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Le Panchatantra, les fables indiennes qui ont fait le tour du monde

Un sage promet à un roi de rendre ses trois fils, des cancres, intelligents en six mois. Sa méthode : leur raconter des fables d'animaux. Le Panchatantra, écrit en Inde il y a plus de 1 500 ans, a voyagé jusqu'en Perse, dans le monde arabe et en Europe, où La Fontaine s'en est inspiré.

13-18 ans

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Le Panchatantra, les fables indiennes qui ont fait le tour du monde

L'histoire

Un roi de l'Inde, Amarashakti, a trois fils qui refusent d'apprendre quoi que ce soit. Désespéré, il réunit ses conseillers. Un vieux sage, Vishnu Sharma, promet de faire d'eux, en six mois, des princes avisés. Pour cela, il ne leur fait pas la leçon : il leur raconte des histoires d'animaux, emboîtées les unes dans les autres, en cinq livres. C'est le sens du mot sanskrit Panchatantra : « les cinq livres » ou « les cinq leçons ».

Le lion et le lièvre. L'un des récits les plus célèbres raconte qu'un lion cruel tuait sans cesse les animaux de la forêt. Pour avoir la paix, les bêtes lui proposent un marché : chaque jour, l'une d'elles viendra se livrer à lui. Le jour vient où c'est le tour d'un petit lièvre. Il prend son temps et arrive très en retard. Le lion, furieux, rugit. « Ce n'est pas ma faute, explique le lièvre. En route, un autre lion m'a arrêté : il prétend être le vrai roi de la forêt. » « Un autre roi ? Montre-le-moi ! » Le lièvre conduit le lion jusqu'à un puits profond. Le lion se penche, voit son propre reflet dans l'eau, croit voir son rival et rugit : le puits lui renvoie son rugissement. Fou de rage, il saute sur l'ennemi et tombe au fond du puits. La forêt est délivrée.

La tortue bavarde. Une tortue vit dans un lac avec deux oies, ses amies. Quand la sécheresse vide le lac, les oies veulent partir. Elles prennent un bâton dans leur bec, la tortue le serre dans sa bouche, et les voilà dans les airs. « Surtout, ne parle pas ! » En bas, des gens s'étonnent et se moquent. La tortue ne peut se retenir de répondre : elle ouvre la bouche et tombe.

Dans le texte, le lion meurt noyé et la tortue se tue dans sa chute ; cette fiche le dit sans s'y attarder.

D'où vient ce récit

Le Panchatantra a été composé en sanskrit, en Inde, sans doute entre le IIIe siècle avant notre ère et le IVe siècle de notre ère ; la date exacte est inconnue, comme l'auteur réel, que la tradition appelle Vishnu Sharma. Ce n'est pas un livre pour enfants : c'est un manuel de sagesse politique, le niti, qui apprend aux futurs dirigeants à choisir leurs amis, à se méfier des flatteurs et à réfléchir avant d'agir.

Son voyage est extraordinaire. Au VIe siècle, un médecin du roi de Perse le traduit en pehlevi, la langue de la Perse d'alors. Vers 750, l'écrivain Ibn al-Muqaffa' en fait une version arabe, Kalila et Dimna, du nom de deux chacals du premier livre ; elle devient un classique de la prose arabe. Viennent ensuite des traductions en hébreu, en latin, en espagnol, en italien. En 1644 paraît en France une traduction attribuée au « sage indien Pilpay ». La Fontaine la lit, et il reconnaît dans son second recueil de Fables (1678) devoir beaucoup à Pilpay. Plusieurs de ses fables, comme La Tortue et les deux Canards, viennent ainsi de l'Inde.

Ce que dit ce récit

Le Panchatantra ne dit pas que la force gagne : il dit que l'intelligence et la parole sont des armes. Le petit lièvre bat le lion parce qu'il comprend la colère et l'orgueil de son ennemi. La tortue, à l'inverse, se perd parce qu'elle ne sait pas tenir sa langue. Chaque histoire se termine par une maxime en vers, que les princes devaient retenir.

Ces fables restent utiles aujourd'hui : se méfier de sa propre colère, ne pas croire tout ce qu'on voit, choisir ses amis avec soin, réfléchir avant de parler. Le livre a été traduit et adapté dans des dizaines de langues, de l'Asie à l'Europe.

Ses cousins dans le monde

  • En Afrique de l'Est, le singe et le requin, conte swahili de Zanzibar, vient du quatrième livre du Panchatantra.
  • Les Jataka bouddhiques racontent aussi la tortue bavarde et le lièvre généreux.
  • En France, les fables de La Fontaine, et avant lui en Grèce, celles d'Ésope, utilisent les animaux de la même manière.
  • Au Nigeria, la tortue de la fête des oiseaux tombe elle aussi du ciel.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Kalila et Dimna, le titre de la version arabe du Panchatantra, vient des noms de deux chacals du premier livre.
  • La Fontaine a reconnu dans son second recueil de Fables (1678) devoir beaucoup au « sage indien Pilpay ».
  • Panchatantra veut dire en sanskrit « les cinq livres » ou « les cinq leçons ».

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