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Découvrir l’Asie

Étape 18 sur 48 prêtes · 48 pays en Asie

Drapeau : Irak

Irak

République d'Irak

L'Irak occupe l'essentiel de la Mésopotamie, la plaine tenue entre le Tigre et l'Euphrate, en Asie de l'Ouest. C'est là que l'agriculture irriguée à grande échelle, la ville, la roue de potier, la loi écrite et l'écriture elle-même apparaissent pour la première fois, vers 3300 avant notre ère. Sumer, Akkad, Babylone, Assur et Ninive s'y sont succédé, puis Bagdad, fondée en 762, y est devenue pour des siècles l'un des grands centres de savoir de la planète.

Le minaret en spirale de la grande mosquée de Samarra, bâti au IXe siècle, au temps où la ville était la capitale des califes abbassides.Jim Gordon · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Capitale : Bagdad

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L’explorateur en Dishdasha et yashmagh
Dishdasha et yashmaghUne des tenues traditionnelles de l'Irak : la dishdasha, longue robe à manches longues qui descend aux chevilles, avec sur la tête le yashmagh, un keffieh à carreaux noirs et blancs.Source : Wikipédia (fr), Keffieh
Mon explorateur

Histoire

Sumer : l'invention de la ville et de l'écriture

  • Vers 6000-4000 avant notre ère : des villages du nord et du sud creusent les premiers canaux d'irrigation. Le sol de la plaine est fertile mais il n'y pleut presque pas : cultiver oblige à s'organiser à plusieurs, et cette organisation produit la ville.
  • Vers 3500-3100 avant notre ère : Uruk devient l'une des premières grandes villes du monde, avec des murailles, des temples et des dizaines de milliers d'habitants.
  • Vers 3300 avant notre ère : apparition de l'écriture cunéiforme, des signes imprimés au roseau taillé dans l'argile molle. Les premières tablettes ne racontent rien : ce sont des comptes de grain, de bière et de bétail. L'écriture est née d'un besoin de comptabilité, et servira ensuite à tout, lois, lettres, contrats, poèmes, mathématiques, astronomie. Comme l'argile cuite se conserve, des centaines de milliers de ces tablettes nous sont parvenues.
  • Vers 2334 avant notre ère : Sargon d'Akkad réunit les cités sous une même autorité, ce que l'on considère souvent comme le premier empire de l'histoire.
  • Vers 2100 avant notre ère : la troisième dynastie d'Ur bâtit la grande ziggourat d'Ur et laisse le plus ancien recueil de lois connu, celui d'Ur-Nammu.

Babylone, Assur et Ninive

  • Vers 1750 avant notre ère : à Babylone, le code de Hammurabi est gravé sur une stèle de basalte de plus de deux mètres : près de 300 articles sur les prix, les loyers, le mariage, la responsabilité du constructeur ou du médecin. Il applique souvent la loi du talion et prévoit des peines différentes selon la condition des personnes, mais il pose un principe neuf : la règle est écrite, publique, et tout le monde peut la lire ou se la faire lire.
  • Vers 1350-612 avant notre ère : l'empire assyrien, depuis Assur puis Ninive, domine la région. Le roi Assourbanipal constitue à Ninive une bibliothèque de tablettes qui est la plus ancienne bibliothèque organisée connue ; c'est là qu'on a retrouvé le texte le plus complet de l'Épopée de Gilgamesh.
  • 612 avant notre ère : Ninive tombe devant une coalition de Mèdes et de Babyloniens.
  • 605-562 avant notre ère : Nabuchodonosor II reconstruit Babylone, ses murailles et sa porte d'Ishtar. Les astronomes babyloniens y tiennent des relevés du ciel sur des siècles et calculent avec un système de numération de base 60.
  • 539 avant notre ère : Cyrus le Perse prend Babylone. La région passe ensuite aux Achéménides, aux Séleucides, aux Parthes et aux Sassanides.

Bagdad, 762 : la Maison de la sagesse

  • 762 : le calife abbasside al-Mansour fonde Bagdad sur le Tigre, ville ronde bâtie pour être une capitale. Elle devient en un siècle l'une des plus grandes villes du monde.
  • IXe-XIIIe siècle : à la Maison de la sagesse et dans les ateliers qui l'entourent, on traduit en arabe les mathématiques, la médecine, l'astronomie et la philosophie venues du grec, du persan, du syriaque et du sanskrit, et on va plus loin. Les chiffres venus de l'Inde y sont adoptés puis transmis vers l'ouest, l'algèbre y prend forme, la première fabrique de papier de la région y ouvre. Des hôpitaux publics, des observatoires et des bibliothèques fonctionnent dans la ville.
  • 1258 : l'armée mongole de Houlagou prend Bagdad, massacre une grande partie de ses habitants et détruit bibliothèques et canaux.
  • 1534-1918 : la région est intégrée à l'Empire ottoman, découpée en provinces de Mossoul, Bagdad et Bassorah.

1920-2003 : mandat, royaume, république, guerres

  • 1920 : après la Première Guerre mondiale, la Société des Nations confie les trois provinces au Royaume-Uni sous forme de mandat. Une révolte éclate la même année et est réprimée.
  • 1921-1932 : un royaume est établi sous Faycal Ier ; l'indépendance est proclamée en 1932 et le pays entre à la Société des Nations, mais les bases britanniques et le contrôle du pétrole demeurent.
  • 14 juillet 1958 : un coup d'État militaire renverse la monarchie et proclame la république. 1968 : le parti Baas prend le pouvoir ; le pétrole est nationalisé en 1972.
  • 1979 : Saddam Hussein devient président. 1980-1988 : l'Irak attaque l'Iran ; huit ans de guerre, des centaines de milliers de morts, l'emploi d'armes chimiques. En mars 1988, un bombardement chimique sur la ville kurde de Halabja tue plusieurs milliers de civils.
  • Août 1990 : invasion du Koweït. En janvier-février 1991, une coalition autorisée par le Conseil de sécurité de l'ONU en chasse l'armée irakienne. Un embargo international est maintenu pendant douze ans ; il dégrade fortement la santé et l'école dans le pays.
  • Mars 2003 : une coalition conduite par les États-Unis et le Royaume-Uni envahit l'Irak sans mandat du Conseil de sécurité, au motif d'armes de destruction massive qui n'ont pas été trouvées. Le régime tombe en avril. Les années suivantes sont marquées par une occupation, une insurrection et des violences entre communautés qui font un très grand nombre de victimes civiles.
  • 2005 : une nouvelle constitution fédérale reconnaît une région autonome du Kurdistan et fait du kurde une langue officielle.
  • 2014-2017 : l'organisation État islamique s'empare d'un tiers du pays, dont Mossoul, commet des massacres notamment contre les Yézidis, et détruit des sites antiques (Nimroud, Hatra, le musée de Mossoul). Mossoul est reprise en juillet 2017 ; la reconstruction, y compris celle de la grande mosquée al-Nouri, se poursuit.
La citadelle d’Erbil, colline habitée depuis plus de 6 000 ans, au milieu de la ville moderne.jan kurdistani · CC BY-SA 2.0 · Wikimedia Commons
Les ruines d’Ur, au sud de l’Irak, une des premières villes du monde ; au fond, la ziggourat, temple à étages bâti vers 2100 av. J.-C.M.Lubinski from Iraq,USA. · CC BY-SA 2.0 · Wikimedia Commons

Géographie

Deux fleuves et une plaine qu'ils ont construite

Le nom de Mésopotamie signifie « entre les fleuves ». Le Tigre et l'Euphrate naissent tous deux dans les montagnes d'Anatolie, traversent le pays du nord-ouest au sud-est et finissent par se rejoindre à Qurna pour former le Chatt al-Arab, qui se jette dans le golfe Persique.

Ces deux fleuves n'ont pas le même caractère. L'Euphrate est plus long, plus lent, plus large ; le Tigre descend plus vite et gonfle brutalement au printemps quand la neige fond en amont. Pendant des milliers d'années, ils ont déposé leur limon dans une cuvette et construit eux-mêmes la plaine du sud, si plate que le lit d'un fleuve peut se déplacer et abandonner une ville à des kilomètres de l'eau. Plusieurs cités antiques, Ur par exemple, se trouvent aujourd'hui loin de tout cours d'eau pour cette raison.

Le pays se divise en quatre bandes :

  • la plaine alluviale du sud, plate, irriguée, chaude, où vit la majorité des habitants ;
  • la Djézireh au nord-ouest, plateau de steppe entre les deux fleuves, cultivé en blé et en orge sans irrigation dans ses parties les plus arrosées ;
  • le désert occidental, pierreux, traversé de vallées sèches, qui prolonge la péninsule Arabique ;
  • au nord-est, les contreforts puis les montagnes du Zagros, où l'on approche de 3 600 mètres et où il neige chaque hiver.

Les marais du sud

Là où les deux fleuves se rapprochent s'étendent les Ahwar, de vastes marais d'eau douce couverts de roseaux, uniques dans une région aussi sèche. On y vit depuis des millénaires dans des maisons entièrement bâties en roseaux tressés, on s'y déplace en barque, on y élève des buffles d'eau, on y pêche.

Dans les années 1980 et 1990, ces marais ont été asséchés en grande partie par des digues et des canaux de drainage, et leurs habitants chassés. Après 2003, une partie des digues a été ouverte et l'eau est revenue sur une portion de la zone. Les Ahwar ont été inscrits au patrimoine mondial en 2016, à la fois comme paysage naturel et pour les villes sumériennes qu'ils bordent. Ils restent menacés par la sécheresse et par la diminution du débit des fleuves.

L'eau, le pétrole et la chaleur

Presque toute l'eau de l'Irak vient de l'extérieur : les barrages construits en amont, en Turquie, en Syrie et en Iran, réduisent le débit qui lui parvient, tandis que la demande augmente. En été, les températures dépassent régulièrement 50 degrés dans le sud, et des tempêtes de poussière de plus en plus fréquentes ferment les aéroports pendant des jours.

Le pays possède parmi les plus grandes réserves de pétrole du monde, découvertes près de Kirkouk en 1927 puis dans la région de Bassorah ; elles fournissent l'essentiel des recettes de l'État. L'Irak est aussi un très ancien pays de dattes : les palmeraies du Chatt al-Arab, très endommagées par les guerres, sont replantées.

Souleimaniye, au Kurdistan irakien, au pied des montagnes du Zagros.Diyar Muhammed · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Culture

Ce que l'argile a gardé

L'Irak a transmis au monde des outils intellectuels si banals qu'on oublie qu'ils ont été inventés quelque part :

  • l'écriture, d'abord comptable, puis capable de tout noter ;
  • la loi écrite et affichée, du code d'Ur-Nammu à celui de Hammurabi ;
  • le découpage du temps et du cercle en base 60 : soixante secondes, soixante minutes, trois cent soixante degrés viennent des mathématiciens de Babylone ;
  • l'astronomie de relevés, avec des observations du ciel notées jour après jour pendant des siècles, dont les astronomes grecs se sont servis ;
  • l'école : des tablettes d'exercices montrent des élèves recopiant des listes, se plaignant de leur maître et faisant des fautes que le maître corrige.

L'Épopée de Gilgamesh, écrite en akkadien il y a près de quatre mille ans, est le plus ancien grand poème connu de l'humanité : un roi refuse la mort de son ami, part chercher la vie éternelle et revient sans elle. On y trouve aussi un récit de déluge très proche de celui de la Bible, mais plus ancien.

Bagdad, la traduction et le papier

Entre le IXe et le XIIIe siècle, le monde savant de langue arabe a son centre à Bagdad. On y traduit, on y compile, on y vérifie, et l'on écrit sur du papier, moins cher que le parchemin, ce qui multiplie le nombre de livres. C'est par ce relais que les chiffres indiens, l'algèbre, la trigonométrie, l'optique et une bonne partie de la médecine grecque parviendront plus tard en Europe, souvent traduits de l'arabe au latin. Beaucoup de mots scientifiques français passés par là en gardent la trace.

Musique, poésie et cuisine

  • Le maqam irakien, chant savant accompagné d'un petit ensemble, se transmet de maître à élève depuis des siècles ; il est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.
  • Le oud, luth à manche court, est l'ancêtre de la famille du luth et donc, de proche en proche, de la guitare.
  • La poésie de langue arabe compte parmi ses plus grands noms al-Moutanabbi, au Xe siècle, dont la rue des libraires de Bagdad porte le nom ; au XXe siècle, Badr Chakir al-Sayyab et Nazik al-Malaika y lancent le vers libre arabe.
  • La cuisine irakienne tourne autour du masgouf, carpe du Tigre ouverte et grillée debout devant un feu de bois, du riz, des ragoûts à l'aubergine et à l'okra, et des dattes sous toutes leurs formes.
Un marchand dans le souk de Kirkouk.James (Jim) Gordon · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Le quiz : Irak

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