Qui, quand, où
Simón Bolívar naît le 24 juillet 1783 à Caracas, aujourd'hui capitale du Venezuela, alors dans l'empire espagnol, qui s'étend en Amérique du Mexique jusqu'au sud du continent. Il meurt le 17 décembre 1830 près de Santa Marta, en Colombie, à quarante-sept ans.
Sa famille appartient aux mantuanos, l'aristocratie créole de Caracas : des descendants d'Européens nés en Amérique, propriétaires de plantations de cacao, de mines et de centaines d'esclaves. La société coloniale est très hiérarchisée : les Espagnols nés en Europe au sommet, puis les créoles, les métis, les pardos (d'ascendance africaine et européenne), les Autochtones et les esclaves africains.
Orphelin de père à deux ans et de mère à neuf, il a pour maîtres Simón Rodríguez, un pédagogue passionné par les idées des Lumières, et le jeune Andrés Bello. En 1802, il épouse à Madrid María Teresa Rodríguez del Toro, qui meurt de la fièvre jaune quelques mois après leur arrivée à Caracas. Il ne se remariera pas.
En 1808, Napoléon occupe l'Espagne et y place son frère sur le trône. Dans les colonies, des assemblées se forment, d'abord au nom du roi prisonnier, puis pour l'indépendance.
Ce qu'il a accompli
- De 1813 à 1824, il dirige les campagnes qui libèrent de l'Espagne les territoires des actuels Venezuela, Colombie, Équateur, Panama, Pérou et Bolivie.
- En 1819, il traverse les Andes avec son armée et remporte la bataille de Boyacá.
- La même année, il fonde une république que les historiens appellent la Grande Colombie, et en devient président.
- Il écrit des textes politiques encore étudiés, comme la Lettre de Jamaïque (1815).
- En 1826, il réunit le congrès de Panama, première tentative d'alliance entre les nouveaux États d'Amérique hispanique.
Comment
En apprenant de ses défaites. La première république du Venezuela tombe en 1812, la deuxième en 1814. Exilé, il écrit à Carthagène, en 1812, un manifeste qui tire les leçons de l'échec : il juge le système fédéral trop faible et réclame un pouvoir central et une vraie armée.
En cherchant des alliés. En 1810, il part à Londres avec Andrés Bello chercher un appui britannique. En 1815, réfugié en Jamaïque, il écrit la lettre où il décrit l'avenir possible de l'Amérique hispanique. En 1816, en Haïti, le président Alexandre Pétion lui fournit armes et bateaux à une condition : libérer les esclaves. À son retour, Bolívar proclame la liberté des esclaves qui rejoignent son armée. Des volontaires britanniques et irlandais le rejoignent aussi.
En changeant de stratégie. Plutôt que d'attaquer les villes de la côte, il s'installe en 1817 à Angostura, sur l'Orénoque, loin des forces espagnoles, et s'allie aux cavaliers des plaines, les llaneros de José Antonio Páez. En 1819, il franchit les Andes par des cols glacés, au prix de lourdes pertes, et surprend l'ennemi à Boyacá.
En écrivant sans cesse. Il dicte des milliers de lettres, décrets et discours pour convaincre, commander et organiser les nouveaux États.
Avec d'autres. Le général Antonio José de Sucre gagne les batailles de Pichincha (1822) et d'Ayacucho (1824). Francisco de Paula Santander gouverne la Colombie pendant ses campagnes. Manuela Sáenz, sa compagne, engagée elle-même dans la politique, lui sauve la vie lors d'une tentative d'assassinat en 1828. En 1822, il rencontre à Guayaquil José de San Martín, qui avait libéré l'Argentine et le Chili.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
Bolívar a laissé une masse énorme de lettres, décrets et discours, publiés et étudiés. S'y ajoutent les mémoires de ses officiers et les archives espagnoles. Le biographe britannique John Lynch en a tiré en 2006 l'une des biographies de référence.
Plusieurs scènes relèvent en partie de la légende. En 1805, à Rome, il aurait juré devant Simón Rodríguez, sur le mont Sacré, de libérer son pays. Bolívar évoque lui-même ce serment dans une lettre de 1824, mais les mots précis qu'on lui prête ont été rapportés bien plus tard. On ignore aussi ce que Bolívar et San Martín se sont dit, seuls, à Guayaquil.
La phrase la plus citée, « J'ai labouré la mer », n'existe pas sous cette forme. L'historien Carlos Malamud a retrouvé ce qu'il a vraiment écrit en novembre 1830, dans une lettre au général Juan José Flores : « celui qui sert une révolution laboure la mer ». La lettre est celle d'un homme malade et découragé.
Zones d'ombre et débats
La guerre à mort. En juin 1813, par un décret signé à Trujillo, il promet la mort aux Espagnols qui ne soutiennent pas activement l'indépendance, et la vie aux Américains même coupables. Les deux camps commettent des massacres ; en 1814, il fait exécuter plusieurs centaines de prisonniers espagnols.
Miranda et Piar. En 1812, il participe à l'arrestation du général Francisco de Miranda, qui venait de capituler ; Miranda tombe aux mains des Espagnols et meurt en prison en 1816. Les historiens discutent encore sa responsabilité. En 1817, il fait juger et fusiller le général Manuel Piar, un pardo, accusé de rébellion. Pour les uns, il a sauvé l'unité de l'armée ; pour d'autres, il a éliminé un rival et montré sa peur d'un pouvoir des pardos.
L'esclavage. Il a libéré des esclaves et défendu l'abolition devant les assemblées, mais celles-ci ne l'ont votée que partiellement : au Venezuela, l'esclavage n'est aboli complètement qu'en 1854, vingt-quatre ans après sa mort.
Un pouvoir fort. En 1826, il rédige pour la Bolivie une constitution avec un président à vie. En 1828, il gouverne la Colombie en dictateur. Ses adversaires l'accusent de vouloir être roi. En 1830, la Grande Colombie se divise en trois États.
Un héros disputé. Karl Marx l'a décrit très durement en 1858. Au Venezuela, son culte est officiel depuis le XIXᵉ siècle, et en 1999 le pays devient la « République bolivarienne du Venezuela ». Carlos Malamud critique cet usage politique, qui fait de Bolívar le précurseur de projets d'aujourd'hui.
Pourquoi on s'en souvient
La Bolivie porte son nom ; la monnaie du Venezuela s'appelle le bolívar ; l'ancienne Angostura est devenue Ciudad Bolívar. Presque chaque ville du Venezuela et de Colombie a sa place Bolívar, et ses statues se dressent de Paris à New York. Les pays qu'il a libérés l'appellent toujours le Libertador.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- Les défaites peuvent former. Deux républiques perdues et plusieurs exils ont précédé ses victoires.
- Personne ne libère un continent seul. Sucre, Páez, Pétion, Manuela Sáenz et des milliers de soldats anonymes ont fait l'indépendance avec lui.
- Gagner une guerre ne suffit pas à bâtir un pays. Son union s'est défaite avant sa mort.
- Un héros national reste un homme discuté. On peut admirer son courage sans approuver la guerre à mort ni la dictature, et vérifier les citations qu'on lui prête.
Pour aller plus loin
- Toussaint Louverture, le chef de la révolution haïtienne ; Haïti a aidé Bolívar en 1816.
- À quoi sert une constitution, pour comprendre ce que Bolívar cherchait à écrire.
- La traite transatlantique, qui explique la place de l'esclavage dans les colonies.
Le savais-tu ?
- En 1825, les provinces du Haut-Pérou devenues indépendantes prennent d'abord le nom de « République Bolívar » : c'est la Bolivie d'aujourd'hui.
- La phrase « J'ai labouré la mer », qu'on attribue à Bolívar, n'existe pas sous cette forme : dans une lettre de 1830, il a écrit « celui qui sert une révolution laboure la mer ».
- En 1816, le président d'Haïti, Alexandre Pétion, a fourni à Bolívar des armes et des bateaux à une condition : libérer les esclaves.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
Hatchepsout, pharaon de l’Égypte ancienne
Il y a environ 3 500 ans, une femme a régné sur l'Égypte avec tous les titres d'un pharaon, pendant une vingtaine d'années, en bâtissant et en commerçant plus qu'en faisant la guerre. Après sa mort, son nom a été effacé de nombreux monuments, et les historiens discutent encore des raisons.
8-12 ans
Ashoka, empereur maurya de l’Inde ancienne
Au IIIᵉ siècle avant notre ère, l'empereur indien Ashoka a fait graver sur la pierre qu'il regrettait les morts d'une guerre qu'il avait gagnée, puis il a demandé à ses sujets la tolérance et le respect de la vie. Les historiens rappellent qu'il n'a pas renoncé pour autant à la force de l'État, ni rendu le pays conquis.
13-18 ans
Cléopâtre VII, dernière reine de l’Égypte ptolémaïque
Cléopâtre VII a gouverné l'Égypte pendant plus de vingt ans, au Iᵉʳ siècle avant notre ère, en parlant de nombreuses langues et en négociant avec les maîtres de Rome pour garder son royaume. Presque tout ce qu'on raconte d'elle vient pourtant de ses ennemis romains, et les historiens trient avec soin la légende et les faits.
8-12 ans
Amanirenas, reine de Koush face à Rome
Vers 25 avant notre ère, Amanirenas, reine du royaume africain de Koush, au Soudan actuel, a attaqué l'Égypte devenue romaine, résisté à la riposte, puis obtenu de l'empereur Auguste une paix favorable. On connaît cette guerre surtout par un auteur grec du camp romain, et la langue de Koush, elle, reste mal comprise.
8-12 ans
Hypatie, mathématicienne et philosophe d’Alexandrie
À Alexandrie, vers l'an 400, Hypatie a enseigné les mathématiques, l'astronomie et la philosophie à des élèves venus de loin, et elle était écoutée des dirigeants de la ville, chose rare pour une femme. Assassinée en 415 dans une lutte de pouvoir, elle est devenue une légende, et les historiens s'efforcent de séparer ce que l'on sait de ce qu'on lui a fait dire.
13-18 ans
Murasaki Shikibu, autrice japonaise du Dit du Genji
Il y a mille ans, à la cour impériale du Japon, une femme a écrit le Dit du Genji, un très long récit que beaucoup de spécialistes comptent parmi les premiers romans du monde. Elle avait appris en cachette une langue réservée aux garçons ; on ne connaît pourtant ni son vrai nom ni ses dates exactes.
8-12 ans