L'histoire
La marmite qui bout toute seule. Un jour, au bord d'un chemin, Pedro Urdemales fait cuire son repas dans une marmite, sur un bon feu. Il voit venir de loin un riche monsieur à dos de mule. Vite, il retire la marmite du feu, va la poser au milieu du chemin, loin des braises, et se met à tambouriner sur le couvercle avec deux bâtons en chantant : « Bous, bous, petite marmite, pas pour demain, mais tout de suite ! »
Le monsieur s'arrête, intrigué. « Que fais-tu là ? » « Je prépare mon repas. » « Sans feu ? » Pedro soulève le couvercle : la soupe bout encore à gros bouillons. « Il suffit de taper sur le couvercle et de dire la formule. » Le monsieur, qui est avare, pense aux économies de bois qu'il pourrait faire. Il veut acheter la marmite. Pedro se fait longtemps prier, puis accepte mille pesos. Bien sûr, chez son nouveau propriétaire, la marmite ne bout plus jamais, malgré tous les coups de bâton.
Les cochons dans le marais. Une autre fois, un fermier engage Pedro pour garder ses cochons, en lui interdisant de les mener près d'un marais. Pedro vend les cochons à un marchand, à une seule condition : il garde les queues. Puis il plante toutes les queues dans la boue du marais et court chercher le fermier en criant que les cochons se sont enfoncés dans la vase ! Le fermier tire sur les queues, qui lui restent dans les mains... et Pedro est déjà loin avec l'argent.
D'où vient ce récit
Pedro Urdemales vient d'Espagne. Dès le Moyen Âge, on y racontait les tours d'un certain Pedro de Urdemalas, le rusé qui trompe tout le monde, même le diable. Le grand écrivain Miguel de Cervantes, l'auteur de Don Quichotte, lui a consacré une comédie, Pedro de Urdemalas, publiée en 1615.
Arrivé en Amérique avec les colons espagnols, le personnage s'y est installé pour de bon : on le connaît au Chili, en Argentine, au Mexique, au Guatemala et ailleurs. Au Chili, il est devenu un véritable héros national de la culture populaire. En 1925, le folkloriste chilien Ramón A. Laval a publié ses Cuentos de Pedro Urdemales, recueillis auprès de conteurs, dont une conteuse de la région de Linares en 1911. Le livre appartient aujourd'hui au patrimoine commun, et la Bibliothèque nationale du Chili le met en ligne.
Ce que dit ce récit
Pedro est un pauvre qui ne possède rien d'autre que son intelligence. Ses victimes préférées sont les riches, les avares et les naïfs qui croient pouvoir s'enrichir sans effort. Dans la marmite qui bout sans feu, c'est l'avarice du riche monsieur qui le perd : il voulait économiser, il paie mille pesos pour rien.
Mais Pedro n'est pas un modèle : il ment, il vole, il ne tient pas parole. On rit de ses tours parce qu'ils renversent pour un moment l'ordre du monde, où les puissants gagnent presque toujours. Et les contes rappellent aux auditeurs de se méfier des marchés trop beaux pour être vrais.
Ses cousins dans le monde
- Au Maghreb, Djeha récupère sa maison grâce à un simple clou.
- En Allemagne, Till l'Espiègle joue des tours aux bourgeois et aux artisans, au XIVe siècle selon la légende.
- En Haïti et aux Antilles, Ti Malice et Compère Lapin trompent les puissants.
- En Afrique de l'Ouest, le lièvre Leuk l'emporte sur les plus forts.
Pour aller plus loin
- Djeha, le faux naïf du Maghreb, un autre farceur aux mille histoires.
- Compère Lapin et le bonhomme de goudron, les malins des Amériques.
- Le conte et la tradition orale.
Le savais-tu ?
- Miguel de Cervantes, l'auteur de Don Quichotte, a écrit une comédie sur ce farceur, Pedro de Urdemalas, publiée en 1615.
- Le livre de Ramón Laval, Cuentos de Pedro Urdemales (1925), appartient au patrimoine commun et la Bibliothèque nationale du Chili le met en ligne.
- Dans le conte, Pedro vend une marmite « qui bout toute seule » pour mille pesos à un riche avare.
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