L'histoire
Un puissant sultan, Schahriar, découvre que son épouse le trahit. Fou de colère et de méfiance, il la fait exécuter, puis prend une décision terrible : chaque jour, il épousera une jeune femme et la fera mourir le lendemain matin, pour ne plus jamais être trompé. Le royaume vit dans la terreur. Ce point de départ est sombre, mais le recueil le raconte sans détails, et la suite est une victoire de l'intelligence.
Shéhérazade, la fille aînée du grand vizir, le premier ministre du sultan, est savante : elle a lu les livres d'histoire, de poésie et de philosophie. Elle demande à son père de la donner en mariage au sultan. Elle a un plan, avec la complicité de sa jeune sœur Dinarzade. Une heure avant le jour, Dinarzade demande à Shéhérazade de lui raconter une histoire. Le sultan écoute. Au moment le plus passionnant, le jour se lève, et Shéhérazade s'arrête. Le sultan, qui veut connaître la suite, décide de la laisser vivre encore un jour.
Nuit après nuit, Shéhérazade enchaîne les histoires, et les histoires dans les histoires : un personnage raconte une aventure, dans laquelle un autre personnage en raconte une autre. Au bout de mille et une nuits, le sultan a changé : touché par la sagesse et l'esprit de Shéhérazade, il renonce à sa loi cruelle et la garde pour épouse.
Les mots de Galland
La demande de Dinarzade, la première nuit, dans la traduction d'Antoine Galland (orthographe de l'édition de 1806) :
« Ma chère sœur, s'écria-t-elle, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour qui paroîtra bientôt, de me raconter un de ces contes agréables que vous savez. Hélas ! ce sera peut-être la dernière fois que j'aurai ce plaisir. »
D'où vient ce récit
Les Mille et Une Nuits sont un immense recueil de contes en arabe, formé pendant des siècles à partir de récits venus de Perse, d'Inde, d'Irak et d'Égypte. Un livre persan perdu, les Mille Contes, en serait l'ancêtre. Le plus ancien manuscrit arabe assez complet, conservé à la Bibliothèque nationale de France, date du XVe siècle. C'est à partir de lui que le savant français Antoine Galland (1646-1715) publie, de 1704 à 1717, la première traduction en Europe, en douze volumes. Le succès est immense, et les contes sont traduits ensuite dans toutes les langues.
Galland a aussi ajouté des contes qui ne figuraient pas dans son manuscrit, comme ceux d'Aladin et d'Ali Baba. Les Mille et Une Nuits n'ont donc pas d'auteur unique : c'est une œuvre collective, transformée par les conteurs, les copistes et les traducteurs, d'une langue à l'autre et d'un siècle à l'autre.
Ce que dit ce récit
Shéhérazade est l'une des grandes héroïnes de la littérature mondiale. Elle ne vainc pas le sultan par la force, mais par la parole, le savoir et la patience. Ses histoires sont pleines de leçons sur la justice, la ruse, la générosité et la folie des puissants, et peu à peu, elles guérissent le sultan de sa haine.
Le récit dit quelque chose de profond sur les histoires elles-mêmes : raconter, c'est gagner du temps, captiver, faire réfléchir sans brusquer. Les séries d'aujourd'hui qui finissent chaque épisode sur un suspense utilisent la même technique que Shéhérazade.
Ses cousins dans le monde
Le principe d'une histoire-cadre, qui contient d'autres histoires, existe dans d'autres grands recueils :
- en Inde, le Panchatantra, où un sage instruit des princes en leur racontant des fables emboîtées ;
- en Italie, le Décaméron de Boccace (XIVe siècle), où dix jeunes gens fuyant la peste se racontent cent histoires en dix jours ;
- en Angleterre, les Contes de Canterbury de Chaucer, racontés par des pèlerins en chemin.
Pour aller plus loin
- Aladin et la lampe merveilleuse, le conte le plus célèbre ajouté par Galland.
- Ali Baba et les quarante voleurs, une autre histoire racontée à Galland.
- Sinbad le marin, les sept voyages d'un marchand de Bagdad.
- L'âge d'or islamique, le monde où ces récits ont circulé.
Le savais-tu ?
- Dans le deuxième tome de sa traduction, Galland a supprimé la formule « Ma chère sœur, si vous ne dormez pas… » au début de chaque nuit, parce que des lecteurs la trouvaient trop répétitive.
- Le manuscrit arabe utilisé par Galland, venu d'Alep, en Syrie, date du XVe siècle : il est conservé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de France.
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