Le problème en une phrase
Le français s'écrit avec vingt-six lettres et se prononce avec une trentaine de sons, mais la correspondance entre les deux est loin d'être régulière.
Le son « o » peut s'écrire o, ô, au, eau, aud, ot, op. Et la suite de lettres ent se prononce tantôt, tantôt pas du tout : ils chantent ne se prononce pas comme un vent.
Ce n'est pas le cas de toutes les langues. L'espagnol, le swahili, le turc ou le finnois s'écrivent à peu près comme ils se prononcent. Le français et l'anglais, eux, sont des langues à orthographe profonde : l'écriture garde la mémoire d'états anciens de la langue.
Première cause : la prononciation a changé, l'écriture moins
Au Moyen Âge, on prononçait beaucoup plus de lettres. Forêt venait de forest et le s se disait. Août se prononçait en deux syllabes bien nettes. Les sons se sont simplifiés ; les lettres, elles, sont souvent restées.
L'accent circonflexe est souvent la cicatrice d'une lettre disparue : hôpital garde le souvenir de hospital, île de isle, âne de asne. C'est pourquoi les mots de la même famille réapparaissent avec leur lettre : hôpital mais hospitalier, forêt mais forestier.
Deuxième cause : des lettres ajoutées exprès
À la Renaissance, des savants ont voulu rendre visible l'origine latine ou grecque des mots. Ils ont donc rajouté des lettres muettes, pour faire savant.
Doigt a reçu son g pour rappeler le latin digitus. Temps a reçu son p pour rappeler tempus. Poids a reçu un d par erreur, sur une fausse étymologie.
Une partie de la difficulté vient donc d'un choix délibéré, fait par un petit nombre de personnes, contre la simplicité.
Troisième cause : l'orthographe est devenue un signe social
À partir du XVIIe siècle, bien écrire devient une marque d'appartenance. L'orthographe cesse d'être un outil pour devenir un examen : elle sert à trier ceux qui ont eu accès à l'école de ceux qui ne l'ont pas eu.
C'est une raison de plus de s'en méfier comme mesure de l'intelligence. Un élève qui écrit avec des fautes peut raisonner mieux qu'un élève qui écrit sans. Les deux compétences sont différentes.
Peut-on la simplifier ?
On a essayé. En 1990, le Conseil supérieur de la langue française a publié une liste de rectifications orthographiques : soudure de certains mots composés, accent circonflexe devenu facultatif sur i et u dans la plupart des cas, régularisation de quelques pluriels. L'Académie française les a approuvées et les deux orthographes sont admises.
Trente ans plus tard, l'application reste partielle. Cela apprend quelque chose d'utile : une langue ne se change pas par décret. Une réforme n'entre en vigueur que si des millions de personnes décident de l'appliquer, et si les dictionnaires, les écoles et les journaux suivent.
Comment s'en sortir en pratique
- Passer par la famille du mot. Tu hésites sur la fin de lent ? Pense à lentement. Sur grand ? Pense à grande.
- Se fier aux régularités, pas aux exceptions. Les exceptions sont rares et se retiennent une par une ; les régularités couvrent presque tout.
- Lire beaucoup. C'est, de très loin, ce qui installe l'orthographe le plus solidement : l'œil enregistre la forme des mots sans effort conscient.
- Relire en une seule passe dédiée. Écrire et corriger en même temps ne fonctionne pas : le cerveau fait mal les deux à la fois.
- Accepter d'ouvrir un dictionnaire. Un doute vérifié est une faute évitée ; un doute ignoré est une faute apprise.
Le savais-tu ?
- L'accent circonflexe marque souvent une lettre disparue : « hôpital » vient de « hospital », d'où l'adjectif « hospitalier ».
- Le « g » de « doigt » a été ajouté à la Renaissance, exprès, pour rappeler le latin digitus.
- Les rectifications orthographiques de 1990 sont toujours valables, et les deux orthographes sont admises, mais peu de gens les appliquent, ce qui montre qu'une langue ne change pas sur ordre.
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