Qui, quand, où
Mansa Moussa, qu'on appelle aussi Kankou Moussa ou Moussa Iᵉʳ, gouverne l'empire du Mali, en Afrique de l'Ouest, au XIVᵉ siècle. On date souvent son règne de 1312 à 1337, mais les historiens discutent ces dates : un autre calcul, tiré des mêmes chroniques, place sa mort vers 1332.
« Mansa » veut dire « roi » en mandingue. Moussa est un petit-neveu de Soundiata Keïta, le fondateur de l'empire.
L'empire s'étend alors sur une partie des actuels Mali, Sénégal, Gambie, Guinée et Mauritanie, jusqu'à la ville de Gao, sur le fleuve Niger. Sa richesse vient de l'or extrait dans le sud et du commerce qui traverse le Sahara : l'or monte vers le nord, le sel descend vers le sud.
Il arrive au pouvoir dans des circonstances mal connues. Lui-même racontera que son prédécesseur était parti explorer l'océan Atlantique avec une flotte, sans jamais revenir.
Ce qu'il a accompli
- Il gouverne l'empire du Mali au moment de sa plus grande étendue.
- En 1324-1325, il fait le pèlerinage à La Mecque. Son passage au Caire fait connaître le Mali dans tout le monde musulman, puis en Europe.
- Il fait venir au Mali des savants, des juristes et un poète andalou, Abou Ishaq es-Sahéli.
- Il fait construire des mosquées, notamment à Tombouctou et à Gao, et une salle d'audience dans sa capitale.
- Sous son règne, Tombouctou commence à devenir une grande ville d'études.
Comment
En héritant d'une richesse ancienne. Moussa ne découvre pas l'or : il reçoit un empire déjà prospère. Le Mali contrôle des régions aurifères comme le Bambouk et le Bouré, et il taxe le commerce qui traverse le désert.
En laissant travailler ceux qui produisent. Les rois du Mali recevaient l'or des mineurs sous forme d'impôt, mais ne dirigeaient pas eux-mêmes les mines. Quand ils ont voulu imposer leur religion aux mineurs, ceux-ci ont cessé le travail : la richesse de l'empire dépendait d'eux.
En organisant. Selon les historiens, il divise l'empire en provinces confiées à des gouverneurs qu'il nomme lui-même, et ses généraux défendent et étendent les frontières.
En voyageant. Son pèlerinage est raconté dans l'article sur l'empire du Mali. Il traverse le Sahara avec une caravane de milliers de personnes et distribue tant d'or au Caire que le métal y perd de sa valeur. Devant le sultan d'Égypte, il refuse d'abord de se prosterner, puis s'incline en disant qu'il le fait devant Dieu. Au retour, il a tellement dépensé qu'il doit emprunter de l'argent à des marchands du Caire.
En attirant le savoir. Il revient avec des savants et des lettrés. Il fait bâtir des mosquées et soutient les études. Tombouctou attire bientôt des étudiants et des maîtres venus de loin.
Avec d'autres. Les mineurs et les caravaniers qui produisaient et transportaient l'or, les généraux, les gouverneurs, les interprètes, les savants venus d'ailleurs : la puissance de Mansa Moussa reposait sur des milliers de personnes.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
Ce qu'on sait de lui vient surtout d'auteurs arabes. Le plus important, al-Umari, arrive au Caire une douzaine d'années après son passage et interroge ceux qui l'ont rencontré. L'historien Ibn Khaldoun parle aussi de lui, et le voyageur Ibn Battuta visite le Mali sous le règne de son frère. Des chroniques écrites à Tombouctou au XVIIᵉ siècle complètent ces récits.
Il faut lire leurs chiffres avec prudence. Les dizaines de milliers de personnes et les chameaux chargés d'or sont des ordres de grandeur, grossis par l'émerveillement ; personne n'a fait de compte précis.
Les griots, gardiens de la mémoire orale, parlent peu de lui. Selon la spécialiste Lucy Duran, certains lui reprochent d'avoir dépensé l'or du Mali hors de l'empire.
Vers 1375, sur l'Atlas catalan, une grande carte dessinée à Majorque, on le voit assis sur un trône, tenant une pépite d'or. Une légende en catalan le nomme « Musse Melly » et le dit le roi le plus riche et le plus noble de ces terres.
Zones d'ombre et débats
« L'homme le plus riche de l'histoire » ? La formule vient de classements récents. En 2012, un site américain, Celebrity Net Worth, a avancé un chiffre ; mais les historiens de l'économie s'accordent à dire que sa fortune est impossible à calculer. Comparer un roi du XIVᵉ siècle, qui disposait de l'or de tout un État, avec un milliardaire d'aujourd'hui n'a pas vraiment de sens.
Des captifs dans la caravane. Selon les récits arabes, la caravane comptait des milliers de personnes réduites en esclavage. Le Mali, comme la plupart des États de son époque, pratiquait l'esclavage et participait au commerce d'esclaves à travers le Sahara.
Un prestige coûteux. Ses dépenses au Caire ont fait sa gloire, mais l'ont aussi laissé endetté.
Un architecte célèbre, un rôle discuté. La tradition attribue à es-Sahéli le plan de la mosquée Djingareyber de Tombouctou. Des historiens pensent que son rôle a été plus limité : les bâtisseurs d'Afrique de l'Ouest savaient construire en terre bien avant lui.
Pourquoi on s'en souvient
La mosquée Djingareyber, construite sous son règne et souvent réparée depuis, se dresse toujours à Tombouctou. L'Atlas catalan qui le représente est conservé à la Bibliothèque nationale de France.
En 2019, une grande exposition, « Caravans of Gold », organisée aux États-Unis puis présentée au Canada, a rappelé la place de l'or du Sahara et de rois comme lui dans l'histoire du monde.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- La richesse passe, le savoir reste. L'or distribué s'est dispersé ; les écoles de Tombouctou ont duré des siècles.
- Un voyage peut changer la place d'un pays sur la carte du monde.
- Méfie-toi des classements « de tous les temps » : on ne compare pas facilement des époques différentes.
- Admirer n'oblige pas à tout approuver : sa splendeur reposait aussi sur des captifs.
Pour aller plus loin
- L'empire du Mali et les manuscrits de Tombouctou, pour le récit du pèlerinage et le trésor des manuscrits.
- Soundiata Keïta, le fondateur de l'empire, son grand-oncle.
- Mansa Abou Bakr II, le récit du roi parti sur l'océan, que Moussa raconta au Caire.
- Les grandes routes commerciales, qui faisaient passer l'or et le sel à travers le Sahara.
Le savais-tu ?
- Au Caire, Mansa Moussa refusa d'abord de se prosterner devant le sultan d'Égypte ; il ne le fit qu'en disant qu'il s'inclinait devant Dieu, raconte l'historien al-Umari.
- Selon al-Umari, l'or que Mansa Moussa et sa suite dépensèrent au Caire fit baisser sa valeur, et une douzaine d'années plus tard le prix n'était toujours pas remonté.
- Sur l'Atlas catalan, vers 1375, une légende en catalan le nomme « Musse Melly » et le dit le roi le plus riche et le plus noble de ces terres, grâce à l'or de son pays.
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