L'histoire
Bien avant les livres, les écrans et même l'écriture, les humains se racontaient des histoires. Autour d'un feu, dans une cour, sous un arbre à palabres ou au coin d'une cheminée, une voix commençait : « Il était une fois… ». En Afrique centrale, un conteur lance parfois une formule à laquelle le public répond ; en Russie, beaucoup de contes commencent par « Dans un certain royaume, dans un certain pays… » ; en arabe, par « Il y avait, ou il n'y avait pas… ».
Ces histoires passaient de bouche à oreille, de génération en génération. Chaque conteur changeait un détail, ajoutait un personnage, adaptait le décor à son pays. Puis, un jour, des écrivains et des savants ont eu l'idée de les écrire : c'est grâce à eux que nous lisons encore Ésope, Perrault, les frères Grimm ou Andersen.
Fable, conte, légende : trois familles
La fable est une histoire courte, souvent avec des animaux qui parlent, et elle se termine par une morale, une leçon dite en une phrase. Le corbeau, le renard, la cigale et la fourmi viennent des fables. Les plus célèbres sont celles du Grec Ésope, il y a environ 2 600 ans, et du Français Jean de La Fontaine, au XVIIe siècle.
Le conte raconte des aventures dans un monde où la magie est possible : fées, ogres, sorcières, objets enchantés. Il commence souvent par « Il était une fois » et finit bien pour le héros, du moins dans les versions qu'on raconte aux enfants. Cendrillon, le Petit Poucet ou Aladin sont des héros de contes.
La légende part d'un lieu ou d'un personnage qui a peut-être existé, et l'embellit : Robin des Bois dans sa forêt, le joueur de flûte de la ville allemande de Hamelin.
D'où vient ce récit
Les grands récits du monde ont été mis par écrit à des époques très différentes :
- vers le VIe siècle avant notre ère, les fables attribuées à Ésope, en Grèce ;
- il y a plus de 1 500 ans, le Panchatantra, un recueil de fables indien, traduit ensuite en persan puis en arabe sous le nom de Kalila et Dimna ;
- au Moyen Âge, les contes des Mille et Une Nuits, en arabe, traduits en français par Antoine Galland à partir de 1704 ;
- en 1668, les premières Fables de La Fontaine ; en 1697, les contes de Charles Perrault ;
- en 1812, le premier tome des contes des frères Grimm, en Allemagne ; à partir de 1835, ceux du Danois Hans Christian Andersen.
En Afrique, une très grande partie des contes est restée orale plus longtemps : les griots, les conteuses et les anciens en étaient les gardiens. Beaucoup ont été notés aux XIXe et XXe siècles, parfois par des écrivains africains eux-mêmes, comme le Malien Amadou Hampâté Bâ ou le Sénégalais Birago Diop.
Ce que dit ce récit
Pourquoi raconte-t-on des contes aux enfants ? Pour plusieurs raisons à la fois :
- apprendre sans sermon : la morale d'une fable se retient mieux qu'un conseil ;
- avoir peur sans danger : le loup et l'ogre permettent de penser au danger, bien au chaud ;
- rire des puissants : dans beaucoup de contes, le petit et le rusé l'emportent sur le grand et le fort ;
- transmettre une culture : une langue, des coutumes, des valeurs.
Attention : les vieux contes sont parfois cruels. Les versions d'origine des Grimm ou de Perrault contiennent des passages violents. Dans cette rubrique, ces passages sont racontés avec douceur, et chaque fiche dit quand une version a été adoucie.
Ses cousins dans le monde
Le plus étonnant, c'est que les mêmes histoires se retrouvent sur des continents très éloignés. Les chercheurs ont classé les contes du monde en types : une liste internationale, commencée par le Finlandais Antti Aarne en 1910 et complétée par l'Allemand Hans-Jörg Uther en 2004, en compte plus de 2 000. Cendrillon, par exemple, porte le numéro 510A, et on lui connaît des versions en Chine, en Grèce antique, en Irlande, aux Philippines et chez les Zuñi d'Amérique du Nord.
Ces ressemblances ont deux explications possibles, qui ne s'excluent pas : les histoires voyagent avec les marchands, les marins et les soldats ; et des peuples qui ne se sont jamais rencontrés inventent parfois des récits voisins, parce qu'ils ont les mêmes peurs et les mêmes rêves.
Pour aller plus loin
- Le conte et la tradition orale, pour comprendre comment on transmet sans écrire.
- Les mythologies : raconter le monde, la différence entre un mythe et un conte.
- Anansi, l'araignée conteuse, le grand héros des contes d'Afrique de l'Ouest.
- Le Corbeau et le Renard et Cendrillon, pour commencer.
Le savais-tu ?
- En 1893, la chercheuse anglaise Marian Roalfe Cox a publié un livre entier consacré à Cendrillon : elle y réunissait 345 versions du conte venues de nombreux pays.
- Les exemplaires de travail des frères Grimm, couverts de leurs notes à la main, sont inscrits depuis 2005 au registre « Mémoire du monde » de l'UNESCO, comme des trésors de l'humanité.
- Le mot « fable » vient du latin *fabula*, qui voulait dire « récit » ou « ce que l'on raconte ».
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À lire ensuite
Le Lièvre et la Tortue : rien ne sert de courir
Un lièvre, l'animal le plus rapide de la campagne, perd une course contre une tortue. Cette fable d'Ésope, mise en vers par La Fontaine, est connue dans le monde entier, et l'Afrique, l'Asie et les Amériques en ont leurs propres versions.
8-12 ans
La Cigale et la Fourmi : chanter l’été, avoir faim l’hiver
La cigale a chanté tout l'été ; l'hiver venu, elle n'a rien à manger et va demander de l'aide à la fourmi, qui refuse. C'est la première fable du premier livre de La Fontaine, reprise d'Ésope, et l'une des plus discutées : la fourmi a-t-elle raison ?
8-12 ans
Le Corbeau et le Renard : gare aux flatteurs
Un renard fait tomber le fromage d'un corbeau en lui faisant des compliments. C'est sans doute la fable la plus récitée dans les écoles de langue française, de Kinshasa à Montréal, et elle est bien plus ancienne que La Fontaine.
8-12 ans
Le Garçon qui criait au loup : le menteur qu’on ne croit plus
Un jeune berger s'amuse à crier « Au loup ! » pour faire accourir les villageois. Le jour où le loup vient vraiment, plus personne ne le croit. Cette fable d'Ésope a donné une expression que l'on emploie en français comme en anglais.
8-12 ans
Le Laboureur et ses enfants : le trésor caché dans le champ
Avant de mourir, un vieux paysan dit à ses fils qu'un trésor est caché dans leur champ. Ils retournent toute la terre et ne trouvent pas d'or, mais leur récolte est la plus belle de toutes. La Fontaine a fait de cette fable d'Ésope un éloge du travail.
8-12 ans
Le Loup et l’Agneau : la raison du plus fort
Un loup affamé accuse un agneau de fautes impossibles, puis le mange sans jugement. Avec cette fable, La Fontaine ne donne pas un conseil : il dénonce l'injustice des puissants, et sa première phrase est devenue un proverbe ironique.
8-12 ans