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Le « Temps du rêve » des Aborigènes d'Australie, une tradition vivante

Des êtres ancestraux qui façonnent les collines, les rivières et les points d'eau en parcourant la terre ; des récits qui servent aussi de cartes et de lois : c'est ce que l'on appelle en français le « Temps du rêve » des peuples aborigènes d'Australie. Ce n'est pas une mythologie du passé, mais une tradition vivante, que ses gardiens demandent d'approcher avec respect.

13-18 ans

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Uluṟu, dans le centre de l’Australie, au coucher du soleil : un lieu sacré pour les Aborigènes Anangu, qui en sont les gardiens.Dietmar Rabich · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

D'où viennent ces récits

Les peuples aborigènes vivent en Australie depuis des dizaines de milliers d'années : on estime souvent leur arrivée à environ 65 000 ans. L'UNESCO décrit leurs traditions comme celles de l'une des plus anciennes sociétés humaines du monde. Ils ne forment pas un seul peuple : ce sont de nombreuses nations, avec leurs langues, leurs terres et leurs récits.

Les mots « Temps du rêve » ou « le Rêve » traduisent l'anglais Dreamtime ou Dreaming, un terme inventé par des observateurs européens. Chaque peuple a son propre mot. Autour d'Uluru, au centre de l'Australie, les Anangu parlent de Tjukurpa, et ils demandent aux visiteurs d'employer leurs propres mots.

Une précaution essentielle : cette tradition est vivante. Les Anangu le disent eux-mêmes : leur culture est « forte et vivante ». Une partie des savoirs est réservée : ils se transmettent pendant des cérémonies, à ceux qui en ont reçu ou mérité le droit. Cette fiche ne parle que de ce que les gardiens de ces traditions partagent publiquement.

Ce que veut dire Tjukurpa

Selon les Anangu, Tjukurpa est le fondement de leur culture, comme les fondations d'une maison. Le mot a plusieurs sens à la fois :

  • des récits sur le commencement, quand les êtres ancestraux ont créé le monde en le parcourant, laissant des traces dans le paysage ;
  • une loi, qui dit comment prendre soin les uns des autres et de la terre, et qui sert de boussole morale et de justice ;
  • un savoir pratique : ces récits disent où trouver de l'eau et de la nourriture dans le désert, et comment aller d'un lieu à un autre.

Le « Temps du rêve » n'est donc pas seulement un « il était une fois » : pour ceux qui le vivent, les êtres ancestraux restent présents dans la terre, et la loi qu'ils ont donnée s'applique aujourd'hui. La compréhension de ces récits s'approfondit tout au long de la vie.

Des récits qui sont aussi des cartes

Beaucoup de récits suivent les voyages des êtres ancestraux à travers le pays. Ces itinéraires, appelés en anglais songlines, « pistes chantées », relient des lieux parfois très éloignés et traversent les terres de plusieurs nations ; un même chant peut alors exister en plusieurs langues. Les connaître, c'est savoir s'orienter.

Certains récits sont largement partagés. Le plus connu dans le monde est celui du Serpent arc-en-ciel, un être créateur lié à l'eau, qui, selon des récits de plusieurs régions, a creusé les cours d'eau en se déplaçant. Le Musée national d'Australie a consacré une grande exposition aux pistes chantées des Sept Sœurs, qui traversent les déserts de l'ouest et du centre du pays.

Mythe et histoire

Ici, le mot « mythe » doit être employé avec précaution. Pour les Anangu, Tjukurpa n'est pas une histoire inventée, mais leur loi et leur spiritualité. On décrit donc ces croyances avec respect, sans dire si elles sont vraies ou fausses.

Ce que l'histoire établit, c'est la très longue présence des peuples aborigènes en Australie, puis la colonisation britannique, à partir de 1788, qui leur a fait perdre une grande partie de leurs terres. Leurs cultures ont résisté. En 1985, le parc national d'Uluru-Kata Tjuta a été rendu à ses propriétaires traditionnels, les Anangu, qui le gèrent depuis avec l'État australien.

Ce qu'il en reste aujourd'hui

Pour les Anangu, Uluru est sacré depuis des dizaines de milliers d'années, et la loi Tjukurpa n'autorisait généralement pas à l'escalader. À leur demande, l'ascension d'Uluru est définitivement interdite depuis le 26 octobre 2019, jour anniversaire de la restitution. L'art aborigène, avec ses peintures de points qui représentent souvent des récits et des paysages, est aujourd'hui exposé dans les plus grands musées.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Les récits Tjukurpa servent aussi de cartes : ils disent où trouver de l'eau et de la nourriture dans le désert, et comment aller d'un lieu à un autre.
  • L'ascension d'Uluru est interdite depuis le 26 octobre 2019, à la demande des Anangu, pour qui ce lieu est sacré : c'était le 34e anniversaire de la restitution du parc.
  • Une même piste chantée peut traverser les terres de plusieurs nations aborigènes, et être chantée en plusieurs langues.

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