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Vasco de Gama, la première route maritime de l'Europe vers l'Inde

En 1497-1499, le navigateur portugais Vasco de Gama contourne l'Afrique par la mer et atteint l'Inde : c'est la première liaison maritime directe entre l'Europe et l'Asie. Mais il a trouvé son chemin dans l'océan Indien grâce au savoir d'autres marins, et son deuxième voyage a été marqué par une grande violence.

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Vasco de Gama peint par Gregório Lopes vers 1524, l’année de sa mort.Gregório Lopes · Domaine public · Wikimedia Commons

Un petit pays tourné vers l'océan

Au XVe siècle, le Portugal, à l'extrémité ouest de l'Europe, regarde vers la mer. Ce que ses rois convoitent vient de très loin : les épices, comme le poivre, la cannelle, le clou de girofle ou le gingembre. Elles poussent en Inde et dans les îles de l'actuelle Indonésie. En Europe, elles coûtent une fortune, car elles passent de main en main : marchands indiens, arabes, persans, égyptiens, puis italiens. Chacun prend sa part.

L'idée des rois du Portugal : trouver une route par la mer pour acheter directement en Asie. Pendant des dizaines d'années, leurs marins descendent la côte de l'Afrique, un peu plus loin à chaque voyage. En 1434, ils franchissent le cap Bojador, que l'on croyait infranchissable. À partir de 1456, ils apprennent à mesurer leur position en pleine mer en visant les étoiles avec un instrument appelé quadrant. En 1488, Bartolomeu Dias contourne enfin la pointe sud de l'Afrique, le cap de Bonne-Espérance, mais doit faire demi-tour.

Vasco de Gama naît dans les années 1460 à Sines, un port du sud du Portugal, dans une famille de petite noblesse. On sait peu de choses de sa jeunesse, sinon qu'il a servi le roi comme soldat et comme marin. En 1497, le roi Manuel Ier lui confie l'expédition vers l'Inde. On ignore encore pourquoi il l'a choisi, lui plutôt qu'un autre.

Le grand voyage de 1497-1499

Le 8 juillet 1497, quatre navires quittent Lisbonne avec environ 170 hommes. Son frère Paulo commande l'un d'eux.

Au lieu de longer la côte africaine comme Dias, Vasco de Gama fait un choix audacieux : il s'écarte en plein océan Atlantique, dans une grande courbe, pour attraper des vents favorables. Ses hommes passent environ trois mois sans voir la terre. Le pari réussit : la flotte double le cap de Bonne-Espérance le 22 novembre 1497.

Elle remonte ensuite la côte est de l'Afrique : Mozambique, Mombasa, puis Malindi, dans l'actuel Kenya. Ce sont des villes marchandes de la côte swahilie, riches et reliées depuis des siècles à l'Arabie, à l'Inde et même à la Chine : moins d'un siècle plus tôt, les flottes chinoises de Zheng He y avaient fait escale.

Le roi de Malindi, en rivalité avec sa voisine Mombasa, fournit aux Portugais un pilote, un marin qui connaît la route. En un peu plus de trois semaines, la flotte traverse l'océan Indien. En mai 1498, elle arrive près de Calicut, aujourd'hui Kozhikode, sur la côte sud-ouest de l'Inde. Il a fallu dix mois depuis Lisbonne.

Le départ de Vasco de Gama pour l’Inde, en juillet 1497, peint par Alfredo Roque Gameiro (1864-1935).Roque Gameiro · Domaine public · Wikimedia Commons

Un accueil sans enthousiasme

À Calicut, le souverain, que les Portugais appellent le zamorin, reçoit Vasco de Gama. Mais les cadeaux apportés (des tissus ordinaires, de la nourriture, des clochettes) paraissent bien pauvres dans cette grande ville marchande, habituée à des présents bien plus somptueux. Les marchands de Calicut ont déjà leurs clients, et ces étrangers ne les intéressent guère. Des Portugais restés à terre sont arrêtés ; Vasco de Gama, à son tour, prend des otages. Il repart avec un peu d'épices, juste de quoi prouver qu'il est allé en Inde.

Le retour est terrible. La traversée de l'océan Indien, contre les vents, dure près de trois mois. Le scorbut, une maladie causée par le manque de vitamine C, qui fait saigner les gencives et épuise le corps, tue plus de trente hommes. Faute de marins, on brûle un navire. Paulo, le frère de Vasco, meurt en route. Les navires rentrent à Lisbonne entre juillet et septembre 1499 : sur environ 170 hommes partis, 55 environ reviennent.

Comment : une route faite du savoir des autres

  • Des décennies de préparation. Vasco de Gama profite de tout ce que les marins portugais ont appris avant lui. Il emmène même le pilote de Dias, qui connaît déjà le cap.
  • Le savoir de l'océan Indien. Les marins de cet océan le parcouraient depuis des siècles, en suivant les vents de mousson qui changent de sens selon la saison. On a longtemps raconté que le pilote de Malindi était Ahmad ibn Majid, un célèbre navigateur arabe, auteur de traités de navigation. Les historiens ont écarté cette légende : d'après les sources portugaises, c'était un pilote venu du Gujarat, une région de l'ouest de l'Inde. Sans ce savoir accumulé par d'autres, les Portugais n'auraient pas trouvé leur chemin.
  • Une leçon manquée. À Mombasa, des marins arabes donnent des oranges à des hommes malades du scorbut, qui se rétablissent vite. Mais personne n'en tire de conclusion, et la maladie frappe de nouveau au retour. Observer ne suffit pas : encore faut-il comprendre et retenir.
  • L'endurance. Plus de deux ans de voyage au total, le plus long jamais accompli à l'époque par la durée et la distance.

Ce que la légende oublie

  • Il n'a pas « découvert » l'Inde. Il a ouvert une route directe entre l'Europe et l'Asie. L'océan Indien, lui, était déjà un immense carrefour où se croisaient marchands africains, arabes, persans, indiens et chinois. Vu de Calicut, l'arrivée des Portugais était celle de nouveaux venus plutôt pauvres : le zamorin leur conseilla, raconte-t-on, d'apporter de l'or la prochaine fois.
  • Le deuxième voyage est un voyage de force. En 1502, Vasco de Gama repart avec une grande flotte armée. À Kilwa, dans l'actuelle Tanzanie, il menace le souverain et l'oblige à payer un tribut au roi du Portugal. En mer, il attaque un navire qui transporte plus de 300 pèlerins en route vers La Mecque. Il bombarde Calicut.
  • Le début d'un empire. Les Portugais construisent des forts à Cochin (1503), à Sofala (1505), sur l'île de Mozambique (1507), puis prennent Goa (1510), qui restera portugaise jusqu'en 1961. Sur la côte swahilie, des villes sont pillées ou rasées et des marchands africains fuient vers le nord.

Ce qu'il a laissé

Vasco de Gama reçoit le titre d'amiral des Indes. En 1524, il est nommé vice-roi, c'est-à-dire gouverneur, des territoires portugais en Inde. Il meurt à Cochin, aujourd'hui Kochi, le 24 décembre 1524.

Son voyage, comme celui de Christophe Colomb vers l'Amérique, ouvre une époque nouvelle : d'autres puissances européennes suivent la même route, les plantes, les animaux, les marchandises et aussi les maladies circulent d'un continent à l'autre. C'est l'un des débuts de ce qu'on appelle aujourd'hui la mondialisation. Pour des millions de personnes en Afrique et en Asie, c'est aussi le début de la domination européenne.

Retenir Vasco de Gama, c'est donc retenir trois choses à la fois : un exploit de navigation réel, qui repose sur le travail de beaucoup d'autres, et une violence qu'on ne peut pas passer sous silence.

Le savais-tu ?

  • Pour attraper des vents favorables, sa flotte s'est écartée en plein Atlantique et ses marins sont restés environ trois mois sans voir la terre.
  • À Mombasa, des marins arabes ont soigné le scorbut de ses hommes avec des oranges, mais l'équipage n'en a tiré aucune leçon : au retour, la maladie a tué plus de trente marins.
  • En 1500, la flotte portugaise suivante, commandée par Pedro Álvares Cabral, a voulu reprendre la grande courbe de Vasco de Gama dans l'Atlantique : partie très à l'ouest, elle a touché le Brésil. Les historiens discutent encore pour savoir si c'était un hasard.

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