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Nawal El Moutawakel, première championne olympique du Maroc

En 1984, aux Jeux olympiques de Los Angeles, la Marocaine Nawal El Moutawakel remporte le premier 400 mètres haies féminin de l'histoire des Jeux. Elle devient la première championne olympique de son pays, la première femme arabe et la première femme d'un pays à majorité musulmane à gagner une médaille d'or olympique.

8-12 ans

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Nawal El Moutawakel, devenue dirigeante du sport après son titre olympique de 1984.Atr1992 · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Nawal El Moutawakel (on écrit aussi El-Moutawakel) naît le 15 avril 1962 à Casablanca, la plus grande ville du Maroc, un pays d'Afrique du Nord. Elle grandit dans une famille de sportifs : son père fait du judo, sa mère joue au volley-ball.

Son épreuve, le 400 mètres haies, est une course d'un tour de piste pendant laquelle il faut sauter des haies, des barrières posées en travers des couloirs. Il faut à la fois de la vitesse, de l'endurance et un pas bien réglé pour ne pas perdre de temps avant chaque saut.

Ses exploits

  • Championne olympique du 400 m haies à Los Angeles, le 8 août 1984, en 54 s 61. C'est la première fois que les femmes courent cette épreuve aux Jeux olympiques.
  • Première championne olympique du Maroc, homme ou femme.
  • Première femme arabe et première femme d'un pays à majorité musulmane à gagner une médaille d'or olympique.
  • Championne d'Afrique (1982, 1984, 1985), deux fois victorieuse aux Jeux méditerranéens (1983 et 1987) et aux Jeux mondiaux universitaires de 1987.
  • Après sa carrière : ministre de la Jeunesse et des Sports du Maroc (2007-2009), membre du Comité international olympique (CIO) depuis 1998, dont elle a été vice-présidente de 2012 à 2015, puis de nouveau à partir de 2024.

Comment

Avec une famille qui croit au sport des filles. Ses parents veulent que leurs enfants, garçons et filles, soient traités de la même façon et puissent faire du sport. Ils l'encouragent à viser le plus haut niveau.

En partant étudier loin de chez elle. En 1983, l'université d'Iowa State, aux États-Unis, lui offre une bourse pour étudier et s'entraîner. Son père hésite à la laisser partir si loin, puis accepte : il sait qu'elle y recevra une bonne formation.

En surmontant un deuil. Une semaine après son départ, son père meurt dans un accident de la route. Sa famille ne le lui apprend que trois mois plus tard, pour ne pas la détourner de ses études et de son entraînement. Elle a raconté sa colère en apprenant la vérité. Huit mois après la mort de son père, elle sera championne olympique.

En apprenant d'un échec. En 1983, aux premiers championnats du monde d'athlétisme, elle est éliminée en demi-finale, plusieurs secondes derrière les meilleures. Un an plus tard, elle est championne olympique.

En étudiant ses adversaires. Avant la finale de 1984, elle regarde avec ses entraîneurs des vidéos de courses : les siennes, mais aussi celles de ses rivales, pour repérer les forces et les faiblesses de chacune. Ensemble, ils décident qu'elle partira vite. Ses entraîneurs lui répètent qu'elle doit avoir davantage confiance en elle : ils la croient capable de gagner.

En dominant le trac. Elle est la seule femme de l'équipe marocaine, et elle sent que tout le monde compte sur elle. La nuit avant la finale, elle fait des cauchemars et ne dort presque pas.

Un moment légendaire

Los Angeles, 8 août 1984. L'Union soviétique et l'Allemagne de l'Est boycottent ces Jeux : les médaillées des championnats du monde de 1983 sont absentes, et la course est très ouverte. Le public encourage surtout l'Américaine Judi Brown. Nawal, vingt-deux ans, n'est pas la favorite.

Faux départ. Elle croit d'abord que c'est elle qui l'a provoqué ; ce n'est pas le cas. Elle se reconcentre, puis s'élance. Haie après haie, elle prend tellement d'avance qu'elle se demande si la course n'a pas été arrêtée sans qu'elle l'entende. Avant la ligne, elle jette un regard derrière elle : les autres sont bien là, loin derrière.

Elle gagne en 54 s 61, son meilleur temps, devant Judi Brown (55 s 20). Sa joie se mêle de tristesse : son père, son premier supporter, n'est plus là pour la voir. Juste après la course, le roi du Maroc, Hassan II, l'appelle au téléphone pour la féliciter.

Pourquoi c'est une légende

Parce qu'elle a montré à des millions de filles que le sport de haut niveau leur était ouvert. Dans les mois qui suivent, des milliers de lettres arrivent pour elle, parfois avec pour seule adresse « Nawal El Moutawakel, Maroc ». Selon elle, on a vu ensuite apparaître des championnes en Algérie, en Tunisie, en Égypte ou à Bahreïn.

Parce qu'elle a continué à agir. En 1993, elle est à l'origine d'une course de 5 kilomètres réservée aux femmes, à Casablanca, devenue en quelques années la plus grande course féminine d'un pays musulman. Au CIO, elle a présidé la commission chargée de suivre la préparation des Jeux de Rio de Janeiro en 2016.

Et parce que son titre est resté rare : en 2020, elle était encore la seule Marocaine championne olympique. Elle a résumé sa vie ainsi : « Ces 54 secondes et 61 centièmes ont totalement changé ma vie » (propos rapportés par l'Enciclopedia delle donne, traduits de l'italien).

Ce qu'on peut en retenir

  • L'égalité commence souvent à la maison : ses parents ont donné à leur fille les mêmes chances qu'à leurs fils.
  • Un échec, comme une élimination en demi-finale, peut préparer une victoire.
  • Bien se préparer, c'est aussi étudier ses adversaires avec son entraîneur.
  • On peut avoir peur et gagner quand même.

Le savais-tu ?

  • Pour fêter sa victoire, le roi Hassan II a annoncé que les filles nées au Maroc ce jour-là porteraient le prénom Nawal.
  • Après sa victoire, des lettres lui sont arrivées avec pour seule adresse « Nawal El Moutawakel, Maroc ».
  • En 2006, vingt-deux ans après son titre, elle a porté le drapeau du Maroc à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver.

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