Pourquoi regarder lentement
Dans un musée, on passe en moyenne très peu de temps devant chaque tableau. Pourtant, une grande peinture se découvre comme une histoire : il faut repérer les personnages, les détails, la lumière, et se demander comment le peintre s'y est pris. Voici trois chefs-d'œuvre, chacun avec ses secrets.
La Naissance de Vénus, de Botticelli
Ce qu'on y voit. Au centre, Vénus, la déesse de l'amour et de la beauté, se tient debout, nue, sur une immense coquille Saint-Jacques qui flotte sur la mer. À gauche, deux personnages ailés soufflent pour la pousser vers le rivage : Zéphyr, le vent d'ouest, et sans doute la brise Aura. Des roses volent autour d'eux. À droite, une jeune femme vêtue d'une robe fleurie s'apprête à couvrir Vénus d'un manteau couvert de fleurs. On l'identifie à l'une des Grâces ou à l'Heure du printemps. Malgré son titre, le tableau ne montre pas la naissance de la déesse, mais son arrivée sur l'île de Chypre.
Comment il a été fait. Sandro Botticelli le peint vers 1485, à Florence, à la détrempe (des pigments mélangés à un liant, souvent à base d'œuf) sur une grande toile de près de 1,73 mètre sur 2,79 mètres. Les lignes sont fines et élégantes, les couleurs claires.
Pourquoi il est célèbre. C'est l'une des images les plus connues de la Renaissance. Il célèbre une déesse de l'Antiquité grecque et romaine, que l'on redécouvre alors. On pense qu'il a été commandé par un membre de la famille Médicis : les orangers peints à droite étaient un de leurs emblèmes.
Où la voir. À la galerie des Offices (Uffizi), à Florence, en Italie, dans une salle consacrée à Botticelli.
Les Ménines, de Vélasquez
Ce qu'on y voit. Une grande pièce du palais royal de Madrid. Au centre, une petite fille blonde en robe à large jupe : l'infante Marguerite-Thérèse, fille du roi Philippe IV. Autour d'elle, ses dames de compagnie, les meninas, qui donnent son nom au tableau, deux personnes de petite taille qui vivaient à la cour, et un gros chien couché. À gauche, devant une immense toile, un peintre tient son pinceau : c'est Vélasquez lui-même. Et au fond, dans un petit miroir, apparaissent le roi et la reine.
Comment il a été fait. Diego Vélasquez, peintre officiel de la cour d'Espagne depuis 1623, le peint à l'huile sur toile en 1656. Sur sa poitrine, il porte la croix rouge de l'ordre de Santiago : il ne devient chevalier qu'en 1658, et cette croix a donc été ajoutée après. Le tableau a aussi été abîmé lors de l'incendie du palais en 1734, puis rogné sur les côtés.
Pourquoi il est célèbre. Parce que c'est une énigme. Que peint Vélasquez sur sa grande toile ? Que regardent tous ces personnages ? Le reflet du miroir suggère que le roi et la reine se tiennent exactement là où nous sommes, nous, les spectateurs. Le tableau nous fait entrer dans la scène. On l'appelle souvent « un tableau sur la peinture ».
Où la voir. Au musée du Prado, à Madrid, en Espagne, dont il est l'un des trésors.
La Jeune Fille à la perle, de Vermeer
Ce qu'on y voit. Sur un fond très sombre, une jeune fille tourne la tête vers nous, les lèvres entrouvertes, comme si on venait de l'appeler. Elle porte un turban bleu et jaune, à l'orientale, et à l'oreille une perle d'une taille invraisemblable, qui brille dans la lumière.
Comment il a été fait. Le Néerlandais Johannes Vermeer le peint à l'huile vers 1665, dans la ville de Delft. Ce n'est pas un portrait d'une personne réelle, mais une tronie : une figure imaginaire, qui représente un type ou un caractère, ici une jeune fille en costume exotique. Vermeer est un maître de la lumière : on la voit sur la douceur du visage, sur les reflets humides des lèvres, et bien sûr sur la perle.
Pourquoi il est célèbre. Pour ce regard qui semble nous répondre, pour sa simplicité et pour sa lumière. On l'a surnommé « la Joconde du Nord ». C'est le tableau le plus célèbre de Vermeer, et il a inspiré un roman et un film.
Où la voir. Au Mauritshuis, un musée de La Haye, aux Pays-Bas. Comme toute grande œuvre, il est parfois retiré quelques semaines des salles pour être étudié ou entretenu.
Un exercice à faire soi-même
Devant n'importe quel tableau, pose-toi quatre questions : qu'est-ce que je vois ? Comment a-t-il été peint ? Pourquoi est-il connu ? Qu'est-ce qu'il me fait ressentir ? Ce sont exactement les questions des historiens de l'art.
Pour aller plus loin
- La Renaissance : le monde de Botticelli.
- Le baroque : le siècle de Vélasquez et de Vermeer.
- La Joconde : un autre portrait de femme, tout aussi mystérieux.
- La lumière et les couleurs : comprendre ce que les peintres cherchent à capter.
Le savais-tu ?
- Malgré son titre, La Naissance de Vénus montre l'arrivée de la déesse sur l'île de Chypre, poussée par les vents.
- Dans Les Ménines, la croix rouge peinte sur la poitrine de Vélasquez a été ajoutée après 1658, quand il est devenu chevalier.
- La Jeune Fille à la perle n'est pas le portrait d'une personne réelle : c'est une « tronie », une figure imaginaire.
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