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Matthew Henson, l'explorateur du pôle Nord qu'on a longtemps oublié

En 1909, Matthew Henson, un Afro-Américain, faisait partie des six hommes de l'expédition de Robert Peary qui annoncèrent avoir atteint le pôle Nord. Meilleur conducteur de traîneau de l'équipe et seul Américain à parler la langue des Inuit, il a pourtant dû attendre des dizaines d'années avant d'être reconnu.

8-12 ans

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Matthew Henson en 1910, en tenue polaire.Auteur inconnu · Domaine public · Wikimedia Commons

Un enfant qui part en mer

Matthew Henson naît le 8 août 1866 dans le comté de Charles, dans le Maryland, aux États-Unis. C'est un an après la fin de la guerre de Sécession, qui a mis fin à l'esclavage dans le pays. Ses parents sont des Noirs libres, mais l'époque est dure : des groupes racistes menacent et attaquent les familles comme la sienne, qui doit partir s'installer à Washington. Il perd sa mère à sept ans.

Vers treize ans, il part à Baltimore et s'engage comme mousse, le plus jeune apprenti d'un équipage, sur un voilier, le Katie Hines. Pendant plusieurs années, il navigue jusqu'en Chine, au Japon, aux Philippines, en Afrique du Nord et en Europe. Il apprend le métier de marin sur le tas.

La rencontre avec Peary

En 1887, il travaille dans un magasin de chapeaux à Washington. Son patron le recommande à Robert Peary, un ingénieur de la marine américaine, qui cherche un valet pour une mission au Nicaragua, où l'on étudie le tracé d'un canal. Henson commence comme domestique, mais on lui confie vite un vrai travail de mesure du terrain.

Peary rêve d'autre chose : l'Arctique, la région glacée autour du pôle Nord. À partir de 1891, Henson l'accompagne au Groenland, puis dans le Grand Nord canadien, expédition après expédition, pendant près de vingt ans.

Comment : apprendre de ceux qui savent

Dans l'Arctique, le froid tue, la glace de mer craque et se déplace sans prévenir, et il faut des semaines de traîneau pour avancer. Ceux qui savent y vivre, ce sont les Inughuit, les Inuit du nord-ouest du Groenland.

Henson se met à leur école, avec humilité et curiosité :

  • il apprend leur langue, qu'il parle couramment, le seul de l'équipe américaine ;
  • il s'habille de fourrures comme eux, apprend à chasser le phoque et à manger ce qu'ils mangent ;
  • il apprend à fabriquer et à conduire des traîneaux à chiens aussi bien qu'eux, et devient le meilleur conducteur de l'expédition.

Les Inughuit l'apprécient tant qu'ils le surnomment Maripaluk, « Matthieu le gentil ». Il lui arrive de réchauffer contre son ventre, sous sa chemise en peau d'ours, les pieds gelés d'un compagnon.

Donald MacMillan, un autre membre de l'expédition, a écrit plus tard que Henson était allé au pôle avec Peary « parce qu'il valait mieux que chacun d'entre nous ».

Le pôle Nord, 1909

En juillet 1908, l'expédition quitte New York à bord du navire Roosevelt. En mars 1909, elle s'élance sur la glace de mer depuis le nord du Canada. Des équipes de soutien ouvrent la piste, puis font demi-tour les unes après les autres.

Pour la dernière étape, Peary choisit cinq compagnons : Matthew Henson et quatre Inughuit, Ootah, Egingwah, Seegloo et Ooqueah. Pendant la marche, Henson tombe dans l'eau glacée entre deux plaques de glace ; c'est Ootah qui le sort de là. Le 6 avril 1909, Peary annonce qu'ils ont atteint le pôle Nord.

Au pôle Nord, ou tout près, le 7 avril 1909 : Matthew Henson et les Inughuit Ooqueah, Ootah, Egingwah et Seegloo, photographiés par Robert Peary.Auteur inconnu · Domaine public · Wikimedia Commons

Le retour : une gloire refusée

Aux États-Unis, la joie tourne vite à la dispute. Un autre explorateur, Frederick Cook, affirme avoir atteint le pôle un an plus tôt ; sa version finira par s'effondrer. Pour appuyer le récit de Peary, il n'y a qu'un seul autre témoin américain, Henson, car les quatre Inughuit ne parlent pas anglais. Or, à cette époque, beaucoup refusent d'accorder du crédit à la parole d'un homme noir. Et Peary, qui disait avant le départ ne pas pouvoir réussir sans lui, prend ensuite ses distances avec lui.

Peary reçoit les honneurs. Henson, lui, donne des conférences, écrit un livre en 1912, A Negro Explorer at the North Pole (« Un explorateur noir au pôle Nord », avec le mot de l'époque), puis travaille pendant plus de vingt ans comme employé aux douanes de New York.

La reconnaissance vient tard : en 1937, il est admis à l'Explorers Club, un grand club d'explorateurs ; des universités lui remettent des diplômes d'honneur ; en 1954, le président Eisenhower le reçoit à la Maison-Blanche. Il meurt à New York le 9 mars 1955. En 1988, grâce aux efforts d'un professeur de l'université Harvard, S. Allen Counter, il est enterré à nouveau au cimetière national d'Arlington, près de Washington, non loin de Peary.

Ce que la légende oublie

  • Ont-ils vraiment atteint le pôle ? Les notes de Peary présentent des incohérences, et plusieurs de ses « découvertes » précédentes s'étaient révélées fausses. En 1909, une commission de la National Geographic Society lui a donné raison ; la Royal Geographical Society britannique ne l'a soutenu que par huit voix contre sept. On ne saura sans doute jamais avec certitude s'ils sont arrivés au point exact.
  • Quatre hommes qu'on ne cite pas. Sans les chasseurs, les chiens, les vêtements et le savoir des Inughuit, aucune de ces expéditions n'aurait été possible. Les noms d'Ootah, Egingwah, Seegloo et Ooqueah sont pourtant rarement cités.
  • Des enfants laissés derrière. Henson et Peary ont chacun eu des enfants avec des femmes inughuit. Le fils de Henson, Anaukaq, est né en 1906. Les deux explorateurs ont sans doute revu leurs enfants en 1909, puis plus jamais. En 1986, S. Allen Counter a retrouvé Anaukaq, alors âgé d'environ quatre-vingts ans : il avait grandi en entendant parler de son père. Des descendants de Henson vivent aujourd'hui au Groenland.

Ce qu'il a laissé

Matthew Henson n'avait ni diplôme ni fortune. Il a appris sur un bateau, puis auprès des Inughuit, en écoutant ceux qui savaient mieux que lui. C'est ce savoir-faire, bien plus que la chance, qui a fait de lui un membre indispensable de l'expédition.

Son histoire montre aussi que la mémoire peut être injuste, puis se corriger : longtemps effacé à cause de sa couleur de peau, il est aujourd'hui reconnu comme l'un des grands explorateurs de l'Arctique.

Le savais-tu ?

  • Les Inughuit du Groenland l'avaient surnommé Maripaluk, « Matthieu le gentil ».
  • Pendant la marche vers le pôle, Henson est tombé dans l'eau glacée entre deux plaques de glace : c'est Ootah, l'un des quatre Inughuit de l'équipe, qui l'a sorti de là.
  • En 2009, pour les 100 ans de l'expédition, la poste du Groenland a émis un timbre en son honneur, préparé avec son arrière-petite-fille groenlandaise, Aviaq Henson.

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