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Le Corbeau et le Renard : gare aux flatteurs

Un renard fait tomber le fromage d'un corbeau en lui faisant des compliments. C'est sans doute la fable la plus récitée dans les écoles de langue française, de Kinshasa à Montréal, et elle est bien plus ancienne que La Fontaine.

8-12 ans

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Le Corbeau et le Renard : gare aux flatteurs

L'histoire

Un corbeau est perché sur une branche, un beau fromage dans le bec. Un renard passe, attiré par l'odeur. Il a très envie de ce fromage, mais il ne peut pas grimper. Alors il a une idée : il lève la tête et couvre le corbeau de compliments. Que vous êtes beau ! Si votre voix est aussi belle que vos plumes, vous êtes le plus merveilleux des oiseaux de ce bois !

Le corbeau, très flatté, veut montrer sa belle voix. Il ouvre grand le bec pour chanter… et le fromage tombe. Le renard l'attrape aussitôt et lui donne une leçon : tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute. Le corbeau, honteux, jure qu'on ne l'y prendra plus. Un peu tard !

Le texte de La Fontaine

C'est la deuxième fable du premier livre des Fables (1668) :

Maître corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
Hé ! bonjour, monsieur du corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.
À ces mots le corbeau ne se sent pas de joie ;
Et, pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le renard s'en saisit, et dit : Mon bon monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
Le corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

Quelques mots : alléché veut dire attiré par quelque chose de bon ; le ramage est le chant des oiseaux ; le phénix est un oiseau légendaire unique et merveilleux, donc « le phénix des hôtes de ces bois » veut dire « le plus extraordinaire des habitants de cette forêt ».

D'où vient ce récit

La fable remonte à Ésope, en Grèce, au VIe siècle avant notre ère. Chez lui, le corbeau tient un morceau de viande, et le renard lui dit qu'il mériterait d'être le roi des oiseaux, s'il avait de la voix. Quand la viande tombe, le renard conclut : « Ô corbeau, si tu avais aussi du jugement, il ne te manquerait rien pour devenir le roi des oiseaux. »

Le fromage apparaît chez Phèdre, un poète qui écrivait en latin à Rome au Ier siècle de notre ère : son corbeau a pris un fromage sur une fenêtre. Seize siècles plus tard, Jean de La Fontaine (1621-1695) reprend cette version et en fait un petit chef-d'œuvre de vivacité et d'humour.

Ce que dit ce récit

La morale est dite par le renard lui-même : « tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute ». Celui qui fait trop de compliments veut souvent obtenir quelque chose.

La leçon est très actuelle. Une publicité qui dit « vous le valez bien », un message qui annonce « vous avez gagné un téléphone ! », un inconnu en ligne qui vous trouve formidable : tous peuvent cacher un renard. Se méfier des compliments trop beaux, ce n'est pas refuser la gentillesse, c'est garder son jugement. La fable parle aussi de vanité : le corbeau perd son fromage parce qu'il veut absolument être admiré.

Ses cousins dans le monde

  • En Inde, un récit bouddhiste ancien, le Jambu-Khādaka-Jātaka, montre un chacal et une corneille qui se flattent l'un l'autre pour obtenir des fruits ; l'esprit de l'arbre les démasque et les chasse.
  • En Russie, le fabuliste Ivan Krylov a écrit en 1807 sa propre version, La Corneille et le Renard.
  • Au Moyen Âge, en France, le Roman de Renart raconte une scène semblable : Renart fait tomber le fromage du corbeau Tiécelin.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Chez Ésope, le corbeau ne tenait pas un fromage mais un morceau de viande : le fromage vient du poète latin Phèdre, au Ier siècle de notre ère.
  • Le Corbeau et le Renard est la deuxième fable du premier livre de La Fontaine, juste après La Cigale et la Fourmi.
  • Dans le Roman de Renart, au Moyen Âge, le corbeau a un nom : il s'appelle Tiécelin.

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