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Paraguay
République du Paraguay
Le Paraguay est l'un des deux pays d'Amérique du Sud sans accès à la mer, et il est coupé en deux par le fleuve qui lui donne son nom : à l'est une région verte où vit presque toute la population, à l'ouest le Chaco, presque vide. C'est le seul pays du continent où une langue autochtone, le guarani, est parlée par la majorité des habitants et officielle à l'égal de l'espagnol. Le barrage d'Itaipu, partagé avec le Brésil, lui donne une électricité presque entièrement d'origine hydraulique.
Capitale : Asuncion
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Les Guaranis
Les peuples de langue guarani occupaient une très large partie du bassin de la Plata, de l'actuel Paraguay au sud du Brésil et au nord-est de l'Argentine. Ils cultivaient le manioc, le maïs et la patate douce sur des parcelles ouvertes en forêt, vivaient en grandes maisons collectives et se déplaçaient en pirogue sur les fleuves. Leur langue s'est diffusée comme langue d'échange bien au-delà de leur territoire d'origine : c'est ce qui explique sa place aujourd'hui.
1537-1811 : Asuncion et les missions
- 15 août 1537 : fondation d'Asuncion, qui devient pour un temps la base des expéditions espagnoles vers l'intérieur du continent, on l'a surnommée « mère des villes » du bassin.
- La colonie est pauvre en métaux : les Espagnols s'y établissent par alliances et unions avec les familles guaranies, et la société devient bilingue. C'est l'origine de la situation linguistique actuelle.
- 1609-1767 : les missions jésuites rassemblent des dizaines de milliers de Guaranis dans une trentaine de villages autonomes (reducciones), organisés autour d'une place, d'une église et d'ateliers. On y imprime des livres en guarani, on y fabrique des instruments de musique, on y forme des sculpteurs et des musiciens. Ces villages résistent aussi aux expéditions d'esclavagistes venues de São Paulo, les bandeirantes. L'expulsion des jésuites en 1767 les disperse. Les ruines de Trinidad et de Jesús de Tavarangüé sont inscrites au patrimoine mondial depuis 1993.
- 14-15 mai 1811 : indépendance, obtenue sans grande bataille.
1864-1870 : la guerre de la Triple Alliance
De 1814 à 1840, le pays vit fermé sur lui-même sous José Gaspar Rodríguez de Francia, puis s'industrialise sous Carlos Antonio López et son fils Francisco Solano López : fonderie, arsenal, télégraphe, premier chemin de fer de la région.
En 1864 s'ouvre la guerre de la Triple Alliance, qui oppose le Paraguay au Brésil, à l'Argentine et à l'Uruguay. Elle dure jusqu'au 1er mars 1870, date de la mort de Solano López à Cerro Corá.
C'est la guerre la plus meurtrière de l'histoire de l'Amérique du Sud. Les estimations des pertes paraguayennes varient beaucoup selon les historiens, mais toutes concluent à une perte démographique d'une ampleur exceptionnelle, une part considérable de la population, et une proportion encore plus forte des hommes adultes. Le pays perd aussi une grande partie du territoire qu'il revendiquait, au profit du Brésil et de l'Argentine. Pendant des décennies, la reconstruction repose largement sur les femmes ; l'expression « pays des femmes » a longtemps désigné le Paraguay d'après-guerre.
1932-1989
- 1932-1935 : guerre du Chaco contre la Bolivie. Des dizaines de milliers de morts des deux côtés, autant par la soif et la maladie que par les combats. Le traité de 1938 attribue au Paraguay la majeure partie du Chaco disputé.
- 4 mai 1954 - 3 février 1989 : dictature d'Alfredo Stroessner, la plus longue d'Amérique du Sud au XXe siècle. Elle s'accompagne d'une répression documentée, de la construction d'Itaipu et de l'arrivée de colons agricoles brésiliens dans l'est du pays. Le régime participe à l'opération Condor, la coordination des polices politiques du Cône sud.
- 1989 : Stroessner est renversé par un coup d'État militaire ; le pays engage une transition.
- 20 juin 1992 : une nouvelle Constitution est adoptée. Elle fait du guarani une langue officielle à égalité avec l'espagnol.
- 22 décembre 1992 : dans un commissariat de la banlieue d'Asuncion, un juge et des militants découvrent plusieurs tonnes de dossiers de la police politique, les « Archives de la terreur ». Ils documentent les arrestations, les interrogatoires et les échanges de prisonniers entre plusieurs pays dans le cadre de l'opération Condor. Ces documents ont servi de preuves dans des procès en Argentine, au Chili, en Espagne et en Italie, et ils sont inscrits depuis 2009 au registre de la Mémoire du monde de l'UNESCO.
Géographie
Un fleuve qui coupe le pays en deux
Le fleuve Paraguay traverse le pays du nord au sud et le partage en deux moitiés qui ne se ressemblent pas.
- À l'est, la région orientale : environ 40 % du territoire, des collines basses, des sols rouges fertiles, les restes de la forêt atlantique, et la très grande majorité des habitants. Asuncion, Ciudad del Este et les zones de culture du soja s'y trouvent.
- À l'ouest, le Chaco boréal : environ 60 % du territoire pour une part très faible de la population. Une plaine d'épineux presque sans relief, où l'eau douce manque une partie de l'année et où l'on relève les températures les plus élevées d'Amérique du Sud, parfois au-delà de 45 °C. On y élève du bétail sur de très grandes exploitations ; y vivent aussi des peuples autochtones, Ayoreo, Nivaclé, Enlhet, dont certains groupes restent en isolement volontaire, et des colonies mennonites installées à partir de 1927.
Le pays est ainsi l'un de ceux où l'écart de peuplement entre deux moitiés du territoire est le plus fort au monde.
Le point culminant, le Cerro Tres Kandú, ne dépasse pas 842 m : le Paraguay n'a ni montagne, ni littoral, ni désert véritable.
Sans mer, mais avec des fleuves
Comme la Bolivie, le Paraguay n'a pas d'accès à l'océan. Il exporte par les fleuves : le Paraguay rejoint le Paraná, qui rejoint le Río de la Plata et la mer à Buenos Aires et Montevideo. Le pays possède l'une des plus grandes flottes de barges fluviales du monde rapportée à sa taille, parce que tout ce qu'il vend, soja, maïs, viande, descend par l'eau.
Au sud-est, les zones humides du Ñeembucú et l'Ypoá forment de vastes marécages. Sous le sol de l'est s'étend une partie de l'aquifère Guarani, l'une des plus grandes réserves d'eau douce souterraine de la planète, partagée avec le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay.
Itaipu
Sur le Paraná, à la frontière brésilienne, le barrage d'Itaipu a été construit entre 1975 et 1982 et mis en service en 1984. Ses turbines totalisent 14 000 mégawatts ; il a longtemps été la plus grande centrale du monde par la production annuelle d'électricité, et il reste parmi les toutes premières.
Il est détenu à parts égales par les deux pays, chacun ayant droit à la moitié de l'énergie. Mais le Paraguay consomme beaucoup moins que sa part : il revend l'essentiel au Brésil. Les conditions de cette vente, fixées par un traité de 1973 et renégociées en 2023-2024, sont depuis cinquante ans l'un des sujets les plus discutés de la vie politique paraguayenne. Résultat pour les habitants : l'électricité du pays est presque intégralement d'origine hydraulique.
Le barrage de Yacyretá, plus au sud, est partagé de la même façon avec l'Argentine.
Culture
Une langue autochtone parlée par la majorité
Le guarani est un cas sans équivalent sur le continent : ce n'est pas seulement la langue d'un peuple autochtone, c'est la langue quotidienne de la majorité des Paraguayens, toutes origines confondues. On l'entend à la radio, au marché, à l'école, au tribunal, à la télévision ; des millions de personnes passent d'une langue à l'autre dans la même phrase, ce qu'on appelle le jopara, « le mélange ».
Le guarani a laissé sa marque dans les langues du monde entier sans qu'on le sache toujours : jaguar, ananas, tapir, piranha, toucan, maracas, tapioca et jacaranda viennent du guarani ou de langues voisines de la même famille.
Ce que le Paraguay a mis dans les verres et les tasses
- La yerba mate, arbuste de la forêt atlantique dont les Guaranis préparaient l'infusion bien avant l'arrivée des Européens. Le Paraguay la boit surtout froide et glacée, le *tereré, souvent avec des plantes médicinales, la pohã ñana, et toujours à plusieurs, la même guampa* passant de main en main. Les savoirs liés au tereré sont inscrits depuis 2020 au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
- La *stevia* (ka'a he'ê, « herbe douce »), petite plante des hauteurs de l'est, que les Guaranis utilisaient pour sucrer leurs infusions. Ses feuilles sucrent jusqu'à deux cents fois plus que le sucre sans apporter de calories. Elle est aujourd'hui cultivée en Chine, au Kenya, au Viêt Nam et sert d'édulcorant dans des boissons vendues sur toute la planète.
La harpe, la polka et le fil d'araignée
La harpe paraguayenne, légère, sans pédales, se joue à ongles et se transporte à bras : héritée des missions, elle est devenue l'instrument national, et le morceau Pájaro Campana, l'oiseau-cloche, est un exercice de virtuosité connu bien au-delà du pays. La polka paraguaya et la guarania, plus lente, inventée par José Asunción Flores en 1925, forment le répertoire populaire.
Le *ñandutí, « toile d'araignée » en guarani, est une dentelle brodée en rond, tendue sur un cadre, où chaque ville a ses motifs. L'ao po'i*, tissu de coton finement brodé, habille le pays aux fêtes.
Le romancier Augusto Roa Bastos (Moi, le Suprême, 1974) écrit un espagnol travaillé par le guarani ; il a reçu le prix Cervantes en 1989.
Le quiz : Paraguay
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