Qui, quand, où
Frederick Augustus Washington Bailey naît en février 1818 dans le comté de Talbot, dans le Maryland, un État du sud-est des États-Unis. Il n'a jamais connu sa date de naissance exacte : « je n'ai aucune connaissance précise de mon âge », écrit-il, car on ne tenait pas de registre pour les enfants esclaves. Il prendra plus tard le nom de Frederick Douglass. Il meurt le 20 février 1895 à Washington.
À sa naissance, l'esclavage est légal dans les États du Sud. Des millions de personnes d'origine africaine y sont la propriété d'autres personnes, qui peuvent les vendre, les séparer de leur famille, les frapper. Douglass lui-même n'a vu sa mère que « quatre ou cinq fois » dans sa vie, la nuit, quand elle marchait des kilomètres pour venir le voir après sa journée aux champs.
Ce qu'il a accompli
- Il s'évade en 1838 et devient, à partir de 1841, un orateur du mouvement pour l'abolition de l'esclavage.
- Il publie en 1845 le Récit de la vie de Frederick Douglass, esclave américain, puis deux autres autobiographies (1855 et 1881).
- Il fonde un journal, The North Star (« l'Étoile du Nord »), à Rochester, dans l'État de New York.
- En 1848, il est le seul Afro-Américain à la convention de Seneca Falls sur les droits des femmes, et il y soutient le droit de vote des femmes.
- Pendant la guerre de Sécession (1861-1865), il recrute des soldats noirs pour l'armée de l'Union, dont deux de ses fils, et rencontre le président Lincoln pour réclamer pour eux une paie et un traitement égaux.
- Après la guerre, il occupe des postes fédéraux et devient, de 1889 à 1891, représentant des États-Unis en Haïti.
Comment
En apprenant à lire contre la loi. Enfant, il est envoyé à Baltimore. Sa maîtresse, Sophia Auld, commence à lui apprendre l'alphabet ; son mari l'interdit, en expliquant que savoir lire rendrait l'enfant impropre à l'esclavage. Douglass en tire une leçon : il comprend alors, écrit-il, « le chemin qui mène de l'esclavage à la liberté ». Il échange du pain contre des leçons avec des garçons blancs pauvres du quartier. Vers douze ans, il économise pour acheter un livre de discours, The Columbian Orator, qu'il lit et relit : c'est là qu'il apprend l'art de convaincre.
En résistant. À seize ans, on le loue à Edward Covey, un fermier connu pour « briser » les jeunes esclaves à coups de fouet. Après six mois, Douglass se défend et se bat avec lui. Covey ne le frappe plus. « Vous avez vu comment un homme a été fait esclave ; vous allez voir comment un esclave a été fait homme », écrit-il en racontant la scène (traduit de l'anglais).
En osant s'enfuir, avec de l'aide. Le 3 septembre 1838, il prend le train déguisé en marin et gagne New York. Rien de cela n'aurait été possible sans Anna Murray, une femme noire libre de Baltimore : elle lui coud l'uniforme et l'aide à obtenir un papier de marin affranchi. Ils se marient et s'installent à New Bedford, dans le Massachusetts.
En prenant la parole. En 1841, à une réunion antiesclavagiste sur l'île de Nantucket, on lui demande de raconter sa vie. Il parle si bien que la société antiesclavagiste l'embauche aussitôt. Mais son talent se retourne contre lui : des auditeurs doutent qu'un homme aussi éloquent ait pu être esclave. Il répond par un livre, où il donne les noms et les lieux. C'était dangereux : légalement, il appartenait toujours à son maître. Il part alors deux ans en Grande-Bretagne et en Irlande, où des amis abolitionnistes rachètent sa liberté.
En changeant d'avis quand il le juge nécessaire. Il commence dans le camp de William Lloyd Garrison, qui refuse toute action politique et toute violence. Il s'en éloigne, défend l'action politique et, dans les années 1850, n'espère plus une fin pacifique de l'esclavage. Proche de l'abolitionniste John Brown, il refuse pourtant de le suivre en 1859 dans l'attaque armée de l'arsenal de Harpers Ferry, qu'il juge vouée à l'échec.
Avec d'autres. Anna Murray tient la maison et les comptes pendant ses longs voyages, en travaillant elle-même. À New Bedford, Nathan Johnson, un abolitionniste noir, l'héberge et lui choisit son nouveau nom. Des amis britanniques rachètent sa liberté et financent son journal. Et il travaille aux côtés d'autres militants, comme Harriet Tubman.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
On connaît Douglass surtout par lui-même : trois autobiographies, des centaines de discours, des éditoriaux, des lettres. C'est une chance rare pour un homme né esclave, et un piège. Dans son premier livre, il prévient qu'il ne dira pas tout de son évasion, pour ne pas mettre en danger ceux qui l'ont aidé ni ceux qui voudraient suivre le même chemin. Et chaque livre raconte sa vie un peu différemment, selon le combat du moment.
L'historien David Blight, auteur de la biographie de référence, note qu'il « construit un personnage, et ce personnage principal, c'est lui ». Sa femme Anna, avec qui il a vécu quarante-quatre ans, n'apparaît que très brièvement dans ses autobiographies. Anna ne savait ni lire ni écrire et n'a laissé aucun texte : on la connaît par les souvenirs de ses enfants, et les historiens essaient aujourd'hui de lui rendre sa place.
Zones d'ombre et débats
Un homme qui se raconte. Les historiens lisent ses autobiographies comme des œuvres de combat, précieuses mais orientées : elles laissent de côté sa famille, ses doutes et ses difficultés.
Des choix politiques discutés. Après la guerre, il reste fidèle pendant des décennies au Parti républicain, y compris quand ce parti abandonne la protection des Noirs du Sud. Des Afro-Américains de son temps lui reprochent d'obtenir pour lui et sa famille des postes accordés par ce parti. Il a aussi soutenu, au début des années 1870, le projet américain d'annexer la République dominicaine, et servi de secrétaire à la commission envoyée sur place. David Blight y voit l'une de ses contradictions : le même homme défendait l'indépendance de l'Irlande.
Une alliance brisée. Allié des militantes pour le vote des femmes, il se sépare d'Elizabeth Cady Stanton et de Susan B. Anthony à la fin des années 1860 : il accepte un amendement à la Constitution qui donne le vote aux hommes noirs sans l'accorder aux femmes, ce qu'elles refusent.
Une vie privée jugée par tous. En 1884, deux ans après la mort d'Anna, il épouse Helen Pitts, une femme blanche. Ce mariage est critiqué à la fois par des Blancs et par des Noirs, y compris dans sa propre famille.
Pourquoi on s'en souvient
Son premier livre est devenu un classique, lu dans les écoles de nombreux pays. Sa maison de Cedar Hill, à Washington, est un site historique national. Il a posé très tôt des idées qui ont traversé le XXᵉ siècle : que savoir lire est une arme, que les droits des Noirs et ceux des femmes vont ensemble, et qu'une image peut combattre un préjugé. Il s'est fait photographier plus de 160 fois, pour opposer de vrais portraits aux caricatures racistes de son époque.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- Apprendre est un acte de liberté. Son maître l'avait compris avant lui, en voulant l'empêcher de lire.
- Raconter sa propre histoire change le regard des autres. Son livre a répondu à ceux qui doutaient de lui.
- Personne ne s'évade seul : sans Anna Murray, sans Nathan Johnson, sans ses amis britanniques, il n'y aurait pas eu de Frederick Douglass.
- Un grand homme peut se tromper et se contredire. Le lire avec un œil critique, comme le font les historiens, n'enlève rien à son courage.
Pour aller plus loin
- Harriet Tubman, qu'il connaissait et admirait, et qui a guidé d'autres personnes vers la liberté.
- La traite transatlantique, le commerce qui a amené ses ancêtres en Amérique.
- Toussaint Louverture, le chef de la révolution d'Haïti, le pays où Douglass a représenté les États-Unis.
- Les droits humains, l'idée qu'il a défendue pour les Noirs comme pour les femmes.
Le savais-tu ?
- Le nom « Douglass » a été choisi par Nathan Johnson, l'homme qui l'a accueilli à New Bedford : il lisait alors *La Dame du lac*, un poème de l'écrivain écossais Walter Scott, où apparaît un personnage nommé Douglas.
- Frederick Douglass a été photographié plus de 160 fois : plus qu'Abraham Lincoln, ce qui en fait l'Américain le plus photographié de son siècle.
- La devise de son journal, The North Star, était : « Le droit n'a pas de sexe, la vérité n'a pas de couleur. »
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
Hatchepsout, pharaon de l’Égypte ancienne
Il y a environ 3 500 ans, une femme a régné sur l'Égypte avec tous les titres d'un pharaon, pendant une vingtaine d'années, en bâtissant et en commerçant plus qu'en faisant la guerre. Après sa mort, son nom a été effacé de nombreux monuments, et les historiens discutent encore des raisons.
8-12 ans
Ashoka, empereur maurya de l’Inde ancienne
Au IIIᵉ siècle avant notre ère, l'empereur indien Ashoka a fait graver sur la pierre qu'il regrettait les morts d'une guerre qu'il avait gagnée, puis il a demandé à ses sujets la tolérance et le respect de la vie. Les historiens rappellent qu'il n'a pas renoncé pour autant à la force de l'État, ni rendu le pays conquis.
13-18 ans
Cléopâtre VII, dernière reine de l’Égypte ptolémaïque
Cléopâtre VII a gouverné l'Égypte pendant plus de vingt ans, au Iᵉʳ siècle avant notre ère, en parlant de nombreuses langues et en négociant avec les maîtres de Rome pour garder son royaume. Presque tout ce qu'on raconte d'elle vient pourtant de ses ennemis romains, et les historiens trient avec soin la légende et les faits.
8-12 ans
Amanirenas, reine de Koush face à Rome
Vers 25 avant notre ère, Amanirenas, reine du royaume africain de Koush, au Soudan actuel, a attaqué l'Égypte devenue romaine, résisté à la riposte, puis obtenu de l'empereur Auguste une paix favorable. On connaît cette guerre surtout par un auteur grec du camp romain, et la langue de Koush, elle, reste mal comprise.
8-12 ans
Hypatie, mathématicienne et philosophe d’Alexandrie
À Alexandrie, vers l'an 400, Hypatie a enseigné les mathématiques, l'astronomie et la philosophie à des élèves venus de loin, et elle était écoutée des dirigeants de la ville, chose rare pour une femme. Assassinée en 415 dans une lutte de pouvoir, elle est devenue une légende, et les historiens s'efforcent de séparer ce que l'on sait de ce qu'on lui a fait dire.
13-18 ans
Murasaki Shikibu, autrice japonaise du Dit du Genji
Il y a mille ans, à la cour impériale du Japon, une femme a écrit le Dit du Genji, un très long récit que beaucoup de spécialistes comptent parmi les premiers romans du monde. Elle avait appris en cachette une langue réservée aux garçons ; on ne connaît pourtant ni son vrai nom ni ses dates exactes.
8-12 ans