESCO a inscrit la charte du Manden au patrimoine immatériel de l'humanité, en la présentant comme l'une des plus anciennes constitutions du monde, surtout orale. Mais le texte qui circule aujourd'hui a été fixé par écrit et publié en 1998, après une rencontre de griots et de spécialistes en Guinée. Plusieurs historiens, comme Jean-Loup Amselle, Francis Simonis ou Jan Jansen, doutent qu'il remonte tel quel au XIIIᵉ siècle. D'autres y voient la trace fidèle de règles anciennes.
Un empire né de la guerre. Comme presque tous les États de son temps, l'empire du Mali connaissait l'esclavage, et certains métiers étaient réservés à des familles précises, de génération en génération.
Pourquoi on s'en souvient
Les griots chantent encore son histoire au Mali, en Guinée, au Sénégal, en Gambie et ailleurs. Le livre de Djibril Tamsir Niane est lu dans les écoles de nombreux pays et toujours réédité. L'historien Philip Curtin comparait la place de Soundiata dans les récits d'Afrique de l'Ouest à celle de Charlemagne en Europe.
Chaque année, des cérémonies à Kangaba, au Mali, près de la clairière de Kouroukan Fouga, rappellent la grande assemblée.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- On peut partir de loin. L'enfant qui ne marchait pas est devenu, dans le récit, celui qui rassemble.
- Une victoire se prépare à plusieurs : des alliés, des généraux, une sœur courageuse.
- Une histoire orale est un trésor, et une source à interroger : elle dit ce qu'un peuple veut retenir, pas toujours ce qui s'est passé.
- Admirer un fondateur n'oblige pas à tout croire de sa légende, ni à oublier ceux qu'il a vaincus.
Pour aller plus loin
- L'empire du Mali et les manuscrits de Tombouctou, l'empire qu'il a fondé et sa grande ville de savoir.
- Mansa Moussa, son petit-neveu, qui a fait connaître le Mali jusqu'en Europe.
- Le conte et la tradition orale, pour comprendre comment les griots conservent la mémoire.
- Les instruments de musique, dont le balafon qui accompagne l'épopée.
Le savais-tu ?
- L'historien Ibn Khaldoun, au XIVᵉ siècle, appelle Soundiata « Mari Djata », un titre qui veut dire « seigneur lion » ; le lion est l'emblème du clan Keïta.
- Le Sosso-Bala, un grand balafon que la tradition attribue au roi Soumaoro, l'adversaire de Soundiata, est conservé dans le village de Niagassola, en Guinée, par une famille de griots ; l'UNESCO l'a reconnu en 2001.
- La charte du Manden a été inscrite par l'UNESCO en 2009, mais le texte qui circule aujourd'hui n'a été mis par écrit qu'en 1998, lors d'une rencontre de griots et de spécialistes en Guinée.
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