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Les religions traditionnelles africaines

Elles n'ont ni livre unique ni fondateur, et elles ne forment pas une seule religion. Elles partagent pourtant des traits reconnaissables, et elles continuent de structurer la vie de centaines de millions de personnes.

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D'abord : le pluriel est obligatoire

Il n'existe pas « une » religion traditionnelle africaine, pas plus qu'il n'existe une religion traditionnelle asiatique ou européenne. L'Afrique compte des milliers de peuples et de langues, et autant de systèmes religieux distincts.

Les traditions des Yoruba du Nigeria et du Bénin, des Dogon du Mali, des Akan du Ghana, des Kongo d'Afrique centrale, des Luba du Congo, des Zoulous d'Afrique du Sud, des Oromo d'Éthiopie ou des Peuls du Sahel ne se confondent pas. Elles ont chacune leurs divinités, leurs récits, leurs interdits.

Les anthropologues relèvent néanmoins des traits partagés, et c'est ce qu'on peut décrire sans écraser les différences.

Les traits qui reviennent

Un être suprême lointain. Beaucoup de ces traditions reconnaissent un créateur unique, Nzambi chez les Kongo, Olodumare chez les Yoruba, Nyame chez les Akan, Mulungu dans une large zone d'Afrique de l'Est. Ce créateur est rarement l'objet d'un culte quotidien : il est trop éloigné. On s'adresse plutôt aux intermédiaires.

Des divinités ou des esprits intermédiaires. Chez les Yoruba, les orisha, Shango, Ogun, Oshun et bien d'autres, ont chacun un domaine, des couleurs, des rythmes et des interdits propres.

Les ancêtres, membres actifs de la communauté. Les morts ne quittent pas le groupe : ils veillent, réclament des égards, peuvent être mécontents. C'est probablement le trait le plus universel et le plus mal compris de l'extérieur. Il ne s'agit pas d'un culte des morts, mais d'une conception de la communauté qui inclut les générations passées, et, par symétrie, celles à venir.

Une force vitale. Beaucoup de ces systèmes pensent l'existence en termes d'énergie ou de puissance qui circule, augmente, diminue, se transmet. La santé, la fécondité, la réussite et le malheur s'expliquent dans ce cadre.

Des spécialistes. Devins, guérisseurs, faiseurs de pluie, maîtres d'initiation, gardiens de bois sacrés. Leur savoir est technique et s'apprend longuement.

Des lieux mis à part. Bois sacrés, sources, arbres, montagnes, carrefours. Ces lieux sont souvent aussi des réserves écologiques de fait : interdits de coupe et de chasse, ils abritent des espèces disparues ailleurs, ce qui intéresse aujourd'hui les biologistes.

Comment se transmet ce qui n'est pas écrit

Sans livre, la transmission passe par des moyens dont la précision surprend ceux qui les découvrent :

  • les récits et les généalogies, récités par des spécialistes de la mémoire ;
  • les proverbes, qui condensent une doctrine en une phrase mémorisable ;
  • l'initiation, où un savoir est transmis par étapes, avec des épreuves, à un groupe d'âge ;
  • les objets : masques, statues, insignes, qui sont des supports de mémoire et non des ornements ;
  • la musique et la danse, où un rythme précis appelle une divinité précise ;
  • les systèmes de divination, comme l'Ifa des Yoruba, qui organise des centaines de récits selon des figures obtenues par tirage, un dispositif de mémorisation d'une complexité comparable à celle d'un corpus écrit. L'UNESCO l'a inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Ce que la traite et la colonisation ont fait

La déportation de millions de personnes vers les Amériques a transporté ces traditions avec elles. Elles y ont survécu en se recomposant, souvent dissimulées derrière des figures chrétiennes imposées.

C'est l'origine du candomblé au Brésil, de la santeria à Cuba, du vodou en Haïti, qui reprend des éléments du Dahomey, l'actuel Bénin. Ces religions ne sont pas des déformations : ce sont des créations, nées d'une contrainte extrême, et elles comptent aujourd'hui des millions de pratiquants.

La colonisation a par ailleurs réprimé ces cultes, détruit des objets et interdit des rites, tout en collectionnant les mêmes objets dans des musées européens, d'où les débats actuels sur leur restitution.

Aujourd'hui

La plupart des Africains se déclarent chrétiens ou musulmans. Mais dans les faits, beaucoup pratiquent en même temps des rites traditionnels : consulter un devin, respecter un interdit de famille, accomplir les funérailles selon la coutume, nommer un enfant selon les règles anciennes.

Les enquêtes le documentent régulièrement, et cela ne relève pas de l'hypocrisie. Dans de nombreuses cultures, appartenir à plusieurs systèmes de sens à la fois n'a rien de contradictoire : c'est la vision exclusive, un seul système à la fois, qui est un trait particulier de certaines traditions.

Une sortie de masques egungun à Badagry (Nigeria) : chez les Yoruba, ces masques rendent présents les ancêtres.Olabinjo · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Ce qu'il faut arrêter de dire

  • Ce ne sont pas des « superstitions ». Une superstition est un usage isolé sans système ; il s'agit ici de systèmes cohérents, avec une théorie du monde, une morale et des spécialistes formés.
  • Ce n'est pas de l'« animisme », terme forgé au XIXe siècle qui suppose à tort un stade primitif de la religion.
  • Ce n'est pas du passé. Ces traditions se transforment, se déplacent en ville, utilisent la radio et les réseaux sociaux, et sont revendiquées par des jeunes générations sur plusieurs continents.

Le savais-tu ?

  • Les bois sacrés, interdits de coupe et de chasse, abritent parfois des espèces disparues ailleurs : ils intéressent aujourd'hui les biologistes autant que les anthropologues.
  • Le système de divination Ifa des Yoruba organise des centaines de récits mémorisés et figure au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
  • Le candomblé au Brésil, la santeria à Cuba et le vodou en Haïti sont nés de traditions africaines transportées par la déportation, puis recomposées.

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