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Le romantisme : l’art des émotions et des tempêtes

Entre la fin du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe, des artistes refusent la froideur des règles classiques. Ils peignent la passion, la révolte, la peur et la nature déchaînée. Delacroix, Goya, Turner, Friedrich : le romantisme met le sentiment au premier plan, en peinture, en littérature et en musique.

13-18 ans

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Le Voyageur contemplant une mer de nuages, de Caspar David Friedrich, vers 1818 (Kunsthalle de Hambourg, Allemagne).Caspar David Friedrich · Domaine public · Wikimedia Commons

Contre la raison froide

À la fin du XVIIIe siècle, l'art européen est dominé par le néoclassicisme : des compositions calmes, des lignes nettes, des sujets tirés de l'Antiquité, une beauté réglée par la raison.

Le romantisme, qui connaît son sommet entre 1780 et 1830 environ et marque encore les décennies suivantes, prend le contre-pied. Il célèbre l'émotion, l'imagination, l'individu, et tout ce que la raison ne peut pas maîtriser : la passion, le rêve, la mort, la force de la nature.

Ce n'est pas un hasard. L'Europe vient de vivre la Révolution française, les guerres de Napoléon, puis le début de la révolution industrielle. Le monde change vite, et beaucoup d'artistes cherchent à exprimer le trouble, l'enthousiasme ou la colère que cela provoque.

Ce qu'on reconnaît dans un tableau romantique

  • Des couleurs vives et une touche visible, plus importante que le dessin précis.
  • Des sujets d'actualité : révolutions, guerres, naufrages, massacres.
  • La nature immense : tempêtes, montagnes, mers déchaînées, devant lesquelles l'homme paraît minuscule. On parle du sublime, ce sentiment mêlé d'admiration et d'effroi.
  • L'attrait pour le lointain : l'Orient rêvé, le Moyen Âge, les légendes.

La Liberté guidant le peuple

En juillet 1830, à Paris, une révolution de trois jours renverse le roi Charles X. Eugène Delacroix (1798-1863), qui a 32 ans, peint la même année La Liberté guidant le peuple.

Au centre, une femme qui incarne la Liberté avance sur une barricade, coiffée du bonnet phrygien, le drapeau tricolore levé. À sa droite, un homme en chapeau haut-de-forme tient un fusil ; à sa gauche, un garçon brandit deux pistolets. À leurs pieds, des morts. Delacroix mélange l'allégorie (une idée représentée par un personnage) et le réalisme le plus cru.

C'est la seule fois que Delacroix peint Paris et le peuple de son temps. Le tableau est devenu un symbole universel de la lutte pour la liberté. Restauré en 2024, il est exposé au Louvre, dans la salle Mollien.

Goya, témoin de l'horreur

En Espagne, Francisco de Goya (1746-1828), peintre de la cour, devient sourd après une grave maladie. Sa peinture s'assombrit. Quand les armées de Napoléon envahissent l'Espagne, il témoigne des atrocités de la guerre. Son tableau Le Trois Mai 1808 montre des civils fusillés par des soldats français : un homme en chemise blanche lève les bras face aux fusils. On peut le voir au musée du Prado, à Madrid.

Plus tard, Goya couvre les murs de sa propre maison de « peintures noires », des scènes cauchemardesques.

La nature déchaînée : Turner et Friedrich

En Angleterre, J. M. W. Turner (1775-1851) est surnommé « le peintre de la lumière ». Ses mers en tempête, ses brumes et ses couchers de soleil se dissolvent presque en taches de couleur. Il annonce, des décennies à l'avance, l'impressionnisme.

En Allemagne, Caspar David Friedrich (1774-1840) peint des paysages silencieux : des montagnes dans le brouillard, des mers gelées, des personnages vus de dos qui contemplent l'immensité. On y ressent la solitude de l'homme face à la nature.

Le Français Théodore Géricault, lui, peint Le Radeau de la Méduse, une toile immense qui montre les survivants d'un vrai naufrage, entassés sur un radeau et cherchant un navire à l'horizon.

Le Dernier Voyage du Téméraire, de William Turner, 1839 (National Gallery, Londres) : un vieux navire de guerre remorqué vers la démolition.William Turner · Domaine public · Wikimedia Commons

Un mouvement qui dépasse la peinture

Le romantisme touche tous les arts :

  • en littérature, avec Victor Hugo en France, Goethe en Allemagne, Lord Byron en Angleterre, Pouchkine en Russie ;
  • en musique, où Beethoven ouvre la voie, suivi par Chopin, Schubert ou Liszt, qui veulent faire ressentir des émotions intenses.

Ce qui en reste

Le romantisme a imposé une idée encore très présente aujourd'hui : l'artiste exprime ce qu'il ressent, et une œuvre doit toucher avant de plaire aux règles. Les films d'aventure, les héros solitaires et les grands paysages de cinéma doivent beaucoup à ce mouvement.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Delacroix a peint La Liberté guidant le peuple l'année même de la révolution de juillet 1830 : c'est la seule fois qu'il a peint Paris.
  • Turner était surnommé « le peintre de la lumière » à cause de ses ciels et de ses mers presque dissous dans la couleur.
  • Goya a couvert les murs de sa propre maison de « peintures noires », des scènes sombres et cauchemardesques.

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