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Turquie
République de Turquie
La Turquie s'étend sur deux continents : la presque totalité de son territoire occupe l'Anatolie, en Asie de l'Ouest, et une petite partie se trouve en Europe, de l'autre côté des détroits. Elle contrôle le seul passage maritime entre la mer Noire et la Méditerranée, ce qui a fait sa place dans l'histoire depuis Troie jusqu'à aujourd'hui. On y a fouillé les plus anciens monuments de pierre connus, à Göbekli Tepe, bâtis avant même que l'on cultive la terre.
Capitale : Ankara
Lis la fiche, puis le quizHistoire
Avant l'agriculture : Göbekli Tepe
- Vers 9500 avant notre ère : sur une colline du sud-est, à Göbekli Tepe, des groupes de chasseurs-cueilleurs dressent des cercles de piliers de calcaire en forme de T, hauts de plusieurs mètres, sculptés de renards, de sangliers, de serpents et de vautours. Cela précède de plus de mille ans l'agriculture, la poterie et la métallurgie : on croyait que les grands monuments venaient après les villages agricoles, et ce site a obligé à revoir cet ordre. Il est inscrit au patrimoine mondial depuis 2018.
- Vers 7100-5700 avant notre ère : Çatalhöyük, en Anatolie centrale, est une agglomération de maisons de brique crue collées les unes aux autres, sans rues : on y circulait sur les toits et on entrait par une échelle. Plusieurs milliers de personnes y vivaient, avec des peintures murales et des morts enterrés sous le sol des maisons.
- Vers 3000-1200 avant notre ère : Troie est occupée en couches successives au débouché des Dardanelles ; les Hittites, depuis Hattousa, bâtissent un empire qui traite d'égal à égal avec l'Égypte. Le traité conclu vers 1259 avant notre ère après la bataille de Qadesh est le plus ancien traité de paix dont on possède le texte des deux parties.
Grecs, Romains, Byzance
- VIIIe-VIe siècle avant notre ère : des cités grecques s'installent sur les côtes égéenne et pontique. À Milet et Éphèse naissent les premiers philosophes de la nature ; le roi Crésus, en Lydie, fait frapper au VIe siècle les premières pièces de monnaie d'un métal garanti par un État.
- 334-133 avant notre ère : conquête par Alexandre, puis partage entre royaumes hellénistiques ; Rome s'installe progressivement.
- 330 : l'empereur Constantin fait de Byzance sa capitale sous le nom de Constantinople. Elle reste pendant plus de mille ans la capitale de l'Empire romain d'Orient, dit byzantin. 537 : achèvement de Sainte-Sophie, dont la coupole de 31 mètres de diamètre restera un record pendant des siècles.
- 1071 : la bataille de Manzikert ouvre l'Anatolie aux Turcs seldjoukides, venus d'Asie centrale. La langue turque s'y installe.
- 1204 : Constantinople est prise et pillée par la quatrième croisade.
L'Empire ottoman
- Vers 1299 : un petit émirat turc fondé par Osman commence son expansion. 1326 : prise de Bursa ; 1361 : Edirne.
- 29 mai 1453 : Mehmed II prend Constantinople après un siège de cinquante-trois jours, en employant une artillerie de gros calibre. La ville devient la capitale ottomane ; Sainte-Sophie est transformée en mosquée. La date sert souvent de repère pour la fin du Moyen Âge.
- XVIe siècle : sous Soliman, l'empire va de Budapest à Bagdad et de l'Algérie à la mer Rouge. L'architecte Sinan construit des dizaines de mosquées dont celle de Selimiye à Edirne. L'empire abrite côte à côte musulmans, chrétiens orthodoxes et arméniens, et juifs, dont ceux expulsés d'Espagne en 1492, organisés en communautés reconnues.
- XVIIIe-XIXe siècle : reculs territoriaux successifs, réformes administratives, premières constitutions, endettement auprès des banques européennes.
- 1915-1916 : déportations et massacres des Arméniens ottomans, qui causent la mort de plusieurs centaines de milliers à plus d'un million de personnes. De nombreux États et historiens qualifient ces faits de génocide ; l'État turc conteste cette qualification. Assyriens et Grecs pontiques subissent également des massacres et des déportations.
- 1914-1918 : l'Empire ottoman entre en guerre aux côtés de l'Allemagne. La bataille des Dardanelles (1915-1916) fait des centaines de milliers de victimes.
La république
- 1919-1922 : après la défaite et l'occupation d'une partie du territoire, une guerre d'indépendance est menée depuis l'Anatolie sous la direction de Mustafa Kemal.
- 1923 : le traité de Lausanne fixe les frontières ; la république est proclamée le 29 octobre, avec Ankara pour capitale. Suit un échange forcé de populations entre la Grèce et la Turquie qui déplace plus d'un million et demi de personnes.
- 1924-1934 : le califat est aboli, l'État devient laïque, l'alphabet latin remplace l'écriture arabe pour noter le turc (1928), le droit civil est refondu, les femmes obtiennent le droit de vote aux élections nationales en 1934.
- 1945-1952 : la Turquie est membre fondateur des Nations unies puis entre dans l'OTAN.
- 1960, 1971, 1980, 1997 : interruptions du régime civil par l'armée. 1974 : intervention à Chypre, dont le nord reste depuis sous administration séparée. Un conflit armé oppose l'État à des organisations kurdes depuis 1984.
- 1987 : demande d'adhésion aux Communautés européennes ; les négociations, ouvertes en 2005, sont aujourd'hui arrêtées. 2016 : tentative de coup d'État.
Géographie
Un pont, deux détroits, et une mer intérieure
Le territoire turc tient d'un côté la péninsule anatolienne, de l'autre une avancée en Europe, la Thrace orientale. Entre les deux passe un couloir d'eau en trois parties : le Bosphore, large par endroits de moins de 700 mètres, la petite mer de Marmara, puis les Dardanelles.
Ce couloir est unique au monde : c'est la seule sortie de la mer Noire, et donc le seul accès à la haute mer pour plusieurs pays riverains. Tout ce qui entre ou sort de la mer Noire par bateau passe par Istanbul, seule grande ville bâtie à cheval sur deux continents. Une convention signée à Montreux en 1936 fixe encore aujourd'hui les règles de ce passage.
Le pays est en outre bordé par quatre mers : la mer Noire au nord, la Marmara, la mer Égée à l'ouest et la Méditerranée au sud.
Un plateau bordé de chaînes
L'Anatolie est un haut plateau que des montagnes enferment comme un cadre :
- au nord, les monts Pontiques longent la mer Noire ; leur versant maritime est le plus arrosé du pays, couvert de forêts, de plantations de thé et de noisetiers, dont la Turquie est le premier producteur mondial ;
- au sud, le Taurus sépare le plateau d'une côte méditerranéenne étroite, chaude, plantée d'agrumes, de coton et de serres ;
- à l'est, tout se soulève : c'est un haut pays de volcans et de lacs, où se dresse l'Ararat (5 137 m), et d'où partent le Tigre et l'Euphrate ;
- au centre, un plateau sec de steppes et de champs de céréales, autour d'Ankara et du lac salé de Tuz, avec des hivers froids.
En Cappadoce, des couches de cendres volcaniques tendres ont été creusées par la pluie en cheminées coniques, puis par les habitants en églises, maisons et villes souterraines entières : un paysage inscrit au patrimoine mondial en 1985.
Un pays qui tremble
La Turquie est traversée d'est en ouest par la faille nord-anatolienne, longue de plus de 1 500 km, le long de laquelle la plaque anatolienne glisse vers l'ouest de deux à trois centimètres par an. Ce mouvement se libère par à-coups, et chaque à-coup est un séisme. Une seconde grande faille, dite est-anatolienne, court du nord-est au sud-ouest dans le sud du pays.
Les séismes majeurs sont documentés depuis l'Antiquité : Izmit en 1999, puis, le 6 février 2023, deux secousses de magnitude 7,8 et 7,5 dans le sud-est, qui ont fait plus de cinquante mille morts en Turquie et en Syrie. Les règles de construction et leur application sont depuis un sujet public permanent.
Ces mêmes mouvements du sous-sol donnent au pays beaucoup de sources chaudes ; à Pamukkale, une eau chargée de calcaire a formé en terrasses blanches une cascade solide.
Ce que le pays produit
L'agriculture turque est l'une des plus variées du bassin méditerranéen : blé, noisettes, abricots secs, figues, olives, thé, coton, tomates. L'industrie fournit automobiles, électroménager, acier, ciment, textile. Le pays est un grand carrefour de gazoducs, et ses barrages sur le Tigre et l'Euphrate produisent son électricité tout en réduisant le débit qui parvient à la Syrie et à l'Irak, ce qui fait l'objet de négociations difficiles. Le tourisme est l'une des premières sources de devises.
Culture
Une langue qui empile les suffixes
Le turc est une langue turcique, sans parenté avec l'arabe ni avec les langues indo-européennes. Il fonctionne par agglutination : à une racine, on ajoute des suffixes à la file, chacun ajoutant un sens, si bien qu'un seul mot peut dire ce que le français dit en une proposition entière. Il n'a pas de genre grammatical et ses voyelles s'accordent entre elles dans le mot. Depuis 1928, il s'écrit avec un alphabet latin adapté, qui ajoute les lettres ç, ş, ğ, ö, ü et un i sans point.
Ce que le pays a donné au monde
- Les premières pièces de monnaie frappées par un État, en Lydie au VIe siècle avant notre ère.
- Une architecture de la coupole : Sainte-Sophie a servi de modèle et de défi aux bâtisseurs pendant mille ans, et les mosquées de Sinan restent étudiées comme des chefs-d'œuvre d'équilibre.
- Le café préparé à la turque, bouilli avec sa mouture très fine dans un petit pot de cuivre, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Les premières maisons de café publiques ouvrent à Istanbul au XVIe siècle, et de là l'usage gagne le reste du monde ; le mot « kiosque » vient aussi du turc.
- Une cuisine de partage : meze servis en petites assiettes, brochettes, aubergines fumées, bourek feuilletés, yaourt (le mot lui-même est turc), baklava, loukoum, et le simit, couronne de pain au sésame vendue dans la rue.
- Le mehter, orchestre militaire ottoman à tambours, cymbales et hautbois, dont les fanfares ont marqué la musique européenne : Mozart et Beethoven ont écrit des « marches turques » d'après ce qu'ils en entendaient.
- Les tulipes : cultivées dans les jardins ottomans, elles gagnent les Pays-Bas au XVIe siècle, où elles déclenchent la première bulle spéculative connue.
- Le sema des derviches tourneurs de Konya, cérémonie issue de l'enseignement de Rumi, et le théâtre d'ombres Karagöz.
- En littérature, Nazim Hikmet, Yachar Kemal, Orhan Pamuk (prix Nobel 2006) et la poétesse Gülten Akin sont traduits dans le monde entier.
Le tapis, le carreau et le marbre
Les tapis d'Anatolie, aux motifs géométriques, apparaissent dans les tableaux européens dès le XVe siècle, signe de leur circulation. À Iznik, les ateliers de céramique mettent au point aux XVIe et XVIIe siècles un rouge et un bleu qui couvrent les murs des mosquées. Les sites antiques d'Éphèse, Aphrodisias, Pergame et Hiérapolis conservent des théâtres, des bibliothèques et des rues de marbre que l'on visite toujours.
Le quiz : Turquie
5 questions sur ce que tu viens de lire. 4 bonnes réponses valident le pays et posent son tampon dans ton passeport.