L'histoire
La ville de Hamelin, au bord de la rivière Weser, dans le nord de l'Allemagne, est envahie par les rats. Ils mangent les provisions, mordent les gens, courent partout. Un jour arrive un étrange personnage vêtu d'un habit de toutes les couleurs. Il promet de chasser les rats en échange d'une forte somme, et les bourgeois de la ville acceptent.
L'homme sort une flûte et joue. Aussitôt, tous les rats sortent des maisons et le suivent jusqu'à la rivière, où ils se noient. Mais une fois débarrassés des rats, les habitants trouvent la somme bien trop élevée pour un simple air de flûte, et refusent de payer. L'homme s'en va, furieux.
Il revient le jour de la Saint-Jean et Saint-Paul, le 26 juin. Il joue un autre air. Cette fois, ce ne sont pas les rats qui sortent, mais les enfants de la ville, qui le suivent en dansant hors des murs, jusqu'à une montagne. La montagne s'ouvre, ils y entrent, et on ne les revoit jamais. Selon les frères Grimm, deux enfants qui s'étaient attardés sont revenus : l'un était aveugle et put raconter ce qui s'était passé, l'autre était muet mais put montrer l'endroit. Dans le poème anglais de Robert Browning, c'est un petit garçon boiteux, resté en arrière, qui survit.
Les mots de la légende
Selon le texte des frères Grimm, une inscription en latin figurait sur une porte de la ville : « Centum ter denos cum magus ab urbe puellos duxerat ante annos CCLXXII condita porta fuit », c'est-à-dire, dans la traduction de la rédaction : « Cette porte fut bâtie 272 ans après que le magicien eut emmené de la ville cent trente enfants. »
D'où vient ce récit
À la différence d'un conte, c'est une légende attachée à un lieu et à une date. Les habitants de Hamelin datèrent longtemps leurs documents à partir de « la sortie de nos enfants ». Les plus anciens témoignages parlent seulement des enfants disparus, en 1284 ; dans les récits du XVIe siècle, comme la chronique du comte de Zimmern, apparaissent les rats et le refus de payer. Les frères Grimm ont noté la légende au début du XIXe siècle, et le poète anglais Robert Browning en a fait en 1842 un long poème célèbre.
Que s'est-il vraiment passé ? Personne ne le sait. On a proposé de nombreuses explications : un départ de jeunes gens pour aller s'installer dans des terres lointaines, une épidémie, un accident ou une croisade d'enfants. Une version de la légende dit d'ailleurs que les enfants seraient ressortis de la montagne en Transylvanie, dans l'actuelle Roumanie.
Ce que dit ce récit
La morale est claire : il faut tenir ses promesses. Les bourgeois de Hamelin ont voulu tricher sur un contrat, et ils l'ont payé de ce qu'ils avaient de plus précieux. Le récit montre aussi la puissance de la musique, capable d'entraîner les foules.
En anglais, l'expression « payer le joueur de flûte » veut dire assumer les conséquences de ses choix. Et le joueur de flûte est devenu une image pour parler de quelqu'un qui séduit et entraîne les autres, pour le meilleur ou pour le pire : on dit parfois d'un démagogue qu'il est un joueur de flûte de Hamelin.
Ses cousins dans le monde
- En Autriche, en Allemagne, en Angleterre, en Irlande, au Danemark et en Islande, on raconte d'autres chasseurs de rats ou de souris magiques, sans enlèvement d'enfants.
- En Syrie, une légende attribue au savant Avicenne la délivrance de la ville d'Alep d'une invasion de souris.
- En Allemagne encore, à Erfurt, une autre légende raconte des enfants qui partent en dansant et disparaissent de la ville.
Pour aller plus loin
- Contes, fables et légendes, la différence entre un conte et une légende.
- Robin des Bois, une autre légende d'Europe.
- Les Musiciens de Brême, une autre ville allemande célèbre grâce à un récit.
Le savais-tu ?
- Selon la légende, les enfants ont quitté Hamelin le 26 juin 1284, jour de la Saint-Jean et Saint-Paul.
- Les rats n'apparaissent pas dans les plus anciens témoignages : ils sont ajoutés dans des récits du XVIe siècle.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
Contes, fables et légendes : les histoires que le monde se raconte
Partout sur la Terre, des adultes racontent des histoires aux enfants, le soir, à la veillée ou avant de dormir. Certaines ont fait le tour du monde : on retrouve Cendrillon en Chine et en Égypte, et le lièvre trop sûr de lui au Cameroun comme en Grèce.
8-12 ans
Le Lièvre et la Tortue : rien ne sert de courir
Un lièvre, l'animal le plus rapide de la campagne, perd une course contre une tortue. Cette fable d'Ésope, mise en vers par La Fontaine, est connue dans le monde entier, et l'Afrique, l'Asie et les Amériques en ont leurs propres versions.
8-12 ans
La Cigale et la Fourmi : chanter l’été, avoir faim l’hiver
La cigale a chanté tout l'été ; l'hiver venu, elle n'a rien à manger et va demander de l'aide à la fourmi, qui refuse. C'est la première fable du premier livre de La Fontaine, reprise d'Ésope, et l'une des plus discutées : la fourmi a-t-elle raison ?
8-12 ans
Le Corbeau et le Renard : gare aux flatteurs
Un renard fait tomber le fromage d'un corbeau en lui faisant des compliments. C'est sans doute la fable la plus récitée dans les écoles de langue française, de Kinshasa à Montréal, et elle est bien plus ancienne que La Fontaine.
8-12 ans
Le Garçon qui criait au loup : le menteur qu’on ne croit plus
Un jeune berger s'amuse à crier « Au loup ! » pour faire accourir les villageois. Le jour où le loup vient vraiment, plus personne ne le croit. Cette fable d'Ésope a donné une expression que l'on emploie en français comme en anglais.
8-12 ans
Le Laboureur et ses enfants : le trésor caché dans le champ
Avant de mourir, un vieux paysan dit à ses fils qu'un trésor est caché dans leur champ. Ils retournent toute la terre et ne trouvent pas d'or, mais leur récolte est la plus belle de toutes. La Fontaine a fait de cette fable d'Ésope un éloge du travail.
8-12 ans