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Wangari Maathai, la biologiste kényane qui a fait planter des millions d’arbres

Au Kenya, Wangari Maathai a lancé en 1977 un mouvement grâce auquel des groupes de femmes ont planté des dizaines de millions d'arbres, et elle est devenue en 2004 la première Africaine à recevoir le prix Nobel de la paix. Elle a aussi lutté pour la démocratie, ce qui lui a valu coups et prison, et certaines de ses déclarations ont fait polémique.

8-12 ans

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Wangari Maathai à Washington en 2005, un an après son prix Nobel de la paix.Kingkongphoto & www.celebrity-photos.com from Laurel Maryland, USA · CC BY-SA 2.0 · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Wangari Muta Maathai naît le 1er avril 1940 près de Nyeri, sur les hauts plateaux du centre du Kenya, en vue du mont Kenya. Le pays est alors une colonie britannique ; il devient indépendant en 1963.

À cette époque, très peu de filles des campagnes font de longues études. Wangari, elle, ira jusqu'au doctorat. Elle meurt d'un cancer le 25 septembre 2011 à Nairobi, la capitale du Kenya.

Ce qu'elle a accompli

  • En 1971, elle est la première femme d'Afrique de l'Est et d'Afrique centrale à obtenir un doctorat. Elle devient ensuite la première femme professeure de l'université de Nairobi.
  • En 1977, elle fonde le Mouvement de la ceinture verte (Green Belt Movement), qui fait planter des arbres par des groupes de femmes.
  • Selon le comité Nobel, ces femmes ont planté environ 30 millions d'arbres en près de trente ans.
  • Elle défend des forêts et des parcs publics que des proches du pouvoir voulaient s'approprier, et elle se bat pour la démocratie.
  • En 2002, elle est élue députée avec 98 % des voix, puis devient vice-ministre de l'Environnement.
  • En 2004, elle reçoit le prix Nobel de la paix, la première Africaine à l'obtenir.

Comment

En étudiant très loin de chez elle. Grâce à une bourse, elle part aux États-Unis. Elle étudie la biologie au Kansas, puis à Pittsburgh, poursuit en Allemagne et termine son doctorat à Nairobi, où elle enseigne l'anatomie des animaux aux futurs vétérinaires.

En écoutant les femmes des campagnes. Au milieu des années 1970, des paysannes lui disent que les rivières s'assèchent, qu'il y a moins à manger et qu'il faut marcher toujours plus loin pour trouver du bois de chauffe. Wangari Maathai, qui est biologiste, comprend que tout est lié : quand on coupe les arbres, la terre s'abîme. Elle propose une solution simple : planter des arbres. C'est facile à apprendre et on en voit vite les résultats.

En payant chaque arbre qui pousse. Les femmes récoltent des graines d'arbres de la région, font pousser de jeunes plants dans des pépinières et les plantent sur les fermes, autour des écoles et des églises. Le mouvement leur donne une petite somme pour chaque plant qui survit. Planter devient un travail qui rapporte de l'argent, par exemple pour payer l'école des enfants.

En expliquant le pourquoi. Dans des réunions, les participants cherchent ensemble leurs problèmes, leurs causes et les solutions. Ils découvrent qu'ils peuvent agir eux-mêmes au lieu d'attendre une aide venue d'ailleurs.

En tenant tête au pouvoir. En 1989, le gouvernement veut construire un gratte-ciel de plus de soixante étages dans Uhuru Park, le grand parc du centre de Nairobi. Elle écrit lettre sur lettre et mobilise les habitants. On se moque d'elle, on l'insulte, mais le projet est abandonné. Ensuite, elle plante avec d'autres des « arbres de la paix » pour demander la libération de prisonniers politiques. Elle est arrêtée plusieurs fois, frappée à coups de matraque et visée par des gaz lacrymogènes.

Avec d'autres. Rien ne se fait sans des milliers de femmes de tout le Kenya, ni sans le Conseil national des femmes du Kenya, qui accueille le mouvement à ses débuts. Des hommes finissent aussi par le rejoindre. À partir de 1986, des visiteurs venus d'autres pays africains apprennent sa méthode et la reprennent chez eux, en Tanzanie, en Ouganda, au Malawi, au Lesotho, en Éthiopie ou au Zimbabwe.

Ce que l'on sait, ce que l'on raconte

On connaît son histoire par ses livres, dont ses mémoires, par ses discours, par les archives du prix Nobel et par la presse. Beaucoup de chiffres viennent du mouvement lui-même : il faut donc les lire avec prudence. D'ailleurs, ils ne sont pas tous les mêmes. La fondation Nobel parle de plus de 20 millions d'arbres, le comité Nobel de 30 millions, la presse de « dizaines de millions ». Tout le monde s'accorde sur un point : c'est énorme.

Dans son discours du prix Nobel, elle raconte une tradition de son peuple, les Kikuyu : les anciens posaient un bâton taillé dans l'arbre thigi entre deux camps qui se disputaient, et la querelle devait s'arrêter. Elle s'en servait pour expliquer pourquoi, pour elle, l'arbre est un symbole de paix.

Zones d'ombre et débats

Une déclaration sur le sida. En 2004, un journal kényan affirme qu'elle a dit que le virus du sida avait été fabriqué pour détruire les Africains. Elle dément et écrit qu'elle ne le croit pas et que de telles idées sont « méchantes et destructrices ». Le journal maintient pourtant son récit. On ne sait pas exactement ce qu'elle a dit ce jour-là ; on sait ce qu'elle a écrit ensuite.

La politique divise. Ses adversaires disaient que planter des arbres n'avait rien de politique, et beaucoup de ses ennemis l'appelaient avec mépris « cette femme ». Devenue vice-ministre, elle refuse de se taire sur certains sujets ; elle est mise de côté et perd son siège de députée après un seul mandat.

Un combat inachevé. Le président du comité Nobel rappelait qu'entre 1950 et 2000, le Kenya avait perdu la plus grande partie de ses forêts. Planter des millions d'arbres n'a pas suffi à réparer tous ces dégâts.

Pourquoi on s'en souvient

Le Mouvement de la ceinture verte continue de planter et de protéger les forêts du Kenya. Après son prix Nobel, elle est devenue ambassadrice de bonne volonté pour la protection des forêts du bassin du Congo. Et son idée a fait le tour du monde : l'environnement, la démocratie et la paix vont ensemble.

Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui

  • Un petit geste répété par des milliers de personnes devient immense. Un arbre, puis des millions.
  • Écouter ceux qui vivent le problème. L'idée est venue des paysannes elles-mêmes.
  • Protéger la nature, c'est aussi une question de justice.
  • Même une personne admirée peut dire des choses contestées. Il faut vérifier, pour elle comme pour tout le monde.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Wangari Maathai a été, en 1971, la première femme d'Afrique de l'Est et d'Afrique centrale à obtenir un doctorat.
  • Les femmes du Mouvement de la ceinture verte étaient surnommées « forestières sans diplôme » : elles avaient appris le métier sur le terrain.
  • En 2004, c'était la première fois que le prix Nobel de la paix récompensait une personne engagée pour l'environnement.

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