Aller au contenu
Lobinayo Learning

Rosa Parks, le refus de Montgomery

Le 1er décembre 1955, à Montgomery, aux États-Unis, Rosa Parks refuse de céder sa place dans un bus à un passager blanc, et son arrestation déclenche un boycott de plus d'un an qui fait tomber la ségrégation dans les bus de la ville. On la présente souvent comme une couturière fatiguée ; en réalité, elle militait depuis plus de dix ans.

8-12 ans

WhatsAppFacebook
Rosa Parks photographiée en 1956, pendant le boycott des bus de Montgomery.Associated Press · Domaine public · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Rosa Louise McCauley, devenue Rosa Parks par son mariage, naît le 4 février 1913 à Tuskegee, dans l'Alabama, un État du sud des États-Unis. Elle grandit près de Montgomery, la capitale de l'Alabama. Elle meurt le 24 octobre 2005 à Detroit, à quatre-vingt-douze ans.

L'esclavage a été aboli aux États-Unis en 1865. Mais dans le Sud, des lois imposent la ségrégation : Noirs et Blancs sont séparés dans les écoles, les restaurants, les bus. À Montgomery, les dix premières places des bus sont réservées aux Blancs, et le chauffeur peut ordonner à des passagers noirs de se lever pour laisser la place à des Blancs. Beaucoup de Noirs sont aussi empêchés de voter.

En 1932, elle épouse Raymond Parks, un barbier engagé pour les droits des Noirs.

Ce qu'elle a accompli

  • En 1943, elle devient secrétaire de la section de Montgomery de la NAACP, la grande association de défense des droits des Noirs. En 1945, après deux refus, elle réussit à s'inscrire sur les listes électorales.
  • En 1944, elle enquête pour la NAACP sur le cas de Recy Taylor, une jeune femme noire agressée par des hommes blancs, et organise une campagne pour réclamer justice.
  • Le 1er décembre 1955, elle refuse de céder sa place dans un bus. Son arrestation lance le boycott des bus de Montgomery.
  • Installée à Detroit en 1957, elle travaille de 1965 à 1988 pour John Conyers, un député noir, et continue de militer toute sa vie.
Le bus de Montgomery dans lequel elle a refusé de céder sa place, le 1er décembre 1955 : il est exposé au musée Henry Ford, près de Detroit.Rmhermen · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Comment

En s'y préparant depuis longtemps. Son geste n'est pas un hasard. Depuis des années, elle recueille les témoignages de personnes victimes d'injustices. À l'été 1955, elle suit une formation à la Highlander Folk School, dans le Tennessee, sur la manière de lutter contre la ségrégation. Quelques jours avant son arrestation, elle assiste à une réunion sur le meurtre d'Emmett Till, un garçon noir de quatorze ans tué dans le Mississippi.

En restant assise. Ce soir-là, Rosa Parks, quarante-deux ans, rentre de son travail de couturière dans un grand magasin. Elle est assise juste derrière les places réservées aux Blancs. Le bus se remplit ; le chauffeur ordonne à elle et à trois autres passagers noirs de se lever. Les trois autres obéissent. Elle refuse. Elle connaissait ce chauffeur : il l'avait déjà humiliée des années plus tôt. Elle est arrêtée, puis condamnée à une amende de 10 dollars.

En refusant l'explication facile. On a dit qu'elle était simplement fatiguée. Elle a corrigé plus tard : elle n'était pas fatiguée physiquement ; la seule fatigue qu'elle ressentait, c'était d'être « fatiguée de céder ».

En payant le prix. Elle perd son travail et reçoit des menaces de mort. Avec son mari, elle finit par quitter l'Alabama pour Detroit, dans le nord du pays.

Avec d'autres. Le boycott est l'œuvre de toute une communauté. Jo Ann Robinson, du Conseil politique des femmes de Montgomery, imprime dans la nuit des tracts qui appellent à ne plus prendre le bus. E. D. Nixon, de la NAACP, organise la riposte. Le 5 décembre, environ neuf Noirs sur dix de la ville boycottent les bus. Le soir même, les habitants créent une association et choisissent pour la diriger un jeune pasteur de vingt-six ans, Martin Luther King. Pendant plus d'un an, on marche, on partage des voitures (environ 300 véhicules), on résiste aux arrestations. Rosa Parks aide à organiser ces trajets.

Le combat se gagne aussi au tribunal. L'avocat Fred Gray porte plainte au nom de quatre femmes, dont Claudette Colvin, une lycéenne de quinze ans arrêtée quelques mois avant Rosa Parks pour le même refus. En novembre 1956, la Cour suprême des États-Unis confirme que la ségrégation dans les bus est contraire à la Constitution. Le boycott prend fin le 20 décembre 1956.

Ce que l'on sait, ce que l'on raconte

On connaît son histoire par ses propres récits, dont son autobiographie, par les archives de la police (le rapport d'arrestation, ses empreintes, un plan du bus, conservés aux Archives nationales américaines) et par ses papiers personnels, longtemps restés inaccessibles.

Certaines images célèbres sont trompeuses. Les photos d'elle prenant ses empreintes ont été prises des mois après le 1er décembre, lors d'une seconde arrestation. Et la photo où elle est assise dans un bus devant un homme blanc a été mise en scène après la victoire, pour un journaliste.

L'historienne Jeanne Theoharis explique que la version d'une « couturière douce et fatiguée » a été choisie par ses alliés, parce qu'elle rassurait. Mais elle a fait oublier que Rosa Parks était une militante expérimentée.

Zones d'ombre et débats

D'autres femmes oubliées. Claudette Colvin et Mary Louise Smith, dix-huit ans, avaient fait le même geste avant elle, sans que leur arrestation lance un grand mouvement. Les responsables de Montgomery ont jugé que Rosa Parks, adulte respectée et connue, serait un meilleur symbole. Des historiens y voient une injustice envers ces jeunes filles.

Une militante plus radicale qu'on ne le dit. À Detroit, elle s'engage contre la pauvreté et les violences policières. Elle admire aussi Malcolm X, un militant qui ne partageait pas la non-violence de Martin Luther King. Cette partie de sa vie est rarement racontée, peut-être parce qu'elle ne correspond pas à l'image tranquille qu'on a gardée d'elle.

Pourquoi on s'en souvient

Son geste est devenu un symbole de la lutte pour les droits civiques. Les États-Unis lui ont remis leurs plus hautes distinctions, dont la médaille d'or du Congrès en 1999. En 2005, elle est la première femme dont le corps est exposé au Capitole, à Washington, pour un hommage national. Le bus où elle a été arrêtée est exposé dans un musée près de Detroit.

Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui

  • Un geste courageux se prépare souvent pendant des années. Rosa Parks n'a pas agi par hasard.
  • Un refus seul ne suffit pas : c'est toute une ville qui a marché pendant plus d'un an.
  • L'histoire oublie souvent des gens, comme Claudette Colvin. Il est utile de chercher qui était là aussi.
  • Une image simple peut cacher une personne complexe. Rosa Parks n'était pas une femme fatiguée, mais une militante décidée.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Le bus de Montgomery où Rosa Parks a été arrêtée, le numéro 2857, a longtemps servi de cabane de rangement rouillée. Un musée américain, The Henry Ford, l'a acheté en 2001 et restauré.
  • La photo célèbre de Rosa Parks assise dans un bus devant un homme blanc n'a pas été prise le 1er décembre 1955 : elle a été mise en scène après la fin du boycott, pour la presse.
  • En 2005, Rosa Parks a été la première femme à recevoir l'honneur d'être exposée au Capitole, à Washington, après sa mort.

Cette fiche t’a plu ? Partage-la avec tes amis ou ta classe.

WhatsAppFacebook

Teste ce que tu viens de lire

Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.

À lire ensuite

Hatchepsout, pharaon de l’Égypte ancienne

Il y a environ 3 500 ans, une femme a régné sur l'Égypte avec tous les titres d'un pharaon, pendant une vingtaine d'années, en bâtissant et en commerçant plus qu'en faisant la guerre. Après sa mort, son nom a été effacé de nombreux monuments, et les historiens discutent encore des raisons.

8-12 ans

Ashoka, empereur maurya de l’Inde ancienne

Au IIIᵉ siècle avant notre ère, l'empereur indien Ashoka a fait graver sur la pierre qu'il regrettait les morts d'une guerre qu'il avait gagnée, puis il a demandé à ses sujets la tolérance et le respect de la vie. Les historiens rappellent qu'il n'a pas renoncé pour autant à la force de l'État, ni rendu le pays conquis.

13-18 ans

Cléopâtre VII, dernière reine de l’Égypte ptolémaïque

Cléopâtre VII a gouverné l'Égypte pendant plus de vingt ans, au Iᵉʳ siècle avant notre ère, en parlant de nombreuses langues et en négociant avec les maîtres de Rome pour garder son royaume. Presque tout ce qu'on raconte d'elle vient pourtant de ses ennemis romains, et les historiens trient avec soin la légende et les faits.

8-12 ans

Amanirenas, reine de Koush face à Rome

Vers 25 avant notre ère, Amanirenas, reine du royaume africain de Koush, au Soudan actuel, a attaqué l'Égypte devenue romaine, résisté à la riposte, puis obtenu de l'empereur Auguste une paix favorable. On connaît cette guerre surtout par un auteur grec du camp romain, et la langue de Koush, elle, reste mal comprise.

8-12 ans

Hypatie, mathématicienne et philosophe d’Alexandrie

À Alexandrie, vers l'an 400, Hypatie a enseigné les mathématiques, l'astronomie et la philosophie à des élèves venus de loin, et elle était écoutée des dirigeants de la ville, chose rare pour une femme. Assassinée en 415 dans une lutte de pouvoir, elle est devenue une légende, et les historiens s'efforcent de séparer ce que l'on sait de ce qu'on lui a fait dire.

13-18 ans

Murasaki Shikibu, autrice japonaise du Dit du Genji

Il y a mille ans, à la cour impériale du Japon, une femme a écrit le Dit du Genji, un très long récit que beaucoup de spécialistes comptent parmi les premiers romans du monde. Elle avait appris en cachette une langue réservée aux garçons ; on ne connaît pourtant ni son vrai nom ni ses dates exactes.

8-12 ans