Contre la raison froide
À la fin du XVIIIe siècle, l'art européen est dominé par le néoclassicisme : des compositions calmes, des lignes nettes, des sujets tirés de l'Antiquité, une beauté réglée par la raison.
Le romantisme, qui connaît son sommet entre 1780 et 1830 environ et marque encore les décennies suivantes, prend le contre-pied. Il célèbre l'émotion, l'imagination, l'individu, et tout ce que la raison ne peut pas maîtriser : la passion, le rêve, la mort, la force de la nature.
Ce n'est pas un hasard. L'Europe vient de vivre la Révolution française, les guerres de Napoléon, puis le début de la révolution industrielle. Le monde change vite, et beaucoup d'artistes cherchent à exprimer le trouble, l'enthousiasme ou la colère que cela provoque.
Ce qu'on reconnaît dans un tableau romantique
- Des couleurs vives et une touche visible, plus importante que le dessin précis.
- Des sujets d'actualité : révolutions, guerres, naufrages, massacres.
- La nature immense : tempêtes, montagnes, mers déchaînées, devant lesquelles l'homme paraît minuscule. On parle du sublime, ce sentiment mêlé d'admiration et d'effroi.
- L'attrait pour le lointain : l'Orient rêvé, le Moyen Âge, les légendes.
La Liberté guidant le peuple
En juillet 1830, à Paris, une révolution de trois jours renverse le roi Charles X. Eugène Delacroix (1798-1863), qui a 32 ans, peint la même année La Liberté guidant le peuple.
Au centre, une femme qui incarne la Liberté avance sur une barricade, coiffée du bonnet phrygien, le drapeau tricolore levé. À sa droite, un homme en chapeau haut-de-forme tient un fusil ; à sa gauche, un garçon brandit deux pistolets. À leurs pieds, des morts. Delacroix mélange l'allégorie (une idée représentée par un personnage) et le réalisme le plus cru.
C'est la seule fois que Delacroix peint Paris et le peuple de son temps. Le tableau est devenu un symbole universel de la lutte pour la liberté. Restauré en 2024, il est exposé au Louvre, dans la salle Mollien.
Goya, témoin de l'horreur
En Espagne, Francisco de Goya (1746-1828), peintre de la cour, devient sourd après une grave maladie. Sa peinture s'assombrit. Quand les armées de Napoléon envahissent l'Espagne, il témoigne des atrocités de la guerre. Son tableau Le Trois Mai 1808 montre des civils fusillés par des soldats français : un homme en chemise blanche lève les bras face aux fusils. On peut le voir au musée du Prado, à Madrid.
Plus tard, Goya couvre les murs de sa propre maison de « peintures noires », des scènes cauchemardesques.
La nature déchaînée : Turner et Friedrich
En Angleterre, J. M. W. Turner (1775-1851) est surnommé « le peintre de la lumière ». Ses mers en tempête, ses brumes et ses couchers de soleil se dissolvent presque en taches de couleur. Il annonce, des décennies à l'avance, l'impressionnisme.
En Allemagne, Caspar David Friedrich (1774-1840) peint des paysages silencieux : des montagnes dans le brouillard, des mers gelées, des personnages vus de dos qui contemplent l'immensité. On y ressent la solitude de l'homme face à la nature.
Le Français Théodore Géricault, lui, peint Le Radeau de la Méduse, une toile immense qui montre les survivants d'un vrai naufrage, entassés sur un radeau et cherchant un navire à l'horizon.
Un mouvement qui dépasse la peinture
Le romantisme touche tous les arts :
- en littérature, avec Victor Hugo en France, Goethe en Allemagne, Lord Byron en Angleterre, Pouchkine en Russie ;
- en musique, où Beethoven ouvre la voie, suivi par Chopin, Schubert ou Liszt, qui veulent faire ressentir des émotions intenses.
Ce qui en reste
Le romantisme a imposé une idée encore très présente aujourd'hui : l'artiste exprime ce qu'il ressent, et une œuvre doit toucher avant de plaire aux règles. Les films d'aventure, les héros solitaires et les grands paysages de cinéma doivent beaucoup à ce mouvement.
Pour aller plus loin
- Le baroque : le grand style du siècle précédent.
- L'impressionnisme : ceux qui iront plus loin dans la lumière et la couleur.
- La révolution industrielle : le monde qui change au même moment.
- La musique classique : Beethoven, entre classique et romantique.
Le savais-tu ?
- Delacroix a peint La Liberté guidant le peuple l'année même de la révolution de juillet 1830 : c'est la seule fois qu'il a peint Paris.
- Turner était surnommé « le peintre de la lumière » à cause de ses ciels et de ses mers presque dissous dans la couleur.
- Goya a couvert les murs de sa propre maison de « peintures noires », des scènes sombres et cauchemardesques.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
La rumba congolaise : une musique qui a traversé l’Atlantique deux fois
Née de rythmes partis d'Afrique centrale avec la traite, transformée à Cuba, revenue par le disque à Kinshasa et Brazzaville : la rumba a fait l'aller-retour. L'UNESCO l'a inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2021.
8-12 ans
Les instruments : quatre façons de faire du son
Tambour, likembe, flûte, guitare : tous les instruments du monde se classent selon ce qui vibre. Une fois qu'on le sait, on comprend n'importe quel instrument au premier regard.
8-12 ans
La danse : un langage du corps
Avant d'être un divertissement, la danse a été un langage : elle raconte, elle soigne, elle célèbre, elle enseigne. Et elle reste l'un des meilleurs ambassadeurs de la culture congolaise.
8-12 ans
Masques et sculptures : des objets qui ne sont pas de la décoration
Un masque kuba ou pende n'a pas été fait pour être accroché à un mur. Il avait une fonction, un moment, un porteur, et c'est en l'oubliant qu'on le comprend de travers.
8-12 ans
La peinture congolaise : une école qui parle aux gens
À Kinshasa, une peinture s'est développée qui raconte la vie quotidienne, la politique et l'histoire, souvent avec du texte écrit dans le tableau lui-même.
8-12 ans
Le conte et la tradition orale : une bibliothèque sans papier
Une société qui n'écrit pas n'est pas une société sans mémoire. Elle a développé d'autres techniques pour transmettre, et certaines sont d'une efficacité redoutable.
8-12 ans