Le monolinguisme est l'exception
On compte environ sept mille langues dans le monde. Comme il y a moins de deux cents États, il est mathématiquement impossible que chaque pays n'en ait qu'une.
Dans la plupart des sociétés, les gens grandissent avec deux, trois ou quatre langues : une à la maison, une au marché, une à l'école, parfois une pour la religion. C'est le cas en République démocratique du Congo, en Inde, au Nigeria, en Indonésie, au Cameroun, en Suisse, au Maroc.
L'idée qu'une personne normale n'a qu'une langue est une idée récente, née avec les États qui ont voulu unifier leurs populations. Elle ne correspond pas à l'histoire humaine.
Comment on apprend plusieurs langues enfant
Les enfants exposés tôt à plusieurs langues les séparent très vite : dès les premières années, ils savent à qui parler dans quelle langue. Ils mélangent parfois, et c'est un phénomène normal, qui ne les retarde pas durablement.
Il arrive qu'un enfant bilingue ait, dans chaque langue prise séparément, un vocabulaire un peu plus petit qu'un enfant monolingue au même âge. Mais le total des deux est plus grand, et l'écart se comble. Ce point est important, parce que beaucoup de familles renoncent à transmettre leur langue par peur de nuire à l'école, alors que les travaux de recherche ne soutiennent pas cette crainte.
Ce que le plurilinguisme apporte
- Un accès direct à plusieurs mondes : des familles, des proverbes, des chansons, des textes qu'on ne lirait pas autrement.
- Une meilleure conscience de la langue elle-même. Quelqu'un qui compare deux langues remarque des choses qu'un monolingue ne voit pas : qu'un genre est arbitraire, qu'une tournure pourrait être autre.
- Des atouts professionnels évidents en traduction, en commerce, en diplomatie, en santé, en droit.
- De l'agilité mentale : passer d'une langue à l'autre demande de contrôler ce qu'on active et ce qu'on met de côté, un entraînement que la recherche continue d'étudier.
Le prix à payer, et comment le réduire
Il y a de vraies difficultés, et les cacher n'aide personne.
Une langue qu'on n'utilise plus s'affaiblit. Beaucoup d'enfants de familles migrantes comprennent la langue de leurs parents sans plus la parler, puis perdent l'accès à une partie de leur famille.
À l'école, être scolarisé dans une langue qu'on ne parle pas à la maison est un désavantage réel dans les premières années. L'UNESCO recommande depuis longtemps de commencer l'apprentissage de la lecture dans la langue que l'enfant maîtrise déjà, puis d'introduire progressivement les autres : on apprend à lire une fois, et cette compétence se transfère ensuite.
Les langues qui disparaissent
Sur les sept mille langues existantes, une grande partie est en danger : plus assez de locuteurs, plus de transmission aux enfants. L'UNESCO tient des inventaires et alerte régulièrement.
Quand une langue meurt, on ne perd pas seulement des mots. On perd des façons de classer les plantes, de nommer les liens de parenté, de raconter une histoire ; parfois des connaissances écologiques que personne n'a écrites ailleurs.
C'est pourquoi enregistrer une grand-mère qui raconte dans sa langue n'est pas de la nostalgie : c'est de la documentation.
Ce que tu peux faire
- Parle la langue de ta famille, même imparfaitement. L'usage la maintient ; la honte la tue.
- Écris-la si elle s'écrit : listes de mots, recettes, proverbes, enregistrements.
- Ne classe pas les langues en nobles et en petites. Aucune langue n'est simple : toutes ont une grammaire complète et une manière de dire l'essentiel.
- Sers-toi du français comme d'un pont, pas comme d'un remplacement. Il permet de parler à des gens de cinq continents ; ce n'est pas une raison pour effacer ce qui te permet de parler à tes voisins.
Le savais-tu ?
- Il existe environ sept mille langues pour moins de deux cents États : le plurilinguisme est mathématiquement la norme.
- Un enfant bilingue peut avoir un vocabulaire un peu plus petit dans chaque langue prise à part, mais un total plus grand, et l'écart se comble.
- L'UNESCO recommande d'apprendre à lire d'abord dans la langue que l'enfant parle déjà : on apprend à lire une fois, puis la compétence se transfère.
Teste ce que tu viens de lire
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