Un enfant qui rêvait de glace
Roald Amundsen naît le 16 juillet 1872 à Borge, dans le sud-est de la Norvège, un pays du nord de l'Europe aux hivers longs et rudes. Son père possède des navires.
À quinze ans, il lit le récit d'une expédition britannique disparue dans les glaces de l'Arctique, celle de John Franklin, qui cherchait un passage par le nord entre l'océan Atlantique et l'océan Pacifique. Il se fixe un but : explorer les régions polaires, et d'abord franchir ce fameux passage.
Sa mère veut qu'il devienne médecin. Il commence des études de médecine en 1890, mais s'y intéresse peu. Il préfère se préparer : il dort la fenêtre ouverte pendant les pires hivers norvégiens, pour habituer son corps au froid. Après la mort de sa mère, en 1893, il abandonne ses études et part en mer.
Apprendre avant de commander
Amundsen sait qu'on ne s'improvise pas explorateur. Il apprend d'abord le métier de marin. De 1897 à 1899, il est second, c'est-à-dire l'adjoint du capitaine, sur la Belgica, un navire belge commandé par Adrien de Gerlache. Le bateau reste prisonnier des glaces de l'Antarctique pendant treize mois : c'est la première fois qu'une expédition passe l'hiver dans l'Antarctique, le continent glacé qui entoure le pôle Sud. Le médecin américain de l'expédition, Frederick Cook, lui apprend beaucoup sur la façon de survivre dans ces conditions.
Le passage du Nord-Ouest, et les leçons des Inuit
En juin 1903, Amundsen quitte Oslo (qui s'appelait alors Kristiania) sur la Gjøa, un petit bateau, avec six compagnons. Il serait parti vers minuit pour échapper à des créanciers, des personnes à qui il devait de l'argent et qui menaçaient de saisir le bateau.
Il passe deux hivers dans une baie abritée de l'île du Roi-Guillaume, dans le Grand Nord du Canada. Là vivent les Netsilik, un peuple inuit. Amundsen les observe et apprend d'eux ce que les livres européens n'enseignent pas : s'habiller de peaux de renne, construire des igloos, conduire des chiens de traîneau. En échange, les Inuit reçoivent des aiguilles, des couteaux, des boîtes de conserve vides et d'autres objets utiles.
Le 31 août 1906, la Gjøa atteint Nome, en Alaska : pour la première fois, un seul navire a franchi le passage du Nord-Ouest. Au passage, l'expédition a montré que le pôle Nord magnétique, le point vers lequel se tournent les aiguilles des boussoles, s'était déplacé depuis sa découverte en 1831. Pour comprendre la boussole, voir S'orienter : boussole et GPS.
Changer de cap en secret
Amundsen veut ensuite être le premier au pôle Nord. Mais en 1909, deux Américains, Frederick Cook puis Robert Peary, affirment chacun l'avoir atteint (voir Matthew Henson). Sans ce but, Amundsen risque de perdre l'intérêt du public et l'argent de ceux qui le soutiennent.
Il décide alors de viser le pôle Sud, sans le dire à presque personne. Il part en août 1910 sur le Fram, le navire polaire de l'explorateur norvégien Fridtjof Nansen. C'est seulement lors de l'escale à Madère, une île portugaise de l'Atlantique, en septembre, qu'il annonce le nouveau but à son équipage, qui l'accueille avec enthousiasme. Au même moment, le Britannique Robert Falcon Scott prépare lui aussi une expédition vers le pôle Sud.
Comment il y est arrivé : tout prévoir
La réussite d'Amundsen tient d'abord à une préparation minutieuse.
- Une base bien placée. En janvier 1911, il installe sa base, Framheim (« la maison du Fram »), près de la baie des Baleines, sur l'immense plate-forme de glace de l'Antarctique : 96 kilomètres plus près du pôle que la base de Scott.
- Des chiens et des skis. Il mise sur les chiens de traîneau, qu'il a appris à conduire chez les Inuit, et sur des skieurs expérimentés comme Olav Bjaaland, l'un des meilleurs skieurs de Norvège.
- Des réserves sur la route. Avant l'hiver, ses hommes déposent environ 3 000 kilos de vivres dans trois dépôts, balisés par des drapeaux et des tas de neige pour être retrouvés.
- Des mois d'ajustements. Pendant la longue nuit de l'hiver polaire, ils allègent les traîneaux, testent les chaussures et les fixations de ski, emballent la nourriture pour gagner de la place.
Amundsen a résumé sa méthode dans un de ses livres : en substance, la victoire attend celui qui a tout mis en ordre, et les gens appellent cela de la chance.
Une grave erreur
Amundsen n'a pas tout réussi. Par peur que Scott arrive le premier, il part trop tôt, le 8 septembre 1911, alors que l'hiver n'est pas fini. Trois jours plus tard, il fait 55 degrés sous zéro. Il faut faire demi-tour.
Sur le retour, Amundsen file en avant et laisse derrière lui les plus lents. L'explorateur Hjalmar Johansen reste avec Kristian Prestrud, qui gèle, et le sauve. Le lendemain, Johansen reproche durement à Amundsen d'avoir fui sans se soucier de ses hommes. Amundsen le retire de l'équipe du pôle.
L'encyclopédie norvégienne voit dans ce départ trop précoce la seule vraie faute grave d'Amundsen : hommes et chiens ont failli mourir de froid. Le musée du Fram, à Oslo, estime que l'incident était davantage la faute d'Amundsen que celle de Johansen.
Le 14 décembre 1911
Le vrai départ a lieu le 20 octobre 1911. Ils sont cinq : Amundsen, Olav Bjaaland, Helmer Hanssen, Sverre Hassel et Oscar Wisting, avec quatre traîneaux tirés par 52 chiens. Ils franchissent de hautes montagnes pour atteindre le plateau glacé.
Le 14 décembre 1911, ils arrivent au pôle Sud. Ils restent trois jours sur place, à faire des mesures et à parcourir le terrain à ski dans toutes les directions, pour être sûrs d'avoir bien couvert ce point invisible. Ils laissent une petite tente avec une lettre pour Scott.
Ils regagnent leur base fin janvier 1912, après 99 jours et environ 3 000 kilomètres, avec deux traîneaux et onze chiens.
Ce que la légende oublie
- Le savoir des Inuit. La victoire d'Amundsen repose en bonne partie sur ce qu'il a appris des Netsilik : vêtements, igloos, conduite des chiens. On l'a longtemps racontée comme un exploit uniquement norvégien.
- Le sort des chiens. Comme il l'avait prévu dans son plan, une partie des chiens a été tuée en route pour nourrir les hommes et les autres chiens. Sur les 52 du départ, 17 arrivent au pôle et 11 reviennent.
- Une « course » qui a fait des morts. Scott atteint le pôle le 17 janvier 1912 et y découvre le drapeau norvégien. Sur le chemin du retour, lui et ses quatre compagnons meurent de froid et de faim. On a souvent présenté cette histoire comme un match entre deux pays, en oubliant que les expéditions de Scott s'intéressaient aussi à la science : les animaux, le climat et les roches de l'Antarctique.
- Johansen. Ce grand explorateur, qui avait accompagné Nansen dans l'Arctique, rentre en Norvège en disgrâce. Il meurt tragiquement en 1913.
- Ils n'étaient pas seuls. Pendant ce temps, une expédition japonaise, venue sur le navire Kainan Maru, explorait elle aussi l'Antarctique.
Ce qu'il a laissé
Amundsen continue d'explorer. En mai 1926, il survole le pôle Nord à bord d'un dirigeable, le Norge, avec l'Américain Lincoln Ellsworth et l'Italien Umberto Nobile. Comme les récits de Cook et de Peary sont contestés, l'encyclopédie norvégienne le considère comme le premier à avoir atteint le pôle Nord.
Le 18 juin 1928, il part en avion au secours de Nobile, dont le dirigeable s'est écrasé sur la glace. Son avion disparaît en mer, dans l'Arctique. Son corps n'a jamais été retrouvé.
Il laisse une leçon simple : un exploit se prépare longtemps, et les meilleurs maîtres sont souvent ceux qui vivent déjà là où l'on veut aller.
Le savais-tu ?
- Pour habituer son corps au froid, le jeune Amundsen dormait la fenêtre ouverte pendant les pires hivers norvégiens.
- Son équipage n'a appris qu'à l'escale de Madère, en plein voyage, que le navire ne partait pas vers le pôle Nord mais vers le pôle Sud.
- Arrivés au pôle Sud, les cinq hommes ont passé trois jours à parcourir le terrain à ski dans toutes les directions pour être sûrs d'avoir bien atteint ce point invisible.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
Marie Curie, la chercheuse aux deux prix Nobel
Elle a découvert deux éléments chimiques, compris que certains atomes émettent des rayons par eux-mêmes, et reçu deux prix Nobel. Rien ne lui a été donné : ni le droit d'étudier, ni un vrai laboratoire, ni la reconnaissance de tous ses collègues.
8-12 ans
Imhotep, l'architecte de la première pyramide
Il y a environ 4 600 ans, en Égypte, Imhotep a dirigé la construction de la pyramide à degrés de Saqqarah, le premier grand monument entièrement bâti en pierre. Plus tard, on a fait de lui un dieu de la médecine, mais ce qui est prouvé, c'est son travail d'architecte, mené par essais successifs.
8-12 ans
Cai Lun, le papier fait de chiffons et de vieux filets
En l'an 105, en Chine, un haut fonctionnaire du palais nommé Cai Lun présente à l'empereur une façon de fabriquer du papier avec de l'écorce, des chiffons et de vieux filets de pêche. Il n'a pas inventé le papier à partir de rien, mais il l'a rendu bon marché et facile à produire, et c'est ce papier qui a fait le tour du monde.
8-12 ans
Al-Khwarizmi, le savant qui a donné son nom aux algorithmes
Au IXe siècle, à Bagdad, le mathématicien al-Khwarizmi écrit un livre pour résoudre pas à pas des problèmes d'héritage, de partage et de mesure des terres : son titre nous a donné le mot « algèbre ». Un autre de ses livres a fait connaître les chiffres venus d'Inde, et son nom, déformé en latin, est devenu le mot « algorithme ».
13-18 ans
Ibn al-Haytham, le savant qui a mis la lumière à l'épreuve
Il y a mille ans, entre Bassora et Le Caire, Ibn al-Haytham a montré que nous voyons parce que la lumière entre dans nos yeux, et non parce que nos yeux lancent des rayons. Surtout, il a voulu vérifier chaque idée par l'expérience, une exigence qui annonce la science moderne.
13-18 ans
Johannes Gutenberg, des lettres de métal pour imprimer des livres
Vers 1450, à Mayence, en Allemagne, Johannes Gutenberg met au point un système complet pour imprimer des livres avec des lettres de métal qu'on assemble et qu'on réutilise à volonté. Il n'était pas le premier à imprimer, la Chine et la Corée l'avaient précédé, mais son procédé a changé la façon dont les idées circulent, en Europe puis dans le monde.
8-12 ans