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Le Chêne et le Roseau : je plie et ne romps pas

Le chêne, fier et puissant, plaint le petit roseau qui se courbe au moindre vent. Mais quand la tempête arrive, c'est le roseau qui survit. Cette fable de La Fontaine a des cousins en Grèce, en Chine et dans le Talmud.

8-12 ans

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Le Chêne et le Roseau : je plie et ne romps pas

L'histoire

Un grand chêne regarde un roseau, au bord de l'eau, et le prend en pitié : « Pauvre petit ! Un oiseau posé sur toi te fait plier, la moindre brise te fait baisser la tête. Moi, je tiens tête au soleil et à la tempête. Si seulement tu poussais à mon abri, je te protégerais. »

Le roseau remercie poliment, mais il n'est pas inquiet : « Les vents me font moins peur qu'à vous. Je plie, mais je ne casse pas. Attendons la fin. » À ce moment, une terrible tempête arrive du nord. Le roseau se couche. Le chêne résiste, résiste… et le vent redouble, si fort qu'il finit par arracher le grand arbre avec toutes ses racines.

Le texte de La Fontaine

C'est la dernière fable du livre I (1668), et l'une de ses plus belles :

Le chêne un jour dit au roseau :
Vous avez bien sujet d'accuser la nature ;
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau :
Le moindre vent qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau,
Vous oblige à baisser la tête ;
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du soleil,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir,
Je vous défendrais de l'orage :
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
Votre compassion, lui répondit l'arbuste,
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci :
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables ;
Je plie et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L'arbre tient bon ; le roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.

Quelques mots : le roitelet est un tout petit oiseau ; le Caucase est une haute chaîne de montagnes ; l'aquilon est un vent violent du nord, le zéphyr une brise douce ; rompre veut dire casser.

D'où vient ce récit

Dans la tradition d'Ésope, la fable s'appelait Le Roseau et l'Olivier : l'olivier reprochait au roseau sa faiblesse, et ce fut l'olivier qui se brisa dans la tempête. « Ceux qui cèdent aux circonstances et à la force, conclut la fable, ont l'avantage sur ceux qui rivalisent avec de plus puissants. » La Fontaine (1621-1695) remplace l'olivier par le chêne, l'arbre fort par excellence, et ne donne pas de morale écrite : les deux derniers vers, d'une grandeur solennelle, suffisent.

Ce que dit ce récit

La fable oppose la raideur et la souplesse. Le chêne croit que la force, c'est ne jamais plier ; le roseau sait qu'on survit aux tempêtes en s'adaptant. Elle dénonce aussi l'orgueil : le chêne plaint le roseau avec condescendance, et c'est lui qui tombe.

Attention, plier n'est pas tout accepter : le roseau ne se déracine pas, il reste attaché à sa terre. Savoir céder sur ce qui n'est pas essentiel pour tenir sur l'essentiel, c'est une sagesse utile dans une dispute, face à un échec ou dans une vie qui change. Les ingénieurs le savent aussi : les grands immeubles des régions de séismes, au Japon ou au Chili, sont construits pour se balancer un peu plutôt que pour rester rigides.

Ses cousins dans le monde

  • En Chine, le livre du Tao Te King, attribué au sage Lao-tseu, dit que la souplesse accompagne la vie et la raideur la mort ; dans la traduction de Stanislas Julien (1842) : « Lorsqu'un arbre est devenu fort, on l'abat. »
  • Dans le Talmud, recueil de la tradition juive, on lit qu'une personne devrait toujours être souple comme le roseau, et non dure comme le cèdre.
  • En Grèce, la fable d'Ésope, avec un olivier.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Chez Ésope, l'arbre trop fier n'était pas un chêne mais un olivier.
  • La formule « Je plie et ne romps pas » est devenue une devise : on la cite pour parler de quelqu'un qui résiste aux épreuves en s'adaptant.

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