Une famille de marchands
Marco Polo naît en 1254 à Venise, une riche république marchande d'Italie, dont les navires relient la Méditerranée aux routes de l'Orient.
Son père, Niccolò, et son oncle, Maffeo, sont marchands de bijoux et de soie. Ils partent vers l'est l'année de sa naissance, restent bloqués trois ans à Boukhara, en Asie centrale, à cause d'une guerre, puis atteignent en 1266 la cour de Kubilai Khan, le souverain des Mongols, qui achève la conquête de la Chine.
Le voyage
En 1271, Marco a 17 ans. Il repart vers l'Asie avec son père et son oncle. Le voyage par la terre dure environ trois ans et demi : le Moyen-Orient, la Perse (l'Iran actuel), les déserts d'Asie centrale, dont le désert de Gobi, le long de ce qu'on appellera plus tard les routes de la soie. Pour en savoir plus : les routes commerciales.
Vers 1275, ils arrivent à Shangdu, le palais d'été de Kubilai Khan, au nord de la Chine.
Au service du Grand Khan
Marco Polo reste environ dix-sept ans en Chine. Il raconte que l'empereur l'a envoyé en mission dans différentes régions de l'empire.
Dans son livre, il décrit des choses que les Européens de son temps ne connaissent pas :
- l'argent en papier, et même la manière de le fabriquer avec l'écorce du mûrier ;
- des « pierres noires » qui brûlent mieux que le bois : le charbon ;
- la production de sel et les pièces de sel utilisées comme monnaie dans certaines régions ;
- des villes immenses, comme Hangzhou.
Le retour
En 1292, les Polo obtiennent de repartir. Ils accompagnent une princesse mongole promise à un khan de Perse. Une flotte de quatorze navires quitte le port de Quanzhou et atteint la Perse dix-huit mois plus tard. Puis ils rentrent par la terre et arrivent à Venise en 1295, après vingt-quatre ans d'absence.
Un livre né en prison
Peu après son retour, Marco Polo est fait prisonnier pendant une guerre entre Venise et sa rivale, la ville de Gênes. En prison, il rencontre Rustichello de Pise, un écrivain de romans de chevalerie. Marco raconte, Rustichello écrit. Le livre paraît vers 1298, en français de l'époque. On l'appelle Le Devisement du monde, c'est-à-dire « la description du monde », et en Italie Il Milione.
Le manuscrit original est perdu. Il reste de nombreuses copies, souvent différentes les unes des autres, car chaque copiste ajoutait ou retirait des passages.
Marco Polo meurt à Venise en janvier 1324.
Comment il y est arrivé
- Grâce à sa famille. Son père et son oncle connaissaient la route, les dangers et l'empereur lui-même. Marco a hérité de leur expérience.
- Dans un empire ouvert aux étrangers. Les Mongols employaient des gens venus de partout : des constructeurs de navires coréens, des ingénieurs perses, des médecins indiens, des fonctionnaires arabes. Un jeune Vénitien pouvait y trouver sa place.
- En observant. Ses descriptions de la monnaie de papier et du sel ont été confirmées, des siècles plus tard, par des documents chinois.
- Grâce à une rencontre. Sans la prison et sans Rustichello, il n'y aurait sans doute pas eu de livre.
Ce que la légende oublie
- Il n'était pas le premier. Son père et son oncle avaient fait le voyage avant lui, et beaucoup d'étrangers vivaient à la cour mongole.
- Il exagère. Le livre affirme qu'il a gouverné la ville de Yangzhou pendant trois ans, mais les archives de la ville ne mentionnent aucun Marco Polo. Il prétend aussi que les Polo ont fourni les machines de siège qui ont permis de prendre la ville de Xiangyang : or ce siège s'est terminé en 1273, avant leur arrivée, et les machines avaient été construites par des ingénieurs perses. Il parle de 12 000 ponts à Hangzhou, alors qu'un voyageur plus tardif n'en a compté que quelques centaines.
- Il oublie des choses frappantes. Le livre ne parle ni de la Grande Muraille, ni du thé, ni des baguettes, ni de l'imprimerie chinoise. En 1995, l'historienne Frances Wood en a tiré un livre qui soutient qu'il n'est jamais allé en Chine.
- Mais la plupart des historiens pensent qu'il y est bien allé. Il vivait surtout parmi les Mongols, qui n'avaient pas toutes les coutumes chinoises. En 2012, le sinologue Hans Ulrich Vogel, de l'université de Tübingen, en Allemagne, a montré que ses descriptions de la monnaie, du sel et des impôts correspondent à des sources chinoises qu'il ne pouvait pas avoir lues en Europe.
Conclusion : son livre mélange ce qu'il a vu, ce qu'on lui a raconté et ce qu'il a embelli. C'est une source précieuse, à condition de la lire avec un esprit critique.
Ce qu'il a laissé
- L'image de l'Asie en Europe pendant des siècles, avec ses richesses et ses merveilles.
- Un rêve qui a poussé d'autres à partir. Christophe Colomb possédait un exemplaire du livre, annoté de sa main, et voulait atteindre les pays qu'il décrit.
- Une leçon de lecture. Un témoignage peut être à la fois vrai sur l'essentiel et faux sur des détails : le travail de l'historien consiste à les démêler.
Le savais-tu ?
- Le livre de Marco Polo décrit l'argent en papier utilisé en Chine, inconnu des Européens de son époque, et explique qu'on le fabriquait avec l'écorce du mûrier.
- Christophe Colomb possédait un exemplaire du livre de Marco Polo, couvert de notes dans les marges ; il est conservé à Séville, en Espagne.
- Son livre est né en prison : il l'a raconté à un compagnon de captivité, Rustichello de Pise, un écrivain de romans de chevalerie.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
Marie Curie, la chercheuse aux deux prix Nobel
Elle a découvert deux éléments chimiques, compris que certains atomes émettent des rayons par eux-mêmes, et reçu deux prix Nobel. Rien ne lui a été donné : ni le droit d'étudier, ni un vrai laboratoire, ni la reconnaissance de tous ses collègues.
8-12 ans
Imhotep, l'architecte de la première pyramide
Il y a environ 4 600 ans, en Égypte, Imhotep a dirigé la construction de la pyramide à degrés de Saqqarah, le premier grand monument entièrement bâti en pierre. Plus tard, on a fait de lui un dieu de la médecine, mais ce qui est prouvé, c'est son travail d'architecte, mené par essais successifs.
8-12 ans
Cai Lun, le papier fait de chiffons et de vieux filets
En l'an 105, en Chine, un haut fonctionnaire du palais nommé Cai Lun présente à l'empereur une façon de fabriquer du papier avec de l'écorce, des chiffons et de vieux filets de pêche. Il n'a pas inventé le papier à partir de rien, mais il l'a rendu bon marché et facile à produire, et c'est ce papier qui a fait le tour du monde.
8-12 ans
Al-Khwarizmi, le savant qui a donné son nom aux algorithmes
Au IXe siècle, à Bagdad, le mathématicien al-Khwarizmi écrit un livre pour résoudre pas à pas des problèmes d'héritage, de partage et de mesure des terres : son titre nous a donné le mot « algèbre ». Un autre de ses livres a fait connaître les chiffres venus d'Inde, et son nom, déformé en latin, est devenu le mot « algorithme ».
13-18 ans
Ibn al-Haytham, le savant qui a mis la lumière à l'épreuve
Il y a mille ans, entre Bassora et Le Caire, Ibn al-Haytham a montré que nous voyons parce que la lumière entre dans nos yeux, et non parce que nos yeux lancent des rayons. Surtout, il a voulu vérifier chaque idée par l'expérience, une exigence qui annonce la science moderne.
13-18 ans
Johannes Gutenberg, des lettres de métal pour imprimer des livres
Vers 1450, à Mayence, en Allemagne, Johannes Gutenberg met au point un système complet pour imprimer des livres avec des lettres de métal qu'on assemble et qu'on réutilise à volonté. Il n'était pas le premier à imprimer, la Chine et la Corée l'avaient précédé, mais son procédé a changé la façon dont les idées circulent, en Europe puis dans le monde.
8-12 ans