Qui, quand, où
Simon Kimbangu naît à Nkamba, un village de l'ouest du Congo, dans l'actuelle province du Kongo-Central, en République démocratique du Congo (RDC). On ne connaît pas sa date de naissance exacte : son Église a choisi le 12 septembre 1887, d'autres sources disent 1889. Il meurt en prison le 12 octobre 1951, à Élisabethville, aujourd'hui Lubumbashi.
À son époque, le Congo est une colonie belge. Les Congolais n'ont aucun droit politique, et le travail forcé est permis par la loi. Les écoles sont tenues par des missions chrétiennes.
Kimbangu perd sa mère très jeune et il est élevé par une tante. Il fréquente une mission protestante britannique, où il apprend à lire la Bible en kikongo, sa langue. Il est baptisé en 1915. Avec sa femme, Marie Mwilu, il a trois fils.
Ce qu'il a accompli
- En 1921, il se met à prêcher la Bible et à prier pour les malades. Des foules viennent jusqu'à Nkamba, parfois de très loin, même d'Angola.
- Il demande à ses fidèles d'abandonner les objets rituels des cultes traditionnels (les minkisi, que les Européens appelaient alors « fétiches ») et de refuser la sorcellerie.
- Il conduit un grand mouvement chrétien sans être dirigé par des missionnaires européens, ce qui inquiète les missions et le pouvoir colonial.
- Son mouvement, interdit après son arrestation, survit en secret puis devient une grande Église.
Comment
Un appel qu'il dit avoir d'abord refusé. Selon ce qu'il a raconté à ses proches, il entend dès 1918 une voix qui lui demande de prêcher. Il dit avoir d'abord refusé, parce que ce travail était réservé aux pasteurs. Il part travailler à Léopoldville, l'actuelle Kinshasa, puis revient à Nkamba en 1921.
Quelques mois qui bouleversent une région. Au printemps 1921, ses fidèles rapportent la guérison d'une femme très malade, Kintondo. La nouvelle court. Des milliers de personnes marchent jusqu'à Nkamba pour l'écouter ; des ouvriers quittent même leur travail.
La peur du pouvoir colonial. L'administration belge craint une révolte. Des missionnaires catholiques réclament des mesures ; les missionnaires protestants sont divisés. En juin 1921, un administrateur vient l'arrêter avec des soldats : il y a des blessés, un enfant est tué, et Kimbangu s'enfuit. Il se cache plusieurs mois. Il est arrêté le 12 septembre 1921 ; certains récits disent qu'il s'est livré lui-même.
Un procès sans avocat. Le 3 octobre 1921, un tribunal militaire le condamne à mort pour « atteinte à la sûreté de l'État ». Il n'a pas d'avocat pour le défendre. Le roi des Belges, Albert Iᵉʳ, change la peine en prison à vie. Kimbangu est fouetté, puis envoyé à la prison d'Élisabethville, à plus de mille kilomètres de chez lui. Il n'en sortira jamais.
Avec d'autres. Pendant sa longue prison, sa femme Marie Mwilu guide ses fidèles en secret, alors que beaucoup d'entre eux sont poursuivis par les autorités. Son plus jeune fils, Joseph Diangienda, rassemble les groupes dans les années 1950 et organise l'Église.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
Kimbangu n'a rien écrit : il n'a prêché que quelques mois. On le connaît par les rapports de l'administration coloniale, par les pièces de son procès, conservées notamment au musée de Tervuren, en Belgique, et par les récits de deux de ses secrétaires.
Même les dates ne sont pas sûres. Ses secrétaires placent la première guérison le 13 mars 1921 ; son Église célèbre le 6 avril.
Ses fidèles racontent aussi des miracles, comme la guérison d'une fillette qu'on croyait morte. Ce sont des récits de foi : l'historien les rapporte, sans dire s'ils sont vrais ou faux. Le sociologue Georges Balandier remarquait que Kimbangu, enfermé trente ans loin des siens, n'a pas pu construire lui-même son image : elle a été façonnée après lui par ceux qui ont continué son œuvre.
Zones d'ombre et débats
Un prédicateur ou un opposant ? Kimbangu parlait de la Bible, pas d'indépendance. Mais pour le pouvoir colonial, un Africain capable de rassembler des foules était une menace. Après sa condamnation, il est devenu pour beaucoup de Congolais un symbole du nationalisme. Les historiens discutent encore de la part politique de son message.
Un procès injuste. En juillet 2011, la Haute Cour militaire de Kinshasa a annulé sa condamnation de 1921, en jugeant que le procès n'avait pas respecté les droits de l'accusé.
Les débats de son Église. Beaucoup de kimbanguistes considèrent Kimbangu comme une incarnation du Saint-Esprit. Au fil des années, l'Église a aussi enseigné que ses fils incarnaient les autres personnes de la Trinité. Les autres Églises chrétiennes ne partagent pas ces croyances : en 2021, le Conseil œcuménique des Églises, qui avait accueilli l'Église kimbanguiste en 1969, l'a exclue pour cette raison. Depuis 2002, l'Église est aussi divisée en deux branches dirigées par des petits-enfants de Kimbangu. Décider qui a raison sur la foi n'est pas le rôle d'une encyclopédie.
Pourquoi on s'en souvient
L'Église de Jésus-Christ sur la Terre par son envoyé spécial Simon Kimbangu est reconnue par les autorités belges le 24 décembre 1959. Elle dit compter plusieurs millions de fidèles, un chiffre difficile à vérifier. On la dit la plus grande Église née en Afrique, et elle est présente jusqu'en Europe et en Amérique du Nord.
Nkamba est devenue sa ville sainte, où un grand temple a été inauguré en 1981. En 2010, Kimbangu a reçu le titre de héros national de la RDC, où le 6 avril est aujourd'hui la Journée nationale du combat de Simon Kimbangu.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- Quelques mois peuvent changer une vie et une région. Son action a duré moins d'un an ; on en parle encore un siècle plus tard.
- Une injustice peut être reconnue, même très tard. Il a fallu quatre-vingt-dix ans pour annuler sa condamnation.
- On peut respecter la foi des autres sans la partager. Prophète pour les uns, prédicateur pour les autres, symbole politique pour d'autres encore : chacun peut comprendre ce qu'il a représenté.
- Il faut séparer ce que disent les archives et ce que raconte la foi. Les deux existent, mais ce ne sont pas les mêmes sources.
Pour aller plus loin
- Le christianisme décrit, où le kimbanguisme trouve sa place parmi les Églises chrétiennes.
- Le Congo belge, la colonie dans laquelle il a vécu et été jugé.
- Kimpa Vita, prophétesse du royaume Kongo, deux siècles avant lui.
Le savais-tu ?
- Simon Kimbangu n'a prêché que quelques mois, de mars à septembre 1921, mais il a passé trente ans en prison.
- En 2011, quatre-vingt-dix ans après les faits, la Haute Cour militaire de Kinshasa a annulé sa condamnation à mort.
- En 1969, l'Église kimbanguiste est devenue la première Église africaine indépendante à entrer au Conseil œcuménique des Églises.
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