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Youri Gagarine et Valentina Terechkova, le premier homme et la première femme dans l'espace

Le 12 avril 1961, le Soviétique Youri Gagarine devient le premier être humain à voyager dans l'espace ; deux ans plus tard, Valentina Terechkova est la première femme à y aller. Tous deux venaient de familles modestes : lui était apprenti dans une fonderie, elle ouvrière dans une usine textile, passionnée de parachutisme.

8-12 ans

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Youri Gagarine à Helsinki en juillet 1961, trois mois après son vol.Arto Jousi / /Suomen valokuvataiteen museo / Alma Media / Uuden Suomen kokoelma; Restored by Adam Cuerden · Domaine public · Wikimedia Commons

Deux enfants de la guerre

Youri Gagarine naît le 9 mars 1934 à Klouchino, un village à l'ouest de Moscou, en Union soviétique (l'URSS, un grand pays qui réunissait la Russie et plusieurs républiques voisines). Ses parents travaillent dans une ferme collective. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'armée allemande occupe le village : la famille est chassée de sa maison et doit creuser un abri pour passer l'hiver. Le frère et la sœur aînés de Youri sont déportés dans des camps de travail.

Valentina Terechkova naît le 6 mars 1937 à Bolchoïe Maslennikovo, un village du centre de la Russie. Sa mère travaille dans le textile, son père est conducteur de tracteur. Il meurt à la guerre quand Valentina a deux ans.

Des débuts ordinaires

En 1950, Gagarine part près de Moscou apprendre le métier de fondeur dans une aciérie : il fabrique des pièces en coulant du métal. Il entre ensuite dans une école technique à Saratov, sur la Volga, où il découvre le pilotage dans un aéroclub. Il devient pilote militaire et vole sur des avions à réaction dans le Grand Nord, près de Mourmansk.

Après l'école, Terechkova suit sa mère à l'usine textile. Sa passion, c'est le parachutisme. Sans le dire à sa mère, elle s'entraîne presque tous les week-ends dans l'aéroclub de sa ville, Iaroslavl. Elle fera plus de 90 sauts, dont certains de nuit, sur la terre ferme comme dans le fleuve Volga.

Une course entre deux géants

À cette époque, l'URSS et les États-Unis s'affrontent sans se faire directement la guerre : c'est la guerre froide. L'espace devient un terrain de compétition. Le 4 octobre 1957, l'URSS lance Spoutnik 1, le premier satellite artificiel. La prochaine étape : envoyer un être humain dans l'espace.

L'homme qui dirige les fusées soviétiques s'appelle Sergueï Korolev. Dans les années 1930, arrêté à tort comme espion, il a été envoyé dans un camp de travail forcé du goulag, à la mine d'or de Kolyma, où il a failli mourir. Libéré, il est devenu le cerveau du programme spatial. Mais son nom reste secret : le public ne l'apprendra qu'après sa mort, en 1966.

Comment on devient cosmonaute

On choisit vingt pilotes. Pour entrer dans la capsule Vostok, très étroite, il faut être petit : cela avantage Gagarine, de petite taille. Les candidats subissent des tests épuisants : entraînement physique, isolement, forces écrasantes dans une centrifugeuse (une machine qui tourne très vite pour simuler le décollage).

Gagarine est choisi pour le premier vol. Son remplaçant, Guerman Titov, qui espérait partir le premier, en est très déçu ; il volera quatre mois plus tard.

Le 12 avril 1961

Le matin du vol, un problème surgit : la porte de la capsule ferme mal. Les techniciens passent près d'une heure à tout dévisser et revisser. Gagarine, lui, reste calme ; il demande même qu'on lui passe de la musique à la radio. Une demi-heure avant le départ, son cœur bat à 64 pulsations par minute, un rythme de repos.

La fusée décolle du cosmodrome de Baïkonour, dans l'actuel Kazakhstan. Gagarine lance : « Poïekhali ! », c'est-à-dire « On y va ! ». Il fait un tour complet de la Terre ; son vol dure 108 minutes en tout.

Le retour est plus mouvementé. Une partie du vaisseau reste accrochée à la capsule par des fils, qui tourne sur elle-même au-dessus de l'Égypte. Gagarine garde son sang-froid : il comprend que ce n'est pas dangereux et signale que tout va bien. À 7 kilomètres d'altitude, comme prévu, il est éjecté de la capsule et descend en parachute. Il atterrit dans un champ près d'Engels, en Russie. Une paysanne et sa petite-fille, effrayées par cet homme en combinaison orange, reculent ; il les rassure et leur demande un téléphone.

Le 16 juin 1963

Après le vol de Gagarine, l'URSS décide d'envoyer une femme dans l'espace. Il faut des parachutistes, car les cosmonautes finissent le vol en parachute. Terechkova est retenue parmi plus de 400 candidates, puis fait partie d'un groupe de cinq femmes qui s'entraînent pendant des mois. C'est elle qui est choisie.

Le 16 juin 1963, elle décolle à bord de Vostok 6. Son nom de code à la radio est Tchaïka, « la mouette ». Elle a 26 ans. Elle fait 48 fois le tour de la Terre et passe environ 71 heures dans l'espace, presque trois jours, pendant qu'un autre cosmonaute, Valeri Bykovski, vole au même moment dans un second vaisseau.

Elle raconte qu'après le décollage, elle a découvert que les réglages prévus pour le retour étaient faux : elle serait partie plus loin dans l'espace au lieu de revenir. On lui a transmis de nouveaux réglages, mais ses chefs lui ont demandé de garder le secret.

Valentina Terechkova en janvier 1963, quelques mois avant son vol.Alexander Mokletsov / Александр Моклецов · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
La capsule de Vostok 6, dans laquelle Valentina Terechkova est revenue sur Terre, exposée au Science Museum de Londres en 2016.Andrew Gray · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Ce que la légende oublie

  • Des vérités cachées. Selon les règles de l'époque, un record de vol n'était valable que si le pilote atterrissait dans son engin. Les responsables soviétiques ont donc caché que Gagarine avait sauté en parachute. La vérité est apparue quelques mois plus tard ; la fédération qui valide les records a alors changé ses règles et gardé le record de Gagarine.
  • La propagande. Chaque exploit servait à montrer la puissance du régime soviétique face aux États-Unis. Korolev restait dans l'ombre, les incidents étaient tus.
  • Les animaux. Avant les humains, des animaux ont été envoyés dans l'espace. La chienne Laïka, lancée en 1957, n'en est pas revenue.
  • Un long silence pour les femmes. Après Terechkova, il a fallu attendre 19 ans pour qu'une autre femme, la Soviétique Svetlana Savitskaïa, aille dans l'espace, en 1982. La NASA, l'agence spatiale des États-Unis, n'a recruté ses premières astronautes qu'en 1978. Aujourd'hui encore, les femmes ne représentent qu'environ une personne sur dix parmi celles qui sont allées dans l'espace.

Ce qu'ils ont laissé

Gagarine devient une célébrité mondiale. Mais les autorités, qui ont peur de perdre leur héros, l'empêchent de repartir dans l'espace. Il se consacre à former d'autres cosmonautes et obtient un diplôme d'ingénieur. Le 27 mars 1968, il meurt à 34 ans dans l'accident d'un avion d'entraînement, avec son instructeur Vladimir Serioguine.

Terechkova, elle, devient une personnalité politique dans son pays. Elle a dit qu'elle serait prête à partir pour Mars, même sans retour.

Après sa mort, le centre d'entraînement des cosmonautes, près de Moscou, a pris son nom ; des astronautes de nombreux pays y ont été formés. Depuis 2011, les Nations unies célèbrent chaque 12 avril la Journée internationale du vol spatial habité. La suite de l'histoire, c'est Neil Armstrong et Apollo 11.

Le savais-tu ?

  • Youri Gagarine n'a pas atterri dans sa capsule : il s'est éjecté à 7 kilomètres d'altitude et a fini en parachute, ce que les autorités soviétiques ont d'abord caché.
  • Avant d'être cosmonaute, Valentina Terechkova avait fait plus de 90 sauts en parachute, certains de nuit dans le fleuve Volga, sans le dire à sa mère.
  • Sergueï Korolev, l'ingénieur qui a envoyé Gagarine dans l'espace, avait été prisonnier du goulag ; son nom n'a été révélé au public qu'après sa mort, en 1966.

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