L'histoire
Au commencement, Ranginui, le Ciel, et Papatūānuku, la Terre, étaient enlacés si étroitement qu'aucune lumière ne passait entre eux. Leurs nombreux enfants vivaient coincés dans l'obscurité, entre leurs deux corps, sans savoir ce qu'était la lumière.
Un jour, les enfants, lassés de ce noir sans fin, se réunissent. « Que faire de nos parents ? » Tūmatauenga, le plus farouche, le dieu de la guerre et des hommes, propose de les tuer. Mais Tāne-mahuta, le dieu des forêts et des oiseaux, refuse : « Non ! Séparons-les plutôt. Que le Ciel s'élève loin au-dessus de nous, et que la Terre reste près de nous, comme une mère qui nous nourrit. » Tous les frères sont d'accord, sauf un : Tāwhirimātea, le dieu des vents et des tempêtes, qui ne veut pas qu'on arrache ses parents l'un à l'autre.
Les frères essaient chacun leur tour. Rongo, le dieu des plantes cultivées, pousse de toutes ses forces : rien. Tangaroa, le dieu de la mer et des poissons, essaie : rien. Haumia, le dieu des plantes sauvages, puis Tūmatauenga lui-même : toujours rien. Enfin Tāne se lève lentement. Il essaie d'abord avec ses bras, sans succès. Alors il s'arrête, pose sa tête contre sa mère la Terre, lève ses pieds contre son père le Ciel, et pousse de tout son dos et de toutes ses jambes. Lentement, avec des cris de douleur, le Ciel et la Terre se séparent. La lumière entre dans le monde.
Mais Tāwhirimātea, furieux, monte rejoindre son père dans le ciel. Depuis, il envoie contre ses frères les vents, les ouragans et les tempêtes, qui abattent les arbres de Tāne et soulèvent les vagues de Tangaroa. Et le Ciel et la Terre ne se sont jamais consolés d'être séparés : les larmes de Ranginui tombent en pluie et en rosée, et les soupirs de Papatūānuku montent vers lui en brume.
D'où vient ce récit
C'est le grand récit de création des Maoris, le peuple polynésien arrivé en Nouvelle-Zélande, qu'ils nomment Aotearoa, il y a environ sept à huit siècles. Il se transmettait par les prêtres et les anciens, dans des chants et des généalogies, les whakapapa, qui relient chaque être vivant aux enfants du Ciel et de la Terre.
En 1855, le gouverneur britannique George Grey publia une traduction anglaise de ce récit, qu'il disait tenir de prêtres et de chefs maoris ; son livre est aujourd'hui dans le domaine public. C'est un récit sacré et vivant, au cœur de la culture maorie : on l'enseigne dans les écoles, on le chante, on le grave dans le bois des maisons de réunion.
Ce que dit ce récit
Le récit explique la nature avec poésie : la lumière vient de la séparation du ciel et de la terre ; la pluie et la rosée sont des larmes, la brume est un soupir, les tempêtes sont la colère d'un fils. Il dit aussi que chaque élément de la nature a un parent divin : la forêt, la mer, les plantes. Pour les Maoris, prendre soin de la forêt ou de la mer, c'est prendre soin de sa famille.
Ce lien a même été inscrit dans la loi : en Nouvelle-Zélande, une forêt, Te Urewera, et un fleuve, le Whanganui, ont été reconnus comme des personnes juridiques, à la demande des Maoris, en 2014 et en 2017.
Ses cousins dans le monde
- En Égypte, le dieu de l'air Shou sépare la déesse du ciel, Nout, et le dieu de la terre, Geb.
- En Chine, le géant Pangu pousse le ciel vers le haut pendant dix-huit mille ans.
- En Grèce, Gaïa, la Terre, et Ouranos, le Ciel, sont eux aussi séparés par l'un de leurs fils.
Pour aller plus loin
- Maui, le pêcheur d'îles, le héros maori qui pêcha l'île du Nord.
- La mythologie égyptienne, où le ciel et la terre sont aussi séparés.
- La mythologie chinoise, et le géant Pangu.
Le savais-tu ?
- Pour séparer le Ciel et la Terre, Tāne pose sa tête contre sa mère la Terre et pousse son père le Ciel avec ses pieds.
- Selon le récit maori, la pluie et la rosée sont les larmes de Ranginui, et la brume est le soupir de Papatūānuku.
- En Nouvelle-Zélande, le fleuve Whanganui a été reconnu comme une personne juridique en 2017, à la demande des Maoris.
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