Aller au contenu
Lobinayo Learning

Gengis Khan, fondateur de l’empire mongol

Au XIIIᵉ siècle, un orphelin des steppes de Mongolie a uni des tribus rivales et fondé le plus vaste empire d'un seul tenant de l'histoire. Ses conquêtes ont relié l'Asie et l'Europe comme jamais, et elles ont aussi causé des massacres à une échelle que ses contemporains n'avaient jamais connue.

13-18 ans

WhatsAppFacebook
Gengis Khan dans un album de portraits des empereurs mongols de Chine, peint au XIVe siècle, plus de cent ans après sa mort (musée du Palais national, Taipei).Auteur inconnu · Domaine public · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Temüdjin, que l'on connaît sous son titre de Gengis Khan (en mongol Chinggis Khaan), naît vers 1162, la date retenue en Mongolie ; certains historiens proposent 1155 ou 1167. Il voit le jour dans le nord-est de l'actuelle Mongolie, en Asie. Il meurt en 1227, pendant une campagne militaire dans le nord-ouest de l'actuelle Chine.

Il grandit dans les steppes, d'immenses plaines d'herbe au climat rude. Les Mongols y vivent en nomades : ils se déplacent avec leurs moutons, leurs chevaux, leurs chèvres, leurs yacks et leurs chameaux, et habitent des tentes rondes, les ger. Ils ne forment pas un peuple uni : des dizaines de tribus se font la guerre, s'allient et se trahissent.

Quand Temüdjin a environ neuf ans, son père, un petit chef, est assassiné par une tribu ennemie, les Tatars. Les partisans de la famille l'abandonnent. Sa mère, Hö'elün, élève ses enfants dans la misère, en leur apprenant à survivre dans un pays très dur.

Ce qu'il a accompli

  • Il unifie les tribus de Mongolie, ce que personne n'avait réussi. En 1206, une grande assemblée de nobles, le quriltai, lui donne le titre de Chinggis Khan.
  • Il bâtit une armée d'une organisation exceptionnelle, qui soumet une partie de la Chine du Nord et l'Asie centrale.
  • Il pose les bases du plus vaste empire d'un seul tenant de l'histoire, que ses fils et petits-fils étendront de la Corée à l'Europe de l'Est.
  • En 1204, il fait adapter l'écriture des Ouïghours à la langue mongole, qui ne s'écrivait pas encore.
  • Il pratique une large tolérance religieuse et protège marchands et artisans.
  • Il est aussi responsable de massacres de masse, surtout en Asie centrale et dans l'est de l'Iran actuel.

Comment

En tirant les leçons de la misère. Les années difficiles de son enfance le convainquent d'une chose : dans la steppe, personne ne survit sans alliés.

En s'alliant, puis en rompant. Il s'appuie sur Toghril, puissant chef des Kereyits et ancien frère juré de son père, et sur son propre frère juré, Jamuqa. Selon l'historien David Morgan, il se sert de ces alliés puis les écarte quand ils ne lui sont plus utiles, jusqu'à dominer toutes les tribus. De jeunes guerriers venus d'autres clans le rejoignent : ces compagnons, les nökör, deviendront ses généraux.

En brisant les tribus. Il se méfie de la fidélité qu'on doit à un chef de tribu. Quand un groupe le rejoint, il en disperse les membres dans plusieurs unités. La loyauté va désormais à lui, et non plus au clan.

En organisant. Son armée est construite sur le chiffre dix : des unités de 10, de 100, de 1 000 et de 10 000 hommes, dont les grands chefs lui sont liés personnellement. Chaque homme adulte est à la fois éleveur, chasseur et soldat : un cavalier archer. Une ruse revient souvent, la fausse retraite : ses cavaliers font mine de fuir pour attirer l'ennemi dans un piège.

En apprenant des autres. Les Mongols ne savent ni assiéger les villes ni gérer un État. Gengis Khan fait appel aux Ouïghours et aux Khitans, qui ont l'expérience de l'administration, puis à des spécialistes des sièges. Curieux, il fait même venir de Chine un sage taoïste, Changchun, parce qu'on lui a dit que celui-ci connaissait un élixir de longue vie.

En faisant la guerre pour le commerce, puis pour la vengeance. Contre les Tangoutes (1209) et contre la dynastie Jin de Chine du Nord (la région de l'actuelle Pékin est prise en 1215), il cherche d'abord à imposer de meilleures conditions d'échange. En Asie centrale, tout bascule : en 1218, le gouverneur de la ville d'Otrar fait massacrer une caravane de marchands venue de Mongolie, puis le souverain du Khwarezm fait exécuter un ambassadeur mongol. En 1219, Gengis Khan envahit la région. C'est sa campagne la plus destructrice.

Avec d'autres. Sa mère, qui a tenu la famille debout ; son épouse Börte, qu'il est allé délivrer avec ses alliés quand des pillards l'avaient enlevée ; ses quatre fils, dont Ögödei, qu'il choisit comme successeur ; ses généraux, venus de clans différents. Il ne laisse pourtant aucune règle claire de succession : l'empire, fondé sur la fidélité à un homme, se divise en plusieurs parties vers 1260.

Gengis Khan conseillant ses fils, miniature du Livre des merveilles de Marco Polo copié en France vers 1410.Atelier de Maître de la Mazarine · Domaine public · Wikimedia Commons

Ce que l'on sait, ce que l'on raconte

Les sources sûres sont peu nombreuses. La principale est l'Histoire secrète des Mongols, écrite en mongol par un auteur inconnu, sans doute en 1228 ou vers 1240, peu après sa mort. Elle mêle récit et légendes à sa gloire ; mais elle raconte aussi que le jeune Temüdjin a tué l'un de ses demi-frères, ce qui montre qu'elle n'est pas un simple éloge.

S'y ajoutent des historiens persans qui ont servi les Mongols, comme Juvaini et Rashid al-Din, et le récit du voyage du sage Changchun, écrit par l'un de ses disciples. Aucun portrait fait de son vivant n'a été conservé : toutes les images de Gengis Khan ont été peintes après sa mort.

On lui attribue souvent un code de lois écrit, le Yassa. Les historiens en discutent : pour David Morgan, rien ne prouve qu'un tel code écrit ait existé ; le droit mongol semble plutôt fait de coutumes et de décisions prises au cas par cas.

Sa mort a nourri des légendes. Selon l'une d'elles, ceux qui ont transporté son corps auraient tué tous les témoins, et des chevaux auraient piétiné la tombe pour l'effacer. On ne l'a jamais retrouvée.

Zones d'ombre et débats

Des massacres immenses. En Asie centrale et dans le Khorassan (partagé aujourd'hui entre l'Iran, l'Afghanistan et le Turkménistan), des villes entières sont détruites et leurs habitants tués. Des chroniqueurs de l'époque parlent de plus d'un million de morts pour une seule ville ; David Morgan rappelle que personne ne comptait et que ces chiffres ne doivent pas être pris à la lettre. Mais il ajoute que la mort et la destruction ont dépassé tout ce que les contemporains avaient connu. Les canaux d'irrigation abandonnés ont ruiné l'agriculture de la région pour longtemps.

La violence du pouvoir. Pour s'imposer, il fait tuer des rivaux, et une grande partie des Tatars, la tribu qui avait tué son père, est massacrée.

Deux mémoires opposées. En Iran, en Asie centrale, en Russie ou en Chine, les chroniques ont gardé le souvenir d'un destructeur. En Mongolie, il est le héros qui a fondé la nation. Les historiens de l'université Columbia invitent à tenir les deux : ne pas minimiser la brutalité des conquêtes, sans oublier ce qu'elles ont produit.

Un pont entre les continents ? Après les conquêtes, les routes d'Asie deviennent plus sûres pendant environ un siècle : on parle de « paix mongole ». Marchands, missionnaires et voyageurs circulent de la Chine à l'Europe. Mais cette paix a été bâtie sur des guerres qui ont coûté des millions de vies, et c'est surtout l'œuvre de ses successeurs.

Pourquoi on s'en souvient

Il est l'un des personnages les plus célèbres de l'histoire de l'Asie. En Mongolie, son visage figure sur les billets de banque, et sa mémoire est partout. Mais beaucoup de Mongols ne souhaitent pas qu'on cherche sa tombe, par respect pour sa volonté.

Son empire a changé le monde au-delà de l'Asie. Ses descendants ont régné sur la Chine, l'Iran et une partie de la Russie. Et c'est à l'époque mongole que Marco Polo, venu de Venise, et Ibn Battuta, venu du Maroc, ont pu voyager jusqu'en Chine.

Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui

  • Personne ne réussit seul. L'orphelin abandonné est devenu fort grâce à des alliés, puis grâce à des savoir-faire empruntés aux autres.
  • L'organisation compte autant que la force. Des unités claires et une loyauté personnelle ont fait la différence face à des armées plus nombreuses.
  • Apprendre de ceux qu'on ne connaît pas : écriture ouïghoure, administrateurs étrangers, sages chinois.
  • Admirer une réussite n'oblige pas à l'approuver. On peut étudier son génie d'organisateur sans oublier les villes rasées et leurs habitants.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Aucun portrait de Gengis Khan fait de son vivant n'a été conservé : toutes les images que l'on connaît de lui ont été peintes après sa mort.
  • La première écriture de la langue mongole est née sur son ordre, en 1204, à partir de l'alphabet des Ouïghours, un peuple turc d'Asie centrale.
  • Sa tombe n'a jamais été retrouvée, et beaucoup de Mongols ne souhaitent pas qu'on la cherche, par respect pour sa volonté de rester caché.

Cette fiche t’a plu ? Partage-la avec tes amis ou ta classe.

WhatsAppFacebook

Teste ce que tu viens de lire

Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.

À lire ensuite

Hatchepsout, pharaon de l’Égypte ancienne

Il y a environ 3 500 ans, une femme a régné sur l'Égypte avec tous les titres d'un pharaon, pendant une vingtaine d'années, en bâtissant et en commerçant plus qu'en faisant la guerre. Après sa mort, son nom a été effacé de nombreux monuments, et les historiens discutent encore des raisons.

8-12 ans

Ashoka, empereur maurya de l’Inde ancienne

Au IIIᵉ siècle avant notre ère, l'empereur indien Ashoka a fait graver sur la pierre qu'il regrettait les morts d'une guerre qu'il avait gagnée, puis il a demandé à ses sujets la tolérance et le respect de la vie. Les historiens rappellent qu'il n'a pas renoncé pour autant à la force de l'État, ni rendu le pays conquis.

13-18 ans

Cléopâtre VII, dernière reine de l’Égypte ptolémaïque

Cléopâtre VII a gouverné l'Égypte pendant plus de vingt ans, au Iᵉʳ siècle avant notre ère, en parlant de nombreuses langues et en négociant avec les maîtres de Rome pour garder son royaume. Presque tout ce qu'on raconte d'elle vient pourtant de ses ennemis romains, et les historiens trient avec soin la légende et les faits.

8-12 ans

Amanirenas, reine de Koush face à Rome

Vers 25 avant notre ère, Amanirenas, reine du royaume africain de Koush, au Soudan actuel, a attaqué l'Égypte devenue romaine, résisté à la riposte, puis obtenu de l'empereur Auguste une paix favorable. On connaît cette guerre surtout par un auteur grec du camp romain, et la langue de Koush, elle, reste mal comprise.

8-12 ans

Hypatie, mathématicienne et philosophe d’Alexandrie

À Alexandrie, vers l'an 400, Hypatie a enseigné les mathématiques, l'astronomie et la philosophie à des élèves venus de loin, et elle était écoutée des dirigeants de la ville, chose rare pour une femme. Assassinée en 415 dans une lutte de pouvoir, elle est devenue une légende, et les historiens s'efforcent de séparer ce que l'on sait de ce qu'on lui a fait dire.

13-18 ans

Murasaki Shikibu, autrice japonaise du Dit du Genji

Il y a mille ans, à la cour impériale du Japon, une femme a écrit le Dit du Genji, un très long récit que beaucoup de spécialistes comptent parmi les premiers romans du monde. Elle avait appris en cachette une langue réservée aux garçons ; on ne connaît pourtant ni son vrai nom ni ses dates exactes.

8-12 ans