L'histoire
Un petit rat sort de terre sans regarder où il va et se retrouve… entre les pattes d'un lion ! Le roi des animaux pourrait l'écraser d'un coup. Mais il est grand et généreux : il le laisse partir.
Quelque temps plus tard, en sortant de la forêt, le lion tombe dans un filet tendu par des chasseurs. Il rugit, il se débat, mais plus il tire, plus les cordes le serrent. Le petit rat entend ses rugissements. Il accourt et se met à ronger une maille, puis une autre, avec patience. Une seule maille rongée, et tout le filet se défait : le lion est libre. Le plus petit a sauvé le plus grand.
Le texte de La Fontaine
Fable du livre II (1668). La Fontaine annonce sa morale dès le début :
Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
De cette vérité deux fables feront foi ;
Tant la chose en preuves abonde.
Entre les pattes d'un lion
Un rat sortit de terre assez à l'étourdie.
Le roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Qu'un lion d'un rat eût affaire ?
Cependant il advint qu'au sortir des forêts
Ce lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.
Quelques mots : obliger, au XVIIe siècle, voulait dire rendre service ; à l'étourdie, c'est sans faire attention ; les rets sont des filets ; « deux fables » parce que La Fontaine en raconte aussitôt une seconde sur le même thème, La Colombe et la Fourmi.
D'où vient ce récit
La fable vient d'Ésope (VIe siècle avant notre ère). Dans la traduction d'Émile Chambry, le lion endormi attrape le rat qui trottine sur lui, puis le relâche en riant quand le rat promet de lui rendre service. Pris par des chasseurs et attaché à un arbre, il est délivré par le rat : « Naguère, dit-il, tu t'es moqué de moi, parce que tu n'attendais pas de retour de ma part ; sache maintenant que chez les rats aussi on trouve de la reconnaissance. » La Fontaine (1621-1695) garde l'histoire et y ajoute une deuxième leçon, sur la patience.
Ce que dit ce récit
La fable porte deux morales. La première : il faut rendre service à tout le monde, même aux plus petits, car on ne sait jamais qui nous aidera un jour. La générosité du lion lui sauve la vie. La seconde, à la fin : « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. » Le lion, avec toute sa force, s'emmêle davantage ; le rat, avec ses petites dents et sa patience, défait le filet.
Ces deux idées restent vraies. Dans une équipe, une classe ou une famille, personne n'est trop petit pour être utile. Et beaucoup de problèmes se règlent mieux avec patience qu'avec colère.
Ses cousins dans le monde
En Inde, le Panchatantra, un recueil de fables très ancien, raconte une histoire proche : Les Souris qui libérèrent les éléphants. Un troupeau d'éléphants écrasait sans le vouloir les souris d'un village en ruine ; le roi des éléphants accepte de changer de chemin. Plus tard, quand des chasseurs capturent les éléphants avec des cordes, les souris viennent ronger les liens et les délivrent. Le petit rend au grand le service reçu, comme dans la fable grecque.
Pour aller plus loin
- Le Chêne et le Roseau, la force qui ne suffit pas.
- Le Loup et l'Agneau, le puissant qui n'épargne pas le faible.
- Le Rat de ville et le Rat des champs, d'autres rats de La Fontaine.
Le savais-tu ?
- Chez Ésope, le lion se moque du rat quand celui-ci promet de l'aider un jour ; il ne rit plus quand le rat le délivre.
- La Fontaine annonce « deux fables » : la seconde, La Colombe et la Fourmi, raconte une colombe qui sauve une fourmi de la noyade, puis une fourmi qui sauve la colombe d'un chasseur.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
Contes, fables et légendes : les histoires que le monde se raconte
Partout sur la Terre, des adultes racontent des histoires aux enfants, le soir, à la veillée ou avant de dormir. Certaines ont fait le tour du monde : on retrouve Cendrillon en Chine et en Égypte, et le lièvre trop sûr de lui au Cameroun comme en Grèce.
8-12 ans
Le Lièvre et la Tortue : rien ne sert de courir
Un lièvre, l'animal le plus rapide de la campagne, perd une course contre une tortue. Cette fable d'Ésope, mise en vers par La Fontaine, est connue dans le monde entier, et l'Afrique, l'Asie et les Amériques en ont leurs propres versions.
8-12 ans
La Cigale et la Fourmi : chanter l’été, avoir faim l’hiver
La cigale a chanté tout l'été ; l'hiver venu, elle n'a rien à manger et va demander de l'aide à la fourmi, qui refuse. C'est la première fable du premier livre de La Fontaine, reprise d'Ésope, et l'une des plus discutées : la fourmi a-t-elle raison ?
8-12 ans
Le Corbeau et le Renard : gare aux flatteurs
Un renard fait tomber le fromage d'un corbeau en lui faisant des compliments. C'est sans doute la fable la plus récitée dans les écoles de langue française, de Kinshasa à Montréal, et elle est bien plus ancienne que La Fontaine.
8-12 ans
Le Garçon qui criait au loup : le menteur qu’on ne croit plus
Un jeune berger s'amuse à crier « Au loup ! » pour faire accourir les villageois. Le jour où le loup vient vraiment, plus personne ne le croit. Cette fable d'Ésope a donné une expression que l'on emploie en français comme en anglais.
8-12 ans
Le Laboureur et ses enfants : le trésor caché dans le champ
Avant de mourir, un vieux paysan dit à ses fils qu'un trésor est caché dans leur champ. Ils retournent toute la terre et ne trouvent pas d'or, mais leur récolte est la plus belle de toutes. La Fontaine a fait de cette fable d'Ésope un éloge du travail.
8-12 ans