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Olympe de Gouges, autrice de la Déclaration des droits de la femme

En 1791, en pleine Révolution française, Olympe de Gouges publie une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne qui réclame pour les femmes les mêmes droits que pour les hommes ; deux ans plus tard, elle est guillotinée pour ses écrits politiques. Longtemps oubliée, devenue un symbole, elle est aussi discutée : son combat contre l'esclavage restait prudent, et elle a durement condamné la révolte des esclaves de Saint-Domingue.

13-18 ans

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Olympe de Gouges, portrait au pastel attribué à Alexandre Kucharski, à la fin du XVIIIe siècle.Alexander Kucharsky · Domaine public · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Marie Gouze naît en 1748 à Montauban, dans le sud-ouest de la France, dans un milieu modeste où l'on parle l'occitan, une langue régionale du sud du pays. Officiellement fille d'un boucher, elle se dit la fille non reconnue d'un noble et poète de la ville, Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, ce que beaucoup d'historiens jugent vraisemblable.

Mariée à dix-sept ans, bientôt veuve, mère d'un fils, Pierre, elle s'installe à Paris au début des années 1770 et prend un nom d'autrice : Olympe de Gouges.

Elle vit dans la France de Louis XVI, puis dans la Révolution qui commence en 1789. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen proclame alors que les hommes naissent libres et égaux en droits. Mais les femmes ne votent pas et ne peuvent pas être élues. Olympe de Gouges est guillotinée à Paris le 3 novembre 1793, à quarante-cinq ans.

Ce qu'elle a accompli

  • Elle écrit une pièce contre l'esclavage, Zamore et Mirza, reçue par la Comédie-Française en 1785 et jouée en décembre 1789, puis des Réflexions sur les hommes nègres (1788).
  • En septembre 1791, elle publie la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne : dix-sept articles suivis d'un projet de contrat entre l'homme et la femme.
  • Elle défend le divorce, accordé en 1792, et le droit d'une mère de nommer le père de son enfant.
  • Elle publie des dizaines de brochures sur l'actualité, dont un projet d'impôt volontaire pour sauver les finances du pays (1788).
  • Sous la Terreur, elle s'oppose à la peine de mort et à la violence politique, au prix de sa vie.

Comment

En écrivant malgré tout. Le français n'est pas sa première langue, et elle a peu fréquenté l'école. Selon son biographe Olivier Blanc, elle dicte beaucoup de ses textes à des secrétaires. On se moque de son orthographe et de son style ; elle continue.

En se servant du théâtre. Au XVIIIᵉ siècle, le théâtre touche un large public. Zamore et Mirza raconte deux esclaves en fuite qui sauvent des naufragés européens. Montrer des esclaves réclamant leur liberté, sur la scène la plus prestigieuse du royaume, fait scandale : les colons attaquent la pièce, qui s'arrête après quelques représentations.

En imprimant à ses frais. Pendant la Révolution, elle publie à son compte brochures et affiches collées dans les rues, le moyen le plus rapide de toucher les Parisiens.

En retournant un texte célèbre. Sa Déclaration reprend, article par article, celle de 1789, en ajoutant les femmes. L'article premier affirme que « la femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits ». L'article 10 contient sa phrase la plus connue : « La femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. » Si les femmes peuvent être condamnées à mort pour leurs opinions, dit-elle, elles doivent pouvoir les défendre en public. Elle dédie le texte à la reine Marie-Antoinette.

En prenant des risques. En décembre 1792, elle propose de défendre Louis XVI lors de son procès, par opposition à la peine de mort. En juillet 1793, elle fait imprimer une affiche, Les Trois Urnes, qui propose de laisser les citoyens choisir par un vote entre la république, un gouvernement fédéral et la monarchie. Proposer le retour du roi pouvait alors valoir la mort. Elle est arrêtée le 20 juillet 1793, jugée le 2 novembre par le Tribunal révolutionnaire, et exécutée le lendemain. La veille, elle écrit une dernière lettre à son fils.

Avec d'autres. Elle fréquente les cercles d'écrivains proches du duc d'Orléans, partage les idées de la Société des Amis des Noirs, qui milite contre la traite, et se rapproche en 1792 des Girondins et du philosophe Condorcet, qui défendait lui aussi les droits politiques des femmes. Elle monte sa propre troupe de comédiens pour faire jouer ses pièces.

Ce que l'on sait, ce que l'on raconte

On la connaît d'abord par ses textes imprimés, dont beaucoup sont conservés à la Bibliothèque nationale de France, puis par les archives de la police et de son procès.

On répète souvent qu'elle a été guillotinée pour avoir défendu les droits des femmes. C'est inexact : elle a été condamnée pour ses écrits politiques contre les Montagnards, le groupe de Robespierre, et d'abord pour Les Trois Urnes. Mais le climat comptait : quelques jours avant son exécution, la Convention avait interdit les clubs politiques de femmes.

Après sa mort, elle est longtemps oubliée ou moquée. Quelques extraits de sa Déclaration sont republiés en 1840 ; il faut attendre la biographie d'Olivier Blanc, en 1981, puis l'édition complète du texte par l'écrivaine Benoîte Groult, en 1986, pour qu'elle soit largement lue.

Zones d'ombre et débats

Un combat contre l'esclavage prudent. L'historienne Victoria Kernen-Delaunay souligne que dans Zamore et Mirza, les esclaves sont vertueux et patients, et attendent leur liberté d'un gouverneur bienveillant ; la révolte y apparaît dangereuse. En 1792, dans la préface d'une réédition, Olympe de Gouges condamne avec des mots très durs l'insurrection de Saint-Domingue et préfère une fin progressive de l'esclavage.

Une égalité sous condition ? Selon l'historienne américaine Joan W. Scott, sa Déclaration utilise le langage des hommes de 1789 sans en changer les bases. D'autres historiens insistent au contraire sur l'audace d'une femme qui exige, seule, la citoyenneté pour toutes.

Royaliste ou républicaine ? Elle a longtemps voulu une monarchie avec une constitution, à la manière anglaise, avant de se rapprocher des républicains modérés. Ses ennemis la disaient royaliste ; d'autres voient une modérée hostile à la violence de tous les camps.

Féministe ? Le mot, dans son sens politique, n'apparaît qu'à la fin du XIXᵉ siècle. On la dit donc « féministe avant la lettre ». Devenue un symbole, elle est parfois citée hors de son contexte.

Les Trois Urnes, l’affiche qu’elle fait imprimer en juillet 1793 pour proposer un vote : elle lui vaut d’être arrêtée (British Library, Londres).Olympe de Gouges · Domaine public · Wikimedia Commons

Pourquoi on s'en souvient

L'article 10 de sa Déclaration est souvent cité et étudié en classe. En 2016, son buste est installé à l'Assemblée nationale française, dans la salle des Quatre-Colonnes : c'est la première représentation d'une femme politique en ce lieu. Des écoles, des rues et des salles portent son nom. En 2014, malgré une campagne de soutien, elle n'est pas retenue pour le Panthéon.

Ce qu'elle réclamait a mis longtemps à venir : les femmes votent en Nouvelle-Zélande dès 1893, mais en France seulement à partir de 1944, un siècle et demi après sa Déclaration.

Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui

  • On peut retourner les mots des puissants contre leurs contradictions. Elle a réécrit la Déclaration de 1789 pour montrer qui elle oubliait.
  • Une orthographe moquée n'empêche pas d'avoir des idées. Elle dictait ses textes ; ils ont survécu à ceux qui s'en moquaient.
  • Parler peut coûter cher. Sous la Terreur, elle a refusé de se taire.
  • Une pionnière reste une personne de son temps. Audacieuse pour les droits des femmes, elle a été prudente, et même dure, envers les esclaves révoltés.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Olympe de Gouges a dédié sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne à la reine Marie-Antoinette.
  • Elle a grandi en parlant occitan, une langue régionale du sud de la France, et dictait une grande partie de ses textes.
  • En 2016, son buste est devenu la première représentation d'une femme politique dans la salle des Quatre-Colonnes de l'Assemblée nationale française.

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