L'histoire
Un meunier pauvre veut se rendre intéressant devant le roi. Il se vante : « Ma fille sait changer la paille en or ! » Le roi, qui aime l'or, enferme la jeune fille dans une pièce pleine de paille, avec un rouet : si au matin la paille n'est pas devenue de l'or, elle mourra. La pauvre fille ne sait pas faire cela du tout. Elle pleure.
La porte s'ouvre et un petit homme entre. « Que me donnes-tu si je file pour toi ? » « Mon collier. » Le petit homme s'assoit au rouet, et au matin toute la paille est devenue de l'or. Le roi, encore plus avide, recommence avec une pièce plus grande : cette fois, la jeune fille donne sa bague. La troisième nuit, le roi promet de l'épouser si elle réussit encore. Mais elle n'a plus rien à donner. Le petit homme demande alors son premier enfant quand elle sera reine. Désespérée, elle accepte.
Un an plus tard, la reine met au monde un bel enfant, et le petit homme revient le réclamer. Elle lui offre toutes les richesses du royaume ; il refuse. Mais devant ses larmes, il lui laisse une chance : si en trois jours elle devine son nom, elle gardera l'enfant. Elle essaie tous les noms qu'elle connaît, puis les plus bizarres. Le troisième jour, un messager raconte qu'il a vu, au fond d'une forêt, un drôle de petit homme danser autour d'un feu en chantant son secret. Quand le petit homme revient, la reine fait semblant d'hésiter, puis lance : « Tu t'appelles peut-être… Rumpelstilzchen ? » Fou de rage, le petit homme s'écrie que c'est le diable qui le lui a dit.
Dans l'édition de 1812, il s'enfuit alors en colère et ne revient jamais. Dans celle de 1857, sa fin est violente : de fureur, il se déchire lui-même en deux. Cette fin est seulement mentionnée ici.
Les mots des Grimm
La chanson du petit homme autour du feu, en allemand de 1857 :
„heute back ich, morgen brau ich, übermorgen hol ich der Königin ihr Kind; ach, wie gut ist daß niemand weiß daß ich Rumpelstilzchen heiß!“
Traduction de la rédaction : « Aujourd'hui je cuis le pain, demain je brasse la bière, après-demain je prends l'enfant de la reine ; ah, quelle chance que personne ne sache que je m'appelle Rumpelstilzchen ! »
D'où vient ce récit
Jacob (1785-1863) et Wilhelm Grimm (1786-1859) étaient deux frères allemands, savants de la langue et des traditions. Ils voulaient sauver les récits populaires avant qu'ils ne disparaissent. En 1812, ils publient le premier tome de leurs Contes de l'enfance et du foyer (Kinder- und Hausmärchen), puis un second en 1815. Ils les ont réédités sept fois, en les retouchant, jusqu'à l'édition de 1857, qui compte deux cents contes. Beaucoup leur avaient été racontés par des femmes de la région de Kassel, comme la conteuse Dorothea Viehmann.
En allemand, le petit homme s'appelle Rumpelstilzchen ; en anglais, Rumpelstiltskin, le nom qu'on retrouve dans beaucoup de films, comme Shrek. Les Grimm ont noté plusieurs versions de ce conte, en 1810, 1812 et 1819, avant de fixer celle de 1857.
Ce que dit ce récit
Le conte parle d'abord des mensonges qui coûtent cher : le meunier se vante, et c'est sa fille qui risque sa vie. Il se moque aussi de l'avidité du roi, jamais rassasié d'or.
Il parle surtout du pouvoir du nom. Dans de nombreuses cultures, connaître le vrai nom de quelqu'un donne un pouvoir sur lui : en le prononçant, la reine brise le marché. C'est une idée très ancienne, que l'on retrouve dans des croyances de plusieurs continents. Enfin, le conte invite à se méfier des marchés trop faciles, signés dans la panique : on promet aujourd'hui ce qu'on regrettera demain.
Ses cousins dans le monde
- En Angleterre, Tom Tit Tot ; en Écosse, Whuppity Stoorie ; au pays de Galles et en Irlande, des lutins au nom secret ; en Italie, Tarandandò ; en Suède, au Danemark, en Autriche et en Hongrie, d'autres petits êtres qu'on bat en devinant leur nom.
- Au Nigeria, un conte noté en 1910 raconte que l'hippopotame Isantim interdisait à quiconque de connaître son nom. La tortue se cache sur le chemin de la rivière, et l'une des épouses de l'hippopotame, en se cognant contre sa carapace, crie le nom de son mari. Vaincu, l'hippopotame part vivre dans l'eau : c'est pourquoi, dit le conte, on ne le voit jamais sur terre en plein jour.
Pour aller plus loin
- Le Vaillant Petit Tailleur, un autre conte des Grimm.
- Raiponce, un autre enfant réclamé par un être magique.
- Anansi, l'araignée conteuse, un autre rusé des contes d'Afrique.
Le savais-tu ?
- Avant de trouver le bon nom, la reine en essaie de très curieux : dans le conte de 1857, elle propose par exemple Rippenbiest, Hammelswade ou Schnürbein, des noms qui veulent dire à peu près « Bête-à-côtes », « Mollet-de-mouton » et « Jambe-lacée ».
- Dans la version de 1812, Rumpelstiltskin s'enfuit simplement en colère ; la fin violente n'apparaît que dans les éditions suivantes.
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