Qui, quand, où
Rolihlahla Mandela naît le 18 juillet 1918 à Mvezo, un village du Cap-Oriental, en Afrique du Sud. Son père conseille le souverain du peuple thembu. À douze ans, orphelin de père, il est élevé par ce souverain. C'est une institutrice qui lui donne le prénom de Nelson, selon la coutume de l'époque. On l'appelle aussi Madiba, du nom de son clan.
Il grandit dans un pays dominé par une minorité blanche. À partir de 1948, cette domination devient un système de lois, l'apartheid, que raconte l'article L'apartheid et Nelson Mandela. Il meurt le 5 décembre 2013.
Ce qu'il a accompli
- En 1952, il ouvre avec Oliver Tambo le premier cabinet d'avocats noirs d'Afrique du Sud.
- Il dirige la même année une grande campagne de désobéissance civile contre six lois injustes.
- En 1961, il participe à la création de la branche armée de l'ANC, Umkhonto we Sizwe.
- Condamné à la prison à vie en 1964, il devient en prison le symbole mondial de la lutte contre l'apartheid.
- Libéré le 11 février 1990, il négocie la fin du régime, reçoit le prix Nobel de la paix en 1993 avec Frederik de Klerk, et devient président de 1994 à 1999, pour un seul mandat.
Comment
En étudiant malgré tout. Renvoyé de l'université de Fort Hare pour avoir participé à une protestation d'étudiants, il fuit un mariage arrangé et arrive à Johannesburg en 1941. Il y travaille comme gardien dans une mine, rencontre Walter Sisulu, qui l'aide à trouver un stage chez des avocats, et reprend ses études. Il avoue lui-même avoir été un étudiant médiocre ; il n'obtiendra son diplôme de droit qu'en 1989, en prison.
Par la rue et par le droit. Membre de l'ANC à partir de 1944, il pousse le parti vers l'action de masse. Arrêté en 1956 avec des militants de toutes origines, il est jugé pour trahison pendant plus de quatre ans, puis acquitté en 1961.
En choisissant les armes, en 1961. En 1960, la police tue 69 manifestants désarmés à Sharpeville, et l'ANC est interdit. Mandela et ses camarades jugent que la protestation pacifique n'a plus d'issue. Ils créent Umkhonto we Sizwe, qui commence en décembre 1961 par des attentats à l'explosif contre des installations. Mandela part en secret chercher des soutiens en Afrique et suit un entraînement militaire au Maroc et en Éthiopie. Il est arrêté à son retour, en août 1962.
En faisant d'un procès une tribune. Au procès de Rivonia, menacé de mort, il parle plus de quatre heures devant le tribunal, le 20 avril 1964. Il conclut : « J'ai combattu la domination blanche et j'ai combattu la domination noire. [...] C'est un idéal pour lequel j'espère vivre. Mais, s'il le faut, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. » (traduction). Il est condamné à la prison à vie.
En tenant, puis en négociant. Il passe dix-huit ans à Robben Island, une île-prison au large du Cap, où on lui refuse d'assister aux obsèques de sa mère et de son fils aîné. Transféré ensuite, il prend, à partir de 1985, l'initiative de contacts secrets avec le gouvernement : un pari risqué, car parler à ses geôliers pouvait passer pour une trahison.
Avec d'autres. Rien ne se fait sans Walter Sisulu, Oliver Tambo, qui fait vivre l'ANC en exil, ses coaccusés de Rivonia, dont Ahmed Kathrada et Denis Goldberg, et sa femme d'alors, Winnie Madikizela-Mandela, qui porte sa cause pendant ses années de prison. La sortie de l'apartheid se négocie aussi avec son adversaire, le président Frederik de Klerk.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
Mandela a raconté sa vie dans une autobiographie, Un long chemin vers la liberté (1994), dont il avait commencé l'écriture en cachette en prison. La Fondation Nelson Mandela conserve ses archives, ses lettres et le texte dactylographié du discours de Rivonia. C'est un récit précieux, mais c'est le sien : les historiens le croisent avec les archives de la police et des tribunaux.
Une citation célèbre lui est prêtée à tort : « Notre peur la plus profonde n'est pas d'être inadéquats... ». Elle vient d'un livre de l'Américaine Marianne Williamson, et Mandela ne l'a jamais prononcée, ni le jour de son investiture ni ailleurs.
Zones d'ombre et débats
La lutte armée. Umkhonto we Sizwe visait d'abord des installations, pour éviter les morts. Dans les années 1980, alors que Mandela était en prison, des attentats de l'organisation ont aussi tué des civils. Le régime le qualifiait de terroriste, et les États-Unis ne l'ont retiré de leur liste de surveillance antiterroriste qu'en 2008. Pour les uns, c'était une résistance légitime à un régime qui fermait toute voie pacifique ; pour d'autres, rien ne justifie de viser des civils. Le débat reste ouvert.
Un héritage économique discuté. La fin des lois racistes n'a pas effacé les inégalités. Une partie de la jeunesse sud-africaine reproche à Mandela et à l'ANC d'avoir trop cédé aux intérêts économiques en place ; en 2011, le commentateur Andile Mngxitama jugeait sévèrement ce que l'ANC avait fait du pouvoir.
Une icône trop lisse ? Des historiens mettent en garde contre l'image d'un saint réconciliateur : Mandela était un stratège politique, capable de dureté, qui a longtemps défendu la violence armée.
Pourquoi on s'en souvient
Chaque 18 juillet, jour de sa naissance, l'ONU célèbre la Journée internationale Nelson Mandela. Les règles des Nations unies sur le traitement des prisonniers portent son nom. Son choix de ne faire qu'un seul mandat de président a marqué un continent où beaucoup de dirigeants se sont maintenus au pouvoir.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- Tenir dans la durée. Vingt-sept ans de prison n'ont pas éteint sa cause.
- Parler à son adversaire. Il a négocié avec le régime qui l'avait enfermé.
- Quitter le pouvoir à temps. Un seul mandat, par choix.
- Admirer n'oblige pas à tout approuver. On peut admirer l'homme et discuter le choix des armes.
Pour aller plus loin
- L'apartheid et Nelson Mandela, le système qu'il a combattu et la manière dont le pays en est sorti.
- Gandhi, qui a lutté contre les lois racistes d'Afrique du Sud un demi-siècle plus tôt.
- Les droits humains, ce que l'apartheid niait.
Le savais-tu ?
- Le prénom Nelson lui a été donné par une institutrice de l'école de Qunu : on donnait alors aux écoliers un prénom anglais.
- Mandela a obtenu son diplôme de droit en 1989, par correspondance, alors qu'il était encore en prison.
- Les États-Unis n'ont retiré Nelson Mandela de leur liste de surveillance antiterroriste qu'en 2008, quand il avait 89 ans.
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