Qui, quand, où
Harriet Tubman s'appelle d'abord Araminta Ross, surnommée « Minty ». Elle naît en esclavage au début de l'année 1822, dans le comté de Dorchester, dans le Maryland, un État de l'est des États-Unis. Elle meurt le 10 mars 1913 à Auburn, dans l'État de New York, à environ quatre-vingt-dix ans.
À cette époque, dans les États du Sud, des millions de personnes noires sont esclaves. Les États du Nord ont aboli l'esclavage, et plus au nord encore, il y a le Canada, où il est interdit. Dans la famille de Minty, trois grandes sœurs ont été vendues loin vers le sud : on ne les a jamais revues.
Adolescente, elle reçoit à la tête un poids lancé par un surveillant contre un autre esclave. La blessure est grave. Elle s'en remet, mais toute sa vie elle parlera de rêves et de visions, qu'elle comprend comme des messages de Dieu. Vers 1844, elle épouse John Tubman, un homme noir libre, et prend le prénom de Harriet, celui de sa mère.
Ce qu'elle a accompli
- En 1849, elle s'enfuit seule jusqu'à Philadelphie, en Pennsylvanie, un État où l'esclavage est interdit.
- En une dizaine d'années, elle fait environ treize voyages de retour dans le Maryland et guide environ 70 personnes vers la liberté, surtout des membres de sa famille et des amis. Elle donne aussi des conseils à des dizaines d'autres qui partent seuls.
- Pendant la guerre de Sécession, elle est espionne, éclaireuse, infirmière et cuisinière pour l'armée du Nord. En juin 1863, elle participe au raid de la rivière Combahee, en Caroline du Sud, qui libère plus de 700 personnes.
- À la fin de sa vie, elle milite pour le droit de vote des femmes et ouvre une maison pour les personnes âgées à Auburn.
Comment
En choisissant le bon moment. En 1849, elle apprend qu'elle risque d'être vendue. Elle part une première fois avec deux de ses frères, qui prennent peur et font demi-tour. Elle revient avec eux, puis repart seule, à pied, de nuit, à travers le Maryland et le Delaware.
En revenant chercher les siens. Libre, elle se sent « étrangère dans un pays étranger », car toute sa famille est restée dans le Maryland. Elle décide de retourner la chercher. C'est de plus en plus dangereux : une loi de 1850 oblige à arrêter les personnes en fuite, même dans le Nord. Elle conduit alors ses groupes jusqu'au Canada, à St. Catharines, où elle vit une dizaine d'années.
En étant très prudente. Elle ne revient que dans la région qu'elle connaît. Elle voyage l'hiver, quand les nuits sont longues. Elle se déguise, suit les rivières et les étoiles, marche, prend des bateaux et même des trains. Elle fait écrire des lettres codées à des amis de confiance. Elle chante des cantiques en changeant le rythme pour dire « danger » ou « la voie est libre ». Elle porte un petit pistolet, pour se défendre et pour empêcher un fugitif pris de peur de faire demi-tour et de mettre tout le groupe en danger.
Avec d'autres. Harriet Tubman ne savait ni lire ni écrire, mais elle savait à qui se fier. Elle s'appuie sur un réseau de personnes noires et blanches qui cachent les fugitifs : on l'appelle le chemin de fer clandestin. Parmi elles, l'abolitionniste Thomas Garrett au Delaware, et Jacob Jackson, un vétérinaire noir libre qui transmet ses messages. À Auburn, William Seward, un homme politique, lui vend une maison.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
Comme elle ne savait pas écrire, on connaît Harriet Tubman par ce que d'autres ont noté : des lettres d'abolitionnistes, des articles de journaux, des archives de l'armée, et deux livres écrits de son vivant par Sarah Bradford. Bradford l'a interrogée, mais elle a écrit vite et a commis des erreurs.
C'est de là que viennent plusieurs légendes. Bradford estimait qu'elle avait sauvé 300 personnes en 19 voyages : les recherches de l'historienne Kate Clifford Larson montrent qu'il s'agit d'environ 70 personnes en 13 voyages, dont on connaît presque tous les noms. On raconte aussi qu'une prime de 40 000 dollars était offerte pour sa capture : ce chiffre a été inventé en 1867. La seule récompense connue est une annonce de 1849, pour elle et ses deux frères.
On lit enfin sur Internet des phrases qu'on lui prête, comme « J'ai libéré mille esclaves… ». Aucun document ne montre qu'elle l'ait dite. En revanche, on sait qu'en 1896 elle a déclaré qu'en huit ans elle n'avait « jamais fait dérailler [son] train » ni « perdu un seul passager ».
Zones d'ombre et débats
La légende qui cache la personne. Les exagérations partaient souvent d'une bonne intention : faire connaître son courage. Mais Kate Clifford Larson explique qu'elles font oublier l'essentiel : son intelligence, sa connaissance du terrain et des gens, et le réseau qui l'entourait.
Tous n'ont pas pu partir. Elle n'a pas réussi à sauver tout le monde. Son mari, John Tubman, remarié, a refusé de la suivre. Lors de son dernier voyage, en 1860, sa sœur Rachel était morte, et elle n'a pas pu emmener ses enfants.
Une reconnaissance tardive. Après la guerre, elle a dû se battre pendant des années pour être payée pour son travail dans l'armée et obtenir une pension. Longtemps, son rôle militaire a été oublié.
Pourquoi on s'en souvient
Deux parcs historiques nationaux portent son nom aux États-Unis : l'un dans le Maryland, où elle est née, l'autre à Auburn, où elle a vécu. L'abolitionniste William Lloyd Garrison l'avait surnommée « Moïse », comme le personnage de la Bible qui guide son peuple hors de l'esclavage. Son nom est devenu un symbole de courage dans de nombreux pays.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- Le courage peut être très organisé. Elle préparait chaque voyage avec soin.
- Savoir lire n'est pas le seul savoir. Elle lisait le ciel, les rivières et les gens.
- On réussit rarement seul : sans un réseau de personnes de confiance, aucun voyage n'aurait abouti.
- Admirer quelqu'un, c'est aussi vouloir la vérité sur sa vie, sans l'embellir.
Pour aller plus loin
- Frederick Douglass, qui s'est lui aussi évadé du Maryland, et qui l'admirait.
- La traite transatlantique, qui explique comment l'esclavage est arrivé en Amérique.
- Comment vérifier une information, pour ne pas croire une fausse citation.
Le savais-tu ?
- La fameuse prime de 40 000 dollars pour capturer Harriet Tubman n'a jamais existé : le chiffre a été inventé en 1867. La vraie annonce, publiée en 1849, promettait 100 dollars pour elle et autant pour chacun de ses deux frères.
- La chanson « Follow the Drinking Gourd », qu'on associe souvent à sa fuite, n'était pas chantée par Harriet Tubman : elle a été popularisée par un groupe de musique folk au XXᵉ siècle. Elle, elle changeait le rythme de cantiques religieux pour transmettre ses signaux.
- Le surnom de « Moïse » lui a été donné par l'abolitionniste William Lloyd Garrison.
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